Urbanisme Tendance

Des végétaux sur un plateau

Mots clés : Gestion et opérations immobilières

L’immobilier imagine la vie de bureau en vert. Parée de toutes les vertus, la biophilie s’enracine.

Voici qui fera hurler l’architecte Rudy Ricciotti, pourfendeur s’il en est de la « doxa environnementaliste rhabillée de fourrure verte » : l’immobilier tertiaire se prend à rêver la vie en entreprise sur le mode bucolique. Entre ruches sur le toit, potagers et poulaillers d’entreprise, bosquets d’herbes aromatiques à l’accueil et végétalisation ad libitum , la biophilie va bon train. Définie comme « l’affinité instinctive de l’homme envers le vivant », est-elle une simple lubie de maître d’ouvrage, ou bien répond-elle à une réelle demande en permettant d’aménager des espaces plus friendly , gage de performance et de félicité au travail ?

Ingrid Nappi-Choulet, responsable de la chaire immobilier et développement durable de l’Essec, y croit en tous les cas. Elle rappelait, dans le numéro spécial immobilier 2017 du « Moniteur » (p. 24), que 80 % des étudiants sondés sur leurs attentes pour le bureau de demain réclament « une présence accrue du végétal au sens large ». Pour attirer les jeunes talents, il faudra donc davantage de verdure…

Radis. Selon Elisabeth Pélegrin-Genel, architecte et psychologue du travail, « on ne peut raisonnablement pas être contre une meilleure prise en compte de la nature et de l’environnement dans les espaces de travail. C’est un sujet consensuel, à la mode. Des entreprises et des start-up se sont engouffrées dans ce créneau pour verdir les plateaux ou proposer de faire pousser des radis, tous ensemble et dans la bonne humeur, dans des bacs en bois brut entre la photocopieuse et la salle de réunion »… L’auteur de « Comment (se) sauver (de) l’open space ? » (éditions Parenthèses) tempère néanmoins cet enthousiasme : « C’est sympathique, mais je ne sais pas si cela changera fondamentalement les choses – la fameuse productivité -, car ni le travail, ni les espaces et leurs usages ne sont véritablement questionnés. »

Intimité. Le rapport « Bâtiment et biodiversité » du Plan Bâtiment durable (décembre 2015) pointait pourtant des « augmentations de la productivité des salariés de 6 à 7 % lorsque ceux-ci avaient une vue sur la nature depuis leur poste de travail »… Quoi qu’il en soit, au-delà d’une maîtrise des ambiances (acoustiques, thermiques et lumineuses) bien comprise – c’est un minimum – des pistes de réflexion s’ouvrent. Pour Elisabeth Pélegrin-Génel, il faut travailler l’articulation intérieur/extérieur, pouvoir ouvrir les fenêtres, disposer du choix de travailler seul ou en réunion, récupérer l’usage des toits-terrasses pour des espaces à l’abri des regards. « C’est-à-dire retrouver un peu d’intimité », dont l’op e n s p ace prive les salariés. « Et quand l’entreprise a la chance d’avoir quelques espaces verts – ou un atrium immense et généralement vide –, les ouvrir aux salariés et surtout au voisinage, pour faire un peu de jardinage en mixant les populations ». Bref, biophilie pour tous !

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