Architecture et urbanisme Nature en ville

Des jardins de poche requalifient l’espace public parisien

Mots clés : Collectivités locales - Rénovation urbaine

La démarche « Nature », lancée à l’initiative de la mairie de Paris, vise à valoriser les délaissés du XX e arrondissement pour créer des continuités vertes. Autre objectif : encourager de nouvelles pratiques urbaines – jardins partagés, pédagogiques, d’insertion – qui font appel aux habitants.

Le XX e arrondissement de Paris s’affirme comme le laboratoire d’une nouvelle écologie urbaine : fleurs, légumes, plantes sauvages reconquièrent les délaissés urbains de ce quartier populaire. Courettes abandonnées, recoins en guise de dépotoirs ou impasses fermées trouvent ainsi une nouvelle destination. Ces délaissés se métamorphosent en jardins partagés ou pédagogiques, jardins d’insertion, murs végétalisés, land art (« sculptures végétales »). Des « lieux/jardins » qui accueillent des activités sociales, éducatives, ludiques. Baptisée « Nature », la démarche initiée par la mairie de Paris porte sur 50 sites de délaissés urbains dans quatre secteurs du XX e – Saint-Blaise, Python-Duvernois, porte de Montreuil, porte de Vincennes – dont trois inscrits au Grand projet de renouvellement urbain de Paris. Cinquante projets sont envisagés, quinze déjà réalisés ou en cours de montage. Associations et habitants sont impliqués dans la démarche. « L’objectif de « Nature » est de transformer l’espace urbain en créant des continuités paysagères et de tracer les contours de nouvelles pratiques urbaines en créant du lien social dans des quartiers en renouvellement », souligne Julien Bargeton, premier adjoint au maire du XX e arrondissement de Paris.

Autogéré par les habitants

Parmi les quinze projets réalisés ou en cours, « Refuges urbains » (animés par l’association Multicolors) proposent trois lieux pédagogiques d’éducation à l’environnement autour de la protection des oiseaux et du jardinage. Autre site, « Les Jardins de béton » (association Lafayette Accueil), lieu d’insertion sociale situé îlot du Clos, proposent au public bénéficiaire du RSA des ateliers de jardinage. Enfin, le « 56, rue Saint-Blaise », géré par l’Atelier d’Architecture autogéré (AAA), entre dans le projet de renouvellement urbain Saint-Blaise, notamment dans son volet de développement de la vie locale. Le lieu : un ancien passage de 30 m de longueur par 6,5 m de large. Au total, 195 m², divisés en 30 parcelles, chacune étant attribuée à une famille ou à une personne. On y trouve des fleurs (iris, roses trémières), des plantes aromatiques (thym, menthe), des légumes (tomates, radis, salades). « Ce n’est pas seulement un jardin partagé. C’est un espace culturel écologique urbain, autogéré par les habitants qui cultivent librement leur parcelle en respectant les règles. Les premiers transmettent aux suivants le savoir écolo-urbain », explique un responsable volontairement anonyme car selon lui, « cette action est collective ».

Dix sites d’ici à 2012

Le jardinage et le mode de vie sont marqués par les pratiques écologiques : compost, toilettes sèches, toiture végétalisée, collecte des eaux de pluie, panneaux solaires. Jardinage mais aussi activités culturelles (expositions, colloques) et moments festifs (repas de quartier) s’y développent. « C’est une autre façon de valoriser et de requalifier l’espace public », ajoute le responsable. Si l’espace appartient au bailleur social Paris Habitat, l’AAA a assuré une « maîtrise d’ouvrage déléguée » du jardin en liaison avec les habitants et la mairie du XX e . Signé au printemps 2006 et valable jusqu’au printemps 2011, le bail propose trois options : en cas d’échec, remise en état des lieux, prolongation du bail et, si l’expérience est concluante, reprise du bail par les usagers regroupés en association. On s’achemine vers cette troisième option. En attendant, huit sites « Nature » sont en cours de création, notamment une mosaïque, œuvre d’art urbaine, place des Grès, un mur végétalisé (rue Mouraud) conçu par des étudiants de l’école Boulle, un lieu d’échanges en plein air sur les pratiques du jardinage, et un « jardin intergénérationnel ». Dix sites sont prévus d’ici à 2012, une vingtaine entre 2013 et 2015. En 2009-2010, la Ville a consacré 300 000 euros à la démarche « Nature ».

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