Architecture Technique Immeuble de grande hauteur

Des grues exceptionnelles érigent le Palais de justice de Paris

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Immeuble de grande hauteur - Matériel - Equipement de chantier - Sécurite des ouvrages

Douze grues dont six à flèche relevable se dressent aux Batignolles. Une disposition rare en France.

Les grues à flèche relevable sont rares en France. On leur préfère les modèles à flèche horizontale. Aussi, si en voir une est inhabituel, en voir six sur un même chantier est tout à fait exceptionnel. Ce spectacle s’offre pourtant aux Parisiens depuis que Bouygues Construction a commencé le gros œuvre du futur Palais de justice de Paris, dans le quartier des Batignolles, au nord-ouest de la capitale. Lancé en février 2012 par la signature d’un partenariat entre l’Etat, par l’intermédiaire de l’Etablissement public de Palais de justice de Paris, et la société de projet Arélia, dont le groupe Bouygues Construction est actionnaire, les travaux ont véritablement débuté en 2014 avec les terrassements et les fondations. Le gros œuvre du bâtiment n’a commencé qu’au début de l’année 2015 au moment de l’élévation.

Capacité d’évitement.

Parmi les 12 grues implantées, six sont à flèche relevable. « Nous avons fait plusieurs études et ce panachage nous a semblé être la meilleure solution », explique Stéphane Chadirac, responsable des grues à tour chez Bouygues Construction Matériel. Les grues classiques, dites « à flèche distributrice », ont l’avantage d’être rapides et bien connues des hommes du chantier. A l’inverse, les grues à flèche relevable sont plus lentes, donc moins productives. Mais elles ont un atout : leur capacité d’évitement. Quand deux grues à flèche distributrice vont se croiser, un système électronique dit « anticollision » en immobilise une le temps que la zone d’interférence soit dégagée. La grue à flèche relevable, elle, élève sa charge, passe devant sa voisine et continue son travail. Cet avantage a dicté le choix de Bouygues.

Dessiné par Renzo Piano, le futur Palais de justice de Paris se présente sous la forme d’un socle surmonté par trois blocs de verre. La structure interne est constituée par trois noyaux mitoyens : 149 m de haut pour le premier, 107 m pour le deuxième et 68 m pour le troisième. Le chantier pourrait s’apparenter à trois immeubles de grande hauteur construits côte à côte. Chacun d’eux est alimenté par une grue Liebherr à flèche relevable identifiée G1 pour la 355 HCL, G2 pour la 280 HCL et G3 pour la 180 HCL. Leur capacité d’évitement et leur faible déport arrière ont été déterminants. « Avec une grue classique, la flèche et la contre-flèche auraient percuté le noyau voisin rendant son utilisation impossible », explique Stéphane Chadirac. Les grues Potain MR225 G12, G64 et G68 sont également des grues à flèche relevable, elles sont utilisées pour la construction du socle et l’alimentation du chantier et pour leur capacité à éviter les interférences. Elles côtoient des grues classiques. Si l’une d’elles reste longtemps immobile, pour la pose d’un élément préfabriqué par exemple, ses voisines sont paralysées. Comme ce n’est pas le cas des grues à flèche relevable, la cadence du chantier s’en trouve améliorée.

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160 m de haut

C’est le point culminant de l’immeuble dessiné par Renzo Piano qui se résume en trois blocs superposés sur un socle. L’ensemble représente 106 000 m² de planchers.

92 000 m³ de béton

sont nécessaires à la construction, ainsi que 12 000 t d’acier. Trois toitures végétalisées totaliseront 10 000 m² de jardins plantés de chênes et d’arbres à hautes tiges.

90 salles d’audience

seront disponibles dans ce Palais de justice qui regroupera une activité aujourd’hui dispersée sur cinq sites, dont celle du site historique de l’île de la Cité.

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Affectataire : Ministère de la Justice. Maître d’ouvrage : Arélia. Architecte : Renzo Piano Building Workshop. Maître d’œuvre gros œuvre : Setec. Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Ile-de-France. Montant du marché : 575 millions d’euros. Durée de la redevance prévue par le contrat PPP : vingt-sept ans.

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Elévation - Deux coffrages glissants

Le bâtiment est structuré autour de trois noyaux en béton. Le plus haut culmine à 149 m, le deuxième à 107 m, le plus bas à 68 m. Pour ce dernier, Bouygues Bâtiment Ile-de-France a choisi une technique de coffrage traditionnelle par rotations de banches métalliques. Pour les deux autres, c’est une méthode originale qui est employée : le coffrage glissant. D’habitude, les noyaux des immeubles de grande hauteur sont réalisés à l’aide d’un coffrage autogrimpant : un moule géant qui s’appuie sur l’étage inférieur, monte d’un niveau, se remplit de béton une fois par semaine et recommence son cycle hebdomadaire. Le coffrage glissant, lui, ne s’arrête jamais : il progresse constamment à la vitesse de 1,6 m par jour. Le béton y est coulé sans cesse, par petites hauteurs d’une vingtaine de centimètres. « L’architecture du noyau est très irrégulière, avec 11 changements de section. Si le coffrage autogrimpant est parfait pour reproduire une forme, le coffrage glissant se prête mieux aux variations », explique Jean Malauzat, responsable du pôle Gros œuvre sur ce chantier.

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Coulage - 500 m³ de béton par jour

La construction du nouveau Palais de justice de Paris est actuellement le plus gros chantier de bâtiment de France. En pleine cadence, il consomme à lui seul 500 m³ de béton par jour. Cette quantité lui est essentiellement fournie par une centrale récemment ouverte par Holcim à quelques centaines de mètres du chantier, au sein du nouveau quartier Clichy- Batignolles. Particularité : la centrale à béton est raccordée au réseau ferré. Les granulats sont livrés par trains. « Rien que pour notre chantier, il faut deux trains par jour », calcule Jean Malauzat, responsable du gros œuvre sur le chantier.
Le béton est principalement mis en œuvre par deux pompes stationnaires reliées à des mâts de bétonnage, l’un monté sur une mâture de grue, l’autre installé en haut de l’un des deux coffrages. Parallèlement des pompes mobiles sont réquisitionnées en soutien. Le plus important coulage, celui du radier, a représenté 17 000 m³ de béton dont 3 400 m³ coulés sans interruption pendant seize heures d’affiliée.

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