Enjeux

Des disparités importantes dans les régions

Mots clés : Apprentissage

L’évolution des effectifs d’apprentis en région dépend du dynamisme du bassin économique et des politiques locales d’encouragement à l’apprentissage.

Grand Sud-OuestUne situation paradoxale

Au CFA du BTP de Limoges (260 apprentis) en Nouvelle-Aquitaine, le directeur David Audureau constate des situations diverses selon les secteurs : « En second œuvre, nous avons les possibilités d’accueil mais peu d’entreprises. A l’inverse, dans la menuiserie et le gros œuvre, j’ai une quinzaine d’entreprises qui cherchent des jeunes. » Au CFA de Gironde à Blanquefort, les jeunes ont organisé une marche de 8 km entre le CFA et le stade Matmut pour attirer l’attention d’employeurs potentiels. Il compte « 400 jeunes apprentis mais seulement 150 places en entreprise », se désole le directeur du CFA David Labarde. En Occitanie, dans les cinq CFA paritaires, la situation est plutôt morose. A Toulouse, le secrétaire général du CFA régional BTP Thierry Kopacki note – 6 % d’effectifs, soit 600 apprentis enregistrés au 1er octobre : « Les entreprises n’ont plus envie de former des CAP, mais il y a une forte demande d’encadrement de niveaux IV et V. Et, si les entreprises font défaut pour le bâtiment, on n’arrive pas à recruter dans les TP », nuance-t-il.

Rhône-AlpesLe flux des entrants remonte

Si le nombre d’apprentis en Rhône-Alpes marque encore le pas cette année avec un recul de 4,6 % au 31 août 2016 contre – 5,3 % au niveau national, le dynamisme régional conjugué au travail de communication engagé par le réseau BTP CFA Rhône-Alpes semble porter ses fruits. Cette année, la bonne nouvelle vient du flux des entrants en 1re année : + 6,74 % de jeunes dans les sections CAP et + 1,36 % de nouveaux entrants sur les autres niveaux. « Nous sommes dans une démarche proactive en direction des jeunes comme des entreprises et cela se traduit dans les chiffres », souligne Jean-Marc Jeandemange, président de BTP CFA Rhône-Alpes. Outre la dynamique commerciale dans laquelle les personnels des CFA se sont engagés, le réseau CFA BTP Rhône-Alpes a entrepris d’importants travaux de modernisation de ses sites à l’instar de la rénovation du site de Saint-Etienne pour 8 millions d’euros.

Ouest-CentreLes Pays de la Loire montrent la voie

Avec 4 378 apprentis dans le BTP lors de cette rentrée, la région Pays de la Loire est la seule à avoir mis un terme à l’érosion que subissent les CFA depuis plusieurs années. Pour le réseau CCCA-BTP, qui comprend les plus importants CFA de France (Vendée et Loire-Atlantique), la progression est de 1,5 % avec 3 807 jeunes. « L’année a été marquée par une augmentation sensible d’offres de contrats par les entreprises, offres que nous n’avons pas toujours pu satisfaire par manque de jeunes », regrette toutefois Eymard de Crécy, secrétaire général de BTP CFA des Pays de la Loire. En Bretagne, la situation se stabilise à 2 618 apprentis. « La situation devenait urgente car, sur les cinq dernières années, nous avons perdu l’équivalent d’un CFA en nombre d’apprentis », note André Abguillerm, président de la Capeb Bretagne. Et, dans le Centre, malgré l’ouverture du CFA de Blois (investissement de 36 millions), le nombre d’apprentis chute de 9,8 % pour s’établir à 2 240.

NordRemettre à niveau la région la plus jeune

En avril dernier, le conseil régional des Hauts-de-France votait le plan apprentissage « le plus ambitieux de France » pour la région « la plus jeune de France ». Théoriquement, les Hauts-de-France devraient recenser 10 % des effectifs nationaux mais le compte n’y est pas (seuls 2 963 apprentis recensés dans les métiers du BTP fin 2015). L’objectif est donc de passer de 33 000 à 50 000 apprentis d’ici à cinq ans, tous secteurs confondus. En Normandie, le président Hervé Morin vient également de présenter « son » plan pour inverser une tendance à la baisse (3 987 apprentis dans les métiers du BTP fin 2015). 22 millions d’euros vont également être investis dans un nouveau CFA BTP à Rouen.

EstLa baisse est enrayée

Après trois ans de baisse, voire davantage dans certaines anciennes régions, l’Est se satisfait du maintien, globalement, des effectifs à leur niveau de la rentrée dernière. Le phénomène n’est pas encore stabilisé, en témoignent des disparités dans les nouvelles entrées : remontée légère en Bourgogne (d’environ 3 %) mais recul de 9 % à 14 % selon les CFA en Lorraine. Offre et demande continuent de présenter des déséquilibres. L’Alsace recense par exemple des places encore disponibles dans de nombreux métiers : couvreurs, coffreurs, métalliers-serruriers, installateurs thermiques et sanitaires… Et plus d’une entreprise recruteuse peine à trouver car les candidats habitent trop loin. « A cause notamment de cette inadéquation géographique, nous avons en même temps 137 offres non pourvues et 57 jeunes en attente d’une place en entreprise », constate Jean-Herlé Quelennec, directeur du seul CFA BTP franc-comtois, Vauban à Besançon.

Ile-de-FranceLa concurrence des clauses d’insertion

En Ile-de-France, la situation est très contrastée selon les secteurs, même si les chiffres définitifs ne sont pas encore connus : globalement il y a une stabilité, voire une légère baisse, 9 205 apprentis au total, mais les travaux publics ont connu une véritable hémorragie, – 20 % en deux ans ! Cela est dû, selon Jean-Romain Poulain, président de la Commission formation de la FRTP Ile-de-France, « à la fois à la baisse des commandes mais aussi à la concurrence des clauses d’insertion sociales ». Il demande donc que l’apprentissage relève de ce dispositif. L’autre enseignement vient du niveau des apprentis dans le bâtiment : la répartition est identique entre les niveaux V (CAP), IV et III (BTS et au-delà) alors qu’il y a dix ans, les CAP représentaient 67 % des jeunes. Cela répond aux exigences des entreprises en termes d’encadrement et de qualité, « un message que nous faisons passer aux CFA », explique-t-on à la FFB.

Provence-Alpes-Côte d’AzurLa baisse des effectifs stabilisée

La profession espère avoir atteint un point bas dans la baisse des effectifs lors de cette rentrée, première étape vers une reprise attendue. En 2015-2016, les entrées (1 755) avaient baissé de 3 %. En comparaison, en 2011-2012, elles concernaient plus de 3 100 jeunes… « Aujourd’hui, 46 % de la formation des jeunes dans le BTP se fait par l’apprentissage et les effectifs – 5 200 jeunes environ – sont désormais moins importants que ceux de la voie scolaire », constate-t-on à la FRB Paca. La crise du secteur, la difficulté des entreprises à s’engager sur des durées de formation longues expliquent ce recul. « Il y a à nouveau une désaffection des jeunes vis-à-vis du BTP qui attire moins. Nous devons nous remettre en question, communiquer différemment auprès d’eux et, pour les CFA, il y a un besoin de renouer le contact avec les entreprises et d’aller sur le terrain, à leur rencontre », ajoute Thierry Duphil, vice-président de BTP CFA Paca.

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