Autres UEFA Euro 2016

De Lille à Nice, le grand tour des dix stades de la compétition

Mots clés : Établissements de culte, funéraire

La rédaction du « Moniteur » a visité pour vous ces temples modernes qui, durant un mois, vont accueillir les dieux du foot.

Dossier réalisé par Nicolas Guillon et Emmanuelle N’Haux avec Paul Boinet, Vincent Charbonnier, Milena Chessa, Jean-Philippe Defawe, Bertrand Escolin, Rémy Mario, Christian Robischon, Franck Vacle et Christiane Wanaverbecq.

Nous y sommes. Ce vendredi 10 juin, la France donne à 21 heures, à Saint-Denis, le coup d’envoi de l’UEFA Euro 2016. Un Euro en grand format : le premier en 15 éditions à réunir 24 nations. Et l’aboutissement d’une décennie d’investissements : plus de 2,5 milliards d’euros. Comme toujours lorsqu’il s’agit d’organiser un grand événement sportif, le monde du BTP a tenu le premier rôle avant que les footballeurs n’entrent sur le terrain. Quatre stades ont été construits pour la circonstance : à Bordeaux, Lille, Lyon et Nice. Quatre autres ont été repensés : à Lens, Marseille, Saint-Etienne et Toulouse, le Parc des Princes et le Stade de France complétant la liste des sites hôtes.

Après vous avoir fait suivre au plus près ces chantiers d’exception, la rédaction du « Moniteur » a voulu se mettre à la place de l’usager. Une fois n’est pas coutume, nos équipes sont donc parties sillonner la France du foot pour tester ces grands équipements en mode match et les évaluer (voir tableau p. 14). Et la palme de notre palmarès revient à Lyon. Qu’on ne s’y trompe pas : les dix stades de l’Euro sont tous de magnifiques réalisations. Nos majors – mais pas uniquement – ont encore une fois fait étalage du savoir-faire du bâtiment tricolore. Des Griezmann et des Pogba de la truelle, la famille bleue du BTP en compte plein ses échafaudages ! Le jeu auquel nous nous sommes prêtés revendique donc une part de subjectivité, pour la bonne et simple raison que l’usager c’est le supporteur, dont l’objectivité n’est pas le premier trait de caractère !

La faute à la crise.

Le grand soir est donc arrivé et pourtant, la tête n’est pas à la fête, comme en 1998 à la veille de la Coupe du monde, ou même en 1984, année du premier « vrai » Championnat d’Europe des Nations organisé par la France (la première phase finale, en 1960, qui s’était tenue à Paris et Marseille, ne réunissait que quatre équipes). La faute à la crise, qui n’était pas prévue au programme au moment où fut mise en place, en février 2008, la commission « Grands Stades Euro 2016 », présidée par Philippe Seguin ; une crise qui s’éternise et que la somme de travail promise comme le remède à tous les maux par les promoteurs de l’événement n’a manifestement pas suffi à endiguer. Conséquence : c’est dans un climat social dégradé, jusqu’aux rangs de l’équipe de France, que se présente l’événement. Et puis, il y a l’état d’urgence. Lors des attentats du 13 novembre, le Stade de France était clairement visé. Pour ne rassurer personne, le 21 mai dernier, le dispositif de sécurité déployé autour de l’enceinte dyonisienne pour la finale de Coupe de France, sorte de répétition générale, cédait sous la pression des supporteurs parisiens et marseillais. Même truffée de caméras de vidéosurveillance (2 200 installées dans les dix stades de la compétition), « la France a peur », aurait lancé Roger Gicquel en ouverture du JT de 20 heures dans les années Giscard.

Lieux de vie fédérateurs.

Dès lors, faut-il se féliciter d’organiser cet Euro 2016 ? La question mérite d’être posée quand Paris s’apprête à déposer un dossier de candidature à l’organisation des Jeux olympiques de 2024. Pour apporter des éléments de réponse, il faut revenir quelques années en arrière et mettre en perspective l’argumentaire de vente de la compétition par les autorités. « La France a enfin pris la mesure de son retard en matière d’enceintes sportives », se félicitait le secrétaire d’Etat à la Prospective, Eric Besson, dans son rapport sur la compétitivité du football professionnel remis en novembre 2008 au secrétaire d’Etat aux Sports de l’époque, Bernard Laporte. Besson expliquait que la France n’avait pas su saisir l’opportunité de la Coupe du monde en 1998 pour moderniser ses stades, contrairement à l’Allemagne en 2006. Et pour cause : la construction du Stade de France avait englouti les deux tiers du budget prévu à cet effet. Mais cette fois, notre pays allait pouvoir se doter d’enceintes modernes, polyvalentes et dépassant même le cadre du sport. « Des lieux de vie fédérateurs, intégrant espaces de loisirs, cinémas, commerces, hôtels, restaurants, centres d’affaires, décrivait l’exalté, l’idée étant d’attirer un public plus large, à même de fréquenter le stade et ses abords au quotidien, et d’y consommer. »

Comme au début du XIIIe siècle, où une quête de spiritualité avait entraîné les évêchés de France dans un concours de cathédrales, une nouvelle frénésie de construction s’emparait donc de l’Hexagone sous l’effet de la religion profane du moment, le football. Il était venu le temps des stades. Huit ans plus tard, le retard a-t-il été rattrapé ? Pas totalement. Au terme de cette vague de travaux sans précédent, force est constater que la France ne peut toujours pas s’enorgueillir de posséder un Wembley (Londres), un San Siro (Milan, cadre de la dernière finale de la Ligue des champions), une Allianz Arena (Munich) ou un Santiago Bernabéu (Madrid). Timidité des maîtres d’ouvrage ? Snobisme des maîtres d’œuvre ? Manque de culture sportive peut-être tout simplement. A Lens, où celle-ci est dans les gênes, on pouvait ainsi lire ceci sur une banderole, le 15 mai dernier, lors du dernier match de la saison : « Vous voulez des tribunes modernes, assises et aseptisées, vous aurez des tribunes populaires, debout et colorées ! »

Au milieu de nulle part.

Les stades de l’Euro étaient également censés répondre à une « dynamique de métropolisation ». On a donc construit le stade Pierre-Mauroy de Lille à Villeneuve-d’Ascq, sur le site en friche dit de La Borne de l’espoir, le bien nommé ; le Parc Olympique Lyonnais à Décines ; l’Allianz Riviera de Nice dans la plaine du Var ; et le Matmut Atlantique à Bordeaux-Lac. Les quatre au milieu de nulle part, quand le Millennium Stadium de Cardiff, souvent présenté par les experts comme le stade le plus réussi d’Europe, se situe en cœur de ville. Des ambitions d’écoquartier, en particulier à Nice, ayant beau emballer l’affaire, on pourra toujours discuter de l’impact carbone de telles implantations. Pour compenser, l’organisateur s’est engagé à financer un parc éolien en Nouvelle-Calédonie ! « Mais le vrai développement durable, cela aurait été de ne pas organiser l’Euro », ose un cadre des services d’une des quatre métropoles précitées. Un bon sujet de réflexion pour la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a fait de l’écologie l’« ADN de la candidature » de sa ville à l’organisation des JO.

Enfin, il faut bien dresser le bilan financier de cet Euro, avant même d’en connaître les retombées, de toute façon toujours difficiles à mesurer. « Vous pouvez sortir toutes les études que vous voulez, à l’arrivée, ce genre d’événement est toujours un gouffre financier pour le pays hôte, observe Philippe Villemus, qui fut le directeur marketing de France 98. Nos pays endettés ne devraient plus se battre pour ça. » De fait, la Grèce a sans doute fini de se ruiner avec les JO d’Athènes. Et l’économie brésilienne, qui, à peine sortie d’un Mondial de foot, va enchaîner avec les JO, n’est pas au meilleur de sa forme. Dans son rapport, Eric Besson reconnaissait d’ailleurs que la plupart des projets de construction ou de rénovation de stade se heurtaient à des difficultés économiques, juridiques ou politiques. Mais on avait trouvé la parade : la « privatisation des stades » et le recours au partenariat public-privé, le fameux PPP. Mais l’état de grâce du dispositif a vécu. Après les enquêtes ouvertes à Lille et à Nice, le Conseil d’Etat vient d’annuler le contrat bordelais. Surtout, le PPP s’est transformé en bombe à retardement pour des collectivités qui, avec la baisse des dotations, n’ont plus guère de marge de manœuvre financière. Au temps des cathédrales, les récoltes étaient bonnes. Tandis que dans la France de Hollande comme dans celle de Sarkozy, chacun sait que les caisses sont vides.
Passons sur la compétitivité du football professionnel français, de laquelle tout est parti. Celle-ci n’a jamais été aussi faible. Avec son stade financé à 100 % sur fonds propres, cas unique, l’Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas s’est, toutefois, donné les moyens de réussir. En attendant, il faut espérer qu’aucun incident grave ne viendra ternir cet Euro. Et si par bonheur, la France arrivait à s’adjuger le trophée le 10 juillet, à Saint-Denis – rappelons que les Bleus ont à ce jour remporté les deux grandes compétitions disputées sur leur sol -, parions que plus personne ne trouverait à redire sur la pertinence de cette organisation et les coûts engendrés. Tenez, François Hollande pourrait peut-être même se faire réélire…

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Pour Nantes, Rennes ou Strasbourg : le jeu n’en valait pas la chandelle

« On est dans la démesure totale avec le cahier des charges de l’UEFA. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. » En 2009, Jean- Marc Ayrault, alors maire de Nantes, justifiait ainsi son choix de ne pas accueillir l’Euro 2016. Une étude évaluait la facture à près de 100 millions d’euros. Pour Pascal Bolo, premier adjoint en charge des Finances, ces exigences étaient surtout concentrées sur l’accueil des VIP. « C’est le modèle des stades d’aujourd’hui qui doivent devenir des machines à cash où un tiers des spectateurs assurent les deux tiers des recettes. » De fait, les aménagements demandés n’auraient profité que très peu aux supporteurs. Rennes, qui prévoyait d’agrandir son stade pour un coût de 36 millions d’euros, ayant également renoncé, l’Ouest sera donc absent de la compétition… tout comme l’Est, car l’équation financière de l’UEFA a également refroidi Strasbourg. « La rénovation du stade de la Meinau aurait coûté au minimum 80 millions d’euros pour répondre aux dernières normes sismiques. Et dans sa version maximale proche d’un stade neuf, la facture grimpait à 250 millions d’euros », rappelle Alain Fontanel, premier adjoint au maire. La ville alsacienne avait en outre estimé ne pouvoir compter que sur elle-même. « La part de cofinancement de l’Etat était très faible, ne prévoyant aucune péréquation selon la taille des villes. »

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