Autres SABAUDIA

DE LA VILLE NOUVELLE À LA VILLE-MUSÉE

Mots clés : Architecture - Musées - galerie - Peinture

Ville nouvelle lancée par le régime fasciste dans les marais Pontins au sud de Rome, Sabaudia est une expérience urbanistique sans équivalent, parce que restée dans l’état de son achèvement, en 1934. Elle constitue à ce titre un témoin exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture rationalistes italiens. « Ville de fondation » par excellence, elle conjugue éléments contemporains et rappels à la tradition italienne. Ses tours blanches, ses larges rues et ses édifices carrés et épurés évoquent les peintures métaphysiques de Giorgio De Chirico. Elle est implantée selon un schéma reprenant cardo et decumanus et laissant entrevoir dans sa structure urbaine des références médiévales. Encensée par Mussolini dès sa création, et donc longtemps restée coupable de ses origines politiques, Sabaudia a cependant été prisée des intellectuels et artistes romains dès les années 1960, avant d’être aujourd’hui revisitée et réhabilitée, architecturalement et symboliquement.

Pendant les années 1930, le régime fasciste italien met en place de grands projets territoriaux, urbains et architecturaux, relevant d’une volonté à la fois politique et économique. En particulier, Mussolini reprend le projet d’assainir la zone des marais Pontins, située à 80 km au sud de Rome ; à travers les siècles, celle-ci a fait l’objet de multiples tentatives d’aménagement infructueuses, de la part de César, d’Auguste, de plusieurs papes, ou encore de Napoléon. Contribuant à asseoir l’autorité politique du fondateur du fascisme, la bonification de ces terres va offrir de nouvelles perspectives au pays. Cet aménagement se traduit par la mise en culture des terres drainées, partie intégrante d’une action visant à réduire le chômage et à pallier la crise alimentaire. Des populations pauvres du nord de l’Italie y seront transférées, afin d’exploiter la terre reconquise. A cet aménagement global sont intégrées cinq villes nouvelles : Littoria (1932), Sabaudia (1934), Pontinia (1935), Aprilia (1937) et Pomezia (1939). L’ambition est alors de limiter les migrations rurales et, ainsi, de freiner la croissance non maîtrisée des grandes villes.

Sabaudia fait l’objet d’un concours remporté par Gino Cancellotti, Eugenio Montuori, Luigi Piccinato et Alfredo Scalpelli. Jeunes diplômés de l’école supérieure d’architecture de Rome, ils sont engagés en faveur du rationalisme et revendiquent un renouveau pour l’architecture italienne. Deuxième ville à naître après Littoria (rebaptisée Latina à la suite de la chute du régime fasciste), Sabaudia est édifiée dans le temps record de 253 jours. Tout au long du chantier, le régime en fait une promotion retentissante, qui culminera lors de son inauguration, le 15 avril 1934. Mussolini est présent à chaque étape importante de l’édification et ses visites sont magnifiées par la presse.

Que ce soit pour son site, son urbanisme ou son architecture, Sabaudia retient très tôt l’attention. Située sur un léger promontoire, elle domine le lac Paola, lui-même séparé de la mer Tyrrhénienne par une fine dune de sable. En point de fuite se dresse la silhouette du mont Circé, qui aurait abrité la sorcière évoquée dans L ‘Odyssée

d’Homère. Elle est également isolée du reste du territoire par le parc national du Circé, véritable frontière arborée avec le reste de la zone pontine.

Austérité colorée

La via Migliara, axe perpendiculaire à la via Appia, pointe directement sur la tour de l’hôtel de ville (Palazzo del Comune), avant de se décrocher en baïonnette et de filer vers le lac et la mer. Le long de cet axe principal, au centre de la ville, les principaux édifices se succèdent : l’auberge, la maison du fascisme (Casa del Fascio), l’hôtel de ville, l’église. Et les bâtiments sont loin d’être disposés de manière aléatoire. Leurs formes, leurs matériaux et leurs couleurs dialoguent, constituant un ensemble d’une dimension harmonieuse. Aux édifices de faible hauteur répond le contrepoint élancé de la figure de la tour ; c’est le cas de la maison du fascisme et de l’hôtel de ville, en regard du campanile de l’église, trois bâtiments emblématiques. Les matériaux soulignent les soubassements, les portiques et ponctuent les baies. Travertins, briques et enduits s’associent, créent des gradations dans la matérialité des édifices. L’austérité que l’on pourrait ressentir par la répétition des

ouvertures est ainsi atténuée et nuancée. En témoigne la poste, véritable symbole de l’architecture des années 1930 de la ville : elle est recouverte de petits carreaux de mosaïque bleue de cinq nuances donnant du relief aux murs du bâtiment. Conçue par Angiolo Mazzoni, architecte futuriste qui réalisa de nombreux bureaux de poste et gares à travers le pays, elle est composée de volumes qui associent des formes particulières. Du côté du cours Victor- Emmanuel III, elle s’ouvre sur une salle publique, tandis qu’à l’arrière, un escalier magistral conduit à un appartement situé au deuxième niveau. L’encadrement des fenêtres et le garde-corps de l’escalier sont en marbre rouge de Sienne. Toutes les fenêtres sont dotées d’un double châssis, muni d’un grillage protégeant des moustiques. La toiture-terrasse présente un petit porte-à-faux peint en jaune qui court tout autour de l’édifice. Un escalier en briques élève le bâtiment sur une sorte de piédestal et souligne l’importance de l’accès en s’enrichissant, à l’angle, d’un porte-drapeau sur un bloc de travertin disposé en diagonale. Outre les bâtiments publics – l’école, l’hôpital, la poste, le château d’eau -, les architectes proposent différents types de logements, représentatifs des tendances rationalistes du début du XXe siècle.

Des petits collectifs ( case in linea), distingués en sept types, sont disposés sur le cours Victor-Emmanuel III, place Jules-César (Largo Giulio Cesare), et le long de la place du Circé. Ils se conforment aux alignements de la voirie et entrent dans la composition urbaine avec des redents et des variations de hauteurs faisant écho aux bâtiments publics. Les rez-de-chaussée sont destinés à accueillir des commerces ; ils peuvent être bordés de portiques et s’ouvrir sur le cœur des îlots. Les logements occupent les niveaux supérieurs. Les cages d’escalier distribuent les appartements traversants, dotés d’installations sanitaires et de loggias. La toiture des immeubles est, dans certains cas, occupée par de vastes terrasses. Les architectes proposent également des maisons doubles pouvant chacune accueillir deux familles. Six types de maisons jumelées étaient prévus. Assez différentes formellement, les maisons présentent des variations sur le thème du pavillon avec jardin. On peut souligner la rémanence de...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 257 du 13/02/2017
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