Dossier

De la contre-culture américaine aux filières organisées

Le rapport « Brundtland » de 1987 – du nom de la présidente de la commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement – a fait entrer dans le langage courant le terme de « développement durable ». On peut lui préférer l’expression anglaise « sustainable development », c’est-à-dire développement soutenable, dont certains estiment qu’elle reflète davantage le sens du texte. L’adjectif durable met plutôt en valeur l’idée d’une continuité de développement, reposant sur des dispositifs environnementaux, tandis que soutenable suggère une fracture, l’épuisement inéluctable de ressources comme le zinc ou le cuivre. Cette issue impose de nouvelles solutions, sans recours possible aux matières premières auxquelles nous sommes habitués. Une grande inventivité est alors convoquée, et passe par la valorisation des déchets.

Les chiffres sont éloquents : en France, le seul secteur du bâtiment, hors travaux publics, génère 50 millions de tonnes de déchets par an, un chiffre très nettement supérieur aux déchets ménagers (30 millions de tonnes par an). La directive 2008/98/ CE a fixé à 70 % le taux de déchets devant être valorisés à partir de 2020. Cependant, en associant bâtiment et travaux publics, l’Union européenne n’incite pas forcément à la valorisation des déchets propres au bâtiment : ces derniers étant largement minoritaires, les seuls travaux publics devraient permettre d’atteindre l’objectif. En outre, dans ce secteur, se joue essentiellement le sort du béton, et non celui des multiples composants du bâtiment, par exemple les plaques de plâtre, les briques, les tuiles, les portes, les fenêtres, les parements de façade ou les isolants.

Néanmoins, le texte distingue bien le réemploi du recyclage, et donne la priorité au premier. Les arguments en sa faveur sont en effet nombreux : pas ou très peu de consommation d’énergie par rapport au recyclage, création d’emplois (extraction des matériaux sur les chantiers, réparation, adaptations, etc.), mais aussi préservation de l’histoire des matériaux et, en définitive, du patrimoine. Il faut également différencier réutilisation et réemploi – ce que ne fait pas la directive européenne. Dans le premier cas, la fonctionnalité reste la même : par exemple, la porte d’un bâtiment démoli pourra être réutilisée ailleurs en tant que porte. Dans le second cas, le réemploi induit un changement de fonction, car le matériau, tombé en désuétude, ne correspond plus aux besoins ni aux normes. Cette distinction importe, l’obsolescence concernant une grande partie des produits de construction. Les façades du Pavillon circulaire – petite folie en bois installée temporairement sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris à l’occasion de la COP21 (p. 68) -sont composées d’un assemblage de portes palières des années 1930, récupérées sur le chantier de rénovation d’un immeuble HBM. Ce bâtiment-manifeste fait suite à l’exposition « Matière grise » consacrée au réemploi en 2014, au pavillon de l’Arsenal à Paris, qui a connu un grand succès public et montre que le sujet est enfin à l’ordre du jour en France, plusieurs décennies après les États-Unis.

Déconstructeurs

En effet, dès les années 1960-1970, tandis qu’en France les communautés hippies retapaient des fermes abandonnées, la contre-culture américaine en matière d’habitat passait par la récupération et le réemploi de matériaux. Drop City, dans le...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 249 du 14/03/2016
PAS ENCORE ABONNÉ
Votre avis ?
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X