Edito

Darwin, reviens !

Les clichés, comme les habitudes, ont la vie dure : le BTP n’est pas l’ennemi de la nature. Le temps où les constructeurs faisaient table rase de l’environnement pour ériger les signaux d’une modernité toute puissante est révolu. Bâtir n’est plus une démarche d’éradication. C’est désormais une démarche chirurgicale. Les saignées qu’infligent encore au paysage nos entreprises pour quelques routes, chemins de fer ou morceaux de ville, sont de plus en plus programmées pour cicatriser rapidement. Truites farios, écrevisses à pattes blanches et salamandres font déjà la loi dans les campagnes et commencent, aux côtés des orchidées, fougères, mousses et autres végétaux exotiques, à prendre leur revanche en ville. Ensemble, ils détournent des projets de route, soulèvent les voies ferrées et bousculent bien des implantations immobilières.
Le BTP compose désormais avec cette richesse. Mieux, à grand renfort de mesures compensatoires, il participe à la recréation des écosystèmes favorables à la biodiversité. Et au retour de la nature en ville. Ce qui provoquait ricanements et quolibets dans ses rangs il y a quelques années suscite aujourd’hui le plus grand intérêt. Certes, la partie est loin d’être gagnée : l’étalement urbain ne faiblit pas, de grands projets paraissent encore très contestables et l’impact environnemental des constructions reste souvent trop peu étudié. Mais les abeilles, libellules, coccinelles, écrevisses, anguilles, brochets, grenouilles, tritons, faucons pèlerins, renards, fouines, écureuils roux, hérissons, chauves-souris… arrivent en ville. Quelque 2 000 espèces animales et végétales côtoient les Parisiens alors que la Ville lance son nouveau plan de protection. En pleine régression de la nature, les quartiers deviennent des réservoirs de biodiversité (voir p. 12 et p. 68).
Nous les avions chassés. Ils sont de retour. Calquant leurs habitudes sur les nôtres, ils sont chez eux chez nous. Ces rescapés de la sélection naturelle ont, sans doute, encore des choses à nous apprendre. Darwin, reviens !

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