Actualité François Drouin, président-directeur général d’Oséo

Crise : « Un plan robuste et puissant pour les PME »

Mots clés : Collectivités locales - Conjoncture économique - Entreprise du BTP - PME - Situation économique

Sur les 22 milliards d’euros d’aides ouverts pour soutenir les PME, 5 milliards sont alloués à Oséo. Son P-DG en détaille le mécanisme. Il estime que le BTP risque d’être particulièrement exposé à la crise.

Oséo va distribuer 5 milliards d’euros sur les 22 milliards destinés aux PME. Pouvez-vous nous détailler votre action ?

Au sein de cette enveloppe, nous pouvons consentir aux entreprises, quelle que soit leur taille, deux milliards de prêts supplémentaires. Deux autres milliards nous permettront de garantir les prêts accordés aux entreprises de moins de 250 salariés. Le dernier milliard confortera leur trésorerie et nous permet ainsi de garantir du court terme. En outre, il inclut une autre mesure phare : notre service « Avance », par lequel nous finançons les créances publiques ; il est désormais élargi aux créances issues de grands comptes privés. Ce service est particulièrement utile au BTP. Concrètement, il permet, par exemple, à un entrepreneur qui réalise des travaux dans une mairie, ou pour un grand compte privé, de s’adresser à nous pour lui avancer les sommes en attendant le paiement quelquefois tardif. Nous sommes les seuls à leur offrir cette solution.

L’enveloppe de 5 milliards est-elle suffisante ?

Cinq milliards d’euros, ce n’est pas peu ! D’autant qu’il s’agit avant tout d’un plan de prévention, robuste et puissant. Et opérationnel : nous avons déjà mis en place notre numéro vert – le 08.10.00.12.10 – et les entreprises peuvent aller sur notre site. Elles seront immédiatement mises en relation avec des professionnels d’Oséo de leur région, qui prendront contact avec leurs banquiers pour tenter de dénouer les difficultés.

Combien d’appels avez-vous déjà reçus ?

2 000 appels en cinq jours ; ce n’est pas énorme pour un tissu de deux millions de PME. Nous tournons autour des 400 appels/jour… Nous avons des dossiers en cours de traitement. La moitié des appels sont des demandes de renseignement sur le dispositif. Les autres concernent plutôt des découverts. Nous n’avons que quelques cas d’urgence : environ 6 %.

Est-ce que le BTP est très demandeur ?

C’est un peu tôt pour faire des statistiques. Les appels proviennent de secteurs assez hétéroclites. Beaucoup de TPE, des commerçants… Les appels montent en puissance mais cela s’explique par la campagne d’information que nous avons lancée. Nous avons eu aussi 500 contacts sur le web.

Le BTP vous paraît-il particulièrement exposé à la crise ?

Le BTP va peut-être souffrir un peu plus que les autres secteurs, car il est particulièrement sensible à la question des délais de paiement. Je pense, fondamentalement, que la loi de modernisation de l’économie qui vient d’être votée est bonne, à condition qu’elle soit appliquée et qu’il y ait des sanctions si elle ne l’est pas. Car ce sera par les délais de paiement que les entreprises du secteur vont souffrir le plus. Nos interventions sur le court terme pourront les aider à passer le cap, car c’est par là que le mal arrive. En outre, l’activité du BTP va connaître un ralentissement, et ceux qui n’arriveront pas à replier la toile assez vite vont voir leurs besoins de trésorerie augmenter.

On dit que les banques vont resserrer leurs financements aux PME. Je n’en suis pas convaincu. Elles le feront soit là où il y a des risques, soit là où leur intervention requiert beaucoup de liquidités. Financer l’immobilier et les particuliers est risqué ; financer les collectivités locales est peu rentable et consomme beaucoup de liquidités. A l’inverse, les prêts aux PME sont plus intéressants pour les banques, notamment en termes de tarifs. Il ne faut pas passer d’un extrême où l’on assurait que les banques « tondaient » les PME à un autre en disant qu’elles ne veulent plus travailler avec elles.

Les financements des collectivités sont également à la baisse. Ne risquent-elles pas de lancer moins de projets ?

C’est à craindre. Et les entreprises de BTP risquent de souffrir de cette baisse d’activité, prises entre des collectivités qui réduisent leurs projets, et des particuliers qui peinent à payer. C’est pourquoi nous avons mis en place une solution court terme, qui nous permet d’agir sur leur trésorerie.

N’êtes-vous pas très en retrait par rapport à ce que l’on entend partout sur les difficultés de financement des entreprises ?

Nous n’avons pas de remontée en ce sens de notre réseau. Je ne dis pas que des situations catastrophiques n’existent pas, mais elles sont rares. Pour moi, globalement, le système bancaire n’est pas défaillant vis-à-vis de ses clients. Mais nous sommes là, le cas échéant, pour décoincer certaines situations. Nous l’avons par exemple fait récemment pour une entreprise de Rennes, en pleine croissance, qui ne trouvait pas de financement.

Qu’en est-il des conditions d’accès des entreprises à l’assurance-crédit ?

C’est un sujet d’inquiétude, d’autant que les assureurs sont totalement internationalisés. Et que les dégâts sont très rapides.

N’estimez-vous pas que le lien banque-entreprise est rompu ?

Pas du tout. Economiquement, il n’a d’ailleurs pas de raison de l’être car les banques vivent des entreprises, ne l’oublions pas. Une banque ne coupera pas les vivres à une PME du BTP qui ne lui a pas manqué de parole depuis dix ans. Au contraire, elle lui réservera des moyens ! Grâce aux 17 milliards débloqués par le gouvernement, elles ont suffisamment de liquidités pour le faire.

Le plan de sauvetage ne va-t-il pas se dérouler au détriment de l’innovation ?

L’innovation ne ralentit pas. En 2008, nous réalisons une année comme nous n’en avions jamais fait. Nous avons aidé des projets à hauteur de 800 millions d’euros, notamment dans le domaine des énergies nouvelles.

Quels conseils donnez-vous aux entreprises pour passer cette crise ?

De se rapprocher de leur banquier et, si celui-ci ne veut pas les financer, de nous contacter. Si l’entreprise est saine, nous interviendrons pour alléger son poste clients.

En outre, il y a des opportunités à saisir, des rachats à faire de matériels, voire d’entreprises : plutôt que de laisser mourir une société, mieux vaut se mettre à trois ou quatre pour la racheter.

Les vraies questions, ce sont les délais de paiement, le court terme et l’assurance-crédit. J’insiste : il est de l’intérêt de tous d’avoir des délais de paiement courts.

Comment peuvent faire les TP, confrontés à un Etat qui paie mal ?

L’Etat paie bien mais avec, parfois, des délais encore trop longs pour les entreprises. Il est vrai qu’il faut réduire les délais de paiement. Oséo peut intervenir avec des avances de trésorerie. Par ailleurs, nous offrons un confort que n’offre quasiment aucun établissement : nous confirmons nos crédits court terme sur un an et exigeons cela de la part de la banque partenaire. Malheureusement pour l’entrepreneur, ces confirmations sont devenues de plus en plus rares et pourtant elles donnent de la visibilité aux chefs d’entreprise.

Que faire si le client est un particulier ?

Le particulier finance à crédit ses gros travaux. Il faut lui faire payer ses petits travaux, quitte à être un peu ferme avec lui.

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Oséo, la « banque des PME »

Oséo est un établissement public placé sous la tutelle des ministères de l’Economie et de la Recherche. Il résulte de la fusion de l’Anvar, de la BDPME, de Sofaris et de l’Agence de l’innovation industrielle (AII), et fonctionne sur la base d’un maillage territorial très dense.

Il a pour mission d’accompagner les PME afin d’assurer une plus grande continuité dans la chaîne du financement de leurs projets. Il dispose pour ce faire de trois leviers : le soutien à l’innovation (via Oséo innovation) ; le financement des investissements et du cycle d’exploitation en partenariat avec les banques (via Oséo financement) ; la garantie des financements bancaires et des interventions en fonds propres (via Oséo garantie).

François Drouin est P-DG d’Oséo depuis novembre 2007.

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