Architecture Technique Travail en sous-œuvre

Créer un auditorium dans une chapelle classée

Mots clés : Établissements de culte, funéraire - Manifestations culturelles - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples - Travail

Le projet, entièrement réversible, a nécessité des travaux de reprise en sous-œuvre et de confortement complexes qui ont dû être adaptés en fonction des découvertes réalisées à l’avancement.

La chapelle du lycée Corneille de Rouen (Seine-Maritime), édifiée au XVIIe siècle, est un bâtiment classé monument historique qui accueille, depuis de nombreuses années, des concerts de haut niveau. Face au succès de ces manifestations artistiques, la région Haute-Normandie a souhaité adapter l’édifice aux exigences contemporaines en matière de confort d’écoute – les programmes privilégient la musique non amplifiée – en y construisant un auditorium modulable de 600 à 700 places. Contrainte principale : une réversibilité totale, aucune des structures créées ne devant modifier le cadre ni la topographie des lieux.

Coulisses et accès souterrains.

Pour ce faire, l’accès s’effectuera depuis un souterrain latéral débouchant directement dans les deux petites chapelles latérales, situées à chaque extrémité du transept, via un escalier ou un ascenseur destiné aux personnes à mobilité réduite. Toutes les infrastructures (loges, locaux techniques, sanitaires, billetterie) seront « enterrées », le projet nécessitant de réaliser 1 140 m² de planchers (fondés sur micropieux) à 4,80 m de profondeur. Un dispositif de chauffage par le sol ayant été installé dans la partie centrale du transept, lors d’une phase de modernisation antérieure, il était nécessaire de terrasser à 4,80 m de profondeur sans toucher au dispositif. « Donc avec l’obligation de conserver le plancher existant », résume Guillaume Toutain, chargé d’affaires de l’entreprise Freyssinet. Pour ce faire, les dallages en pierre des chapelles ont d’abord été déposés. Sous chaque chapelle, une poutre de rive (120 x 62 cm) et un plancher en béton armé, comprenant une trémie centrale – destinée pour l’une à l’escalier et pour l’autre au futur ascenseur -, ont été créés de part et d’autre du plancher central. Les terrassements – effectués au moyen d’une aspiratrice à terre (Les Suceuses de l’Ouest) avec étaiement à l’avancement – ont pu alors commencer, jusqu’à 1,80 m de profondeur (cote 21,85 NGF). Cette cote correspond au niveau bas d’une galerie centrale existante.

Poutres post-contraintes.

Les études complémentaires, menées par le Bureau Michel Bancon, attestaient en effet qu’il était impossible d’ouvrir en pleine fouille, à 19,68 NGF, sans risquer de compromettre la stabilité générale du bâtiment, cette phase intérieure étant concomitante avec les travaux de terrassement extérieurs. D’autant plus que ces premiers creusements ont révélé la présence de murs de refend destinés à reprendre les efforts de poussée sur l’édifice. Ces murs ont été déconstruits par sciage au câble et remplacés par des tirants métalliques obliques (Garonnaise de forage) et horizontaux (Freyssinet). Ces derniers (17 m de longueur pour les plus importants) sont constitués d’une barre Freyssibar (26,5 mm de diamètre) insérée dans un carottage (50 ou 80 mm) injecté au coulis de ciment.

Après excavation sur 1,80 m, les étaiements ont été remplacés par des profilés métalliques (IPE 200) définitifs, ancrés dans la poutre de rive précédemment mentionnée et, côté galerie, dans une poutre longitudinale (11,40 m) post-contrainte (8 torons) de 40 x 70 cm de section. « Nous avons proposé cette variante en lieu et place de la structure en béton armé de 20 x 70 cm initiale, précise Guillaume Toutain. Cette solution permet d’éliminer le gros poteau central prévu à mi-travée dans le projet originel, et d’éviter un étaiement complexe lors de la seconde phase de terrassement. »
Les abouts de poutres, supportés par les murs périphériques créés en béton projeté, ont été coulés en place à l’aide d’un microbéton de forte résistance. « Un tel produit permet de ne pas vibrer et d’assurer une prise rapide, poursuit Guillaume Toutain, tout en garantissant un bétonnage sans vide, critère technique particulièrement important dans ces zones fortement sollicitées où viennent s’ancrer les câbles de précontrainte. » Après ferraillage entre les profilés métalliques, un béton projeté de 10 cm a été mis en œuvre en sous-face de la dalle centrale, pour constituer la partie centrale des poutres post-contraintes, ainsi qu’en enrobage des poutrelles afin de garantir la protection au feu. Les voiles périphériques ont ensuite été réalisés sur 1,80 m terrassé. La galerie centrale a alors été démolie et les terrassements poursuivis jusqu’à la cote définitive, cette fois par des moyens mécaniques, l’évacuation des déblais s’effectuant par les ouvertures – correspondant aux futurs accès – préalablement aménagées. Les travaux se sont achevés par l’exécution, en béton projeté, de la hauteur complémentaire des voiles périphériques et par la réalisation du radier.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : région Haute-Normandie. Maître d’œuvre : Atelier d’architecture King Kong. Architecte du Patrimoine : Aurélien Dufour. Bureau de contrôle : Socotec. Coordonnateur SPS : SG.COO.BET structure : Khephren. Entreprises : Groupement Léon Grosse (mandataire)/Lanfry. Principaux sous-traitants : Freyssinet, Garonnaise de forage, Les Suceuses de l’Ouest. Durée des travaux : quatorze mois. Coût du projet: 6 millions d’euros (HT).

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