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Craintes et incertitudes sur le devenir du musée des arts et traditions populaires

Mots clés : Manifestations culturelles - Musées - galerie

Au bois de Boulogne à Paris, une palissade occulte depuis un an le hall traversant et le rez-de-chaussée de l’ancien Musée national des arts et traditions populaires. Cache-misère ou trompe-l’œil propre à détourner l’attention du passant qui se rend à la Fondation Vuitton toute proche ? L’abandon de cette réussite architecturale éclatante et de ce lieu d’invention muséographique parmi les plus saisissants des Trente Glorieuses, laisse présager le pire.

Fermé en 2005, privé de ses collections au profit du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) et dépecé, progressivement, le ci-devant « Louvre du peuple » abandonné de ses derniers occupants en 2013 fait l’objet de négociations à huis clos. Depuis la fin de la convention – 31 décembre 2014 – qui liait le ministère de la Culture affectataire de l’équipement et la Ville, propriétaire, la clause qui prévoit la remise en état de l’édifice en fin de bail est une pierre d’achoppement. L’état d’abandon inexplicable du Musée national des arts et traditions populaires (MNATP) et l’argument de son désamiantage compromettent une rétrocession dont le bâtiment risque de faire les frais.

Le bois de Boulogne n’a cessé de s’attirer les suffrages de maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre de renom. Dans la lignée de ces créations d’exception que sont le Madrid de François Ier, le Bagatelle du Comte d’Artois ou les Jardins Albert Kahn, le MNATP émane lui aussi de la fécondité d’un partenariat entre deux personnages hors du commun : Georges-Henri Rivière, le magicien des vitrines, inventeur du concept de l’écomusée et Jean Dubuisson, l’un des plus talentueux praticiens de sa génération, qui signe ici un chef-d’œuvre peu connu (1). Le bâtiment est victime tant de sa simplicité apparente que de l’ostracisme dont souffre encore la production architecturale des Trente Glorieuses.

Conçu sur la longue durée – vingt années entre les premières esquisses de projet de 1953 et l’ouverture partielle au public en 1972 – le musée laboratoire tout autant destiné à la recherche qu’au stockage et à la présentation des collections est le fruit d’une connivence intellectuelle remarquable, du type de celles qui enfantent les bâtiments phares de l’histoire (2). S’il est trop tard pour regretter le démantèlement d’un concept muséographique qui s’est exporté depuis au-delà de nos frontières, l’enveloppe qui l’a abrité mérite aussi de faire l’objet d’une expertise à la hauteur de l’objet architectural. Si les décideurs ne sont pas toujours amis de ce type d’approche et tardent à la mettre en œuvre, celle-ci vient d’être tentée dans le cadre des écoles d’architecture. Les studios proposés sur la reconversion du MNATP à l’Ensa Val-de-Seine et à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) se sont attirés les suffrages de nombreux étudiants : une soixantaine d’entre eux a planché cette année sur l’édifice, et leurs travaux viennent démontrer que...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 246 du 13/11/2015
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