Architecture et urbanisme

Consultation urbaine pour le Nord-Est de Paris

Mots clés : Aménagement paysager - Architecte - Architecture - Démarche environnementale - Développement durable - Produits et matériaux - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine - Second oeuvre - Transport collectif urbain

La ville a retenu un projet d’aménagement pour transformer dans les dix ou quinze ans à venir, un secteur excentré de la capitale, étendu sur 200 ha entre les portes de la Chapelle et de Pantin, marqué par l’emprise d’infrastructures ferroviaires, de friches urbaines et de bâtiments industriels obsolètes. Le projet, conduit par les architectes-urbanistes Dusapin et Leclercq et les paysagistes de l’agence Ter, vise à réimplanter, dans un souci affirmé de développement durable, près de 750 000 m2 d’activités, de bureaux et d’équipements.

A Paris, les grands projets urbains se suivent à un rythme soutenu. Nonobstant le manque de foncier disponible, ils s’emploient, selon l’expression convenue, à « reconstruire la ville sur la ville ». C’est le cas sur la friche ferroviaire des Batignolles (50 ha) dans le XVIIe arrondissement, pressentie pour accueillir un nouveau quartier incluant le village olympique des éventuels jeux d’été 2012. C’est bien évidemment le cas pour la restructuration du quartier des Halles, dans le Ier arrondissement de la capitale, pour laquelle les quatre équipes internationales d’architectes-urbanistes actuellement missionnées remettront leurs propositions en avril.

C’est enfin le cas pour ces quartiers déshérités du pourtour nord-est de la capitale, entre la porte de la Chapelle et le canal de l’Ourcq, qui viennent de faire l’objet d’une même consultation urbaine, basée sur une étude de définition (1). Ici, nulle trace de cités d’habitation à problèmes, mais un enchevêtrement de voies ferrées – le faisceau ferroviaire de la gare de l’Est -, de friches urbaines – notamment celle de l’hôpital Claude-Bernard, démoli dans les années 80 -, d’entrepôts immenses à l’urbanité peu amène, et de canaux – ceux de Saint-Denis et de l’Ourcq -, le tout bordé par l’échangeur autoroutier de La Chapelle – qui donne naissance à l’autoroute A1- et le boulevard périphérique.

L’ensemble constitue une « zone » à l’écart, peu intégrée au tissu urbain, dont la marginalité en fait un des hauts lieux de tous les commerces illicites. Les logements y sont d’ailleurs peu nombreux, limités à une cité HBM des années 30 et à trois immeubles récents en bordure du boulevard Mac Donald.

Des objectifs économiques avant tout

En se lançant dans une consultation urbaine sur une superficie de cette ampleur (200 ha), la ville de Paris n’ambitionne pas de créer exnihilo un nouveau quartier, comme elle a pu le faire sur la ZAC Paris-Rive-Gauche dans les années 90 : il s’agit ici de partir du potentiel existant en matière de disponibilité foncière et immobilière, pour satisfaire avant tout des objectifs économiques : remettre des entreprises et de l’emploi (voir l’entretien en page57), préserver et développer les fonctions logistiques de la SNCF, et optimiser la présence d’un futur pôle d’échanges de première importance, avec la création d’une station RER « Eole-Evangile », et des deux lignes de tramway est-ouest – sur les boulevards des Maréchaux -, et nord-sud – entre le XIXe arrondissement et Saint-Denis.

Ce contexte impliquait, pour la réussite d’une consultation visant à définir les principes directeurs du réaménagement de la zone sur les dix ou quinze prochaines années, la participation de tous les acteurs concernés, au premier rang desquels les grands propriétaires fonciers – notamment RFF, la SNCF, les EMGP (Entrepôts et magasins généraux de Paris), la ville de Paris -, mais aussi les communes riveraines d’Aubervilliers, de Saint-Denis et de Pantin. Le tout sous l’égide de la Semavip, la société d’aménagement en charge du projet. « Les principaux acteurs ont formé un comité de pilotage, qui s’est réuni chaque semaine au cours du premier semestre 2003. Ce qui a permis de préciser les besoins et attentes des uns et des autres, et de faire évoluer certaines orientations : ainsi, pour éviter que cette zone soit ..habitée » seulement pendant la journée, nous avons introduit une composante logement qui n’existait pas au départ », explique Marie-Anne Belin, directrice de la Semavip. « Cette étude de définition propose une méthodologie, ouvre des pistes, mais ce n’est surtout pas un projet ficelé, à réaliser d’un bout à l’autre à la manière d’un plan de ZAC », précise l’architecte François Leclercq.

Un corridor vert, une forêt humide, un jardin tropical…

Le projet Dusapin-Leclecq retenu en janvier dernier à l’unanimité – aussi bien par le comité de pilotage que par la commission d’appel d’offres de la ville – est celui des quatre qui présentait la moins grande densité bâtie. Tout en parvenant à implanter près de 750 000 m2 de surfaces tertiaires, d’activités, de commerces, d’équipements et de logements, le projet met l’accent sur la création d’espaces verts linéaires de grande ampleur, traversant d’ouest en est toute la zone. Le jardin de l’Evangile (8 ha) irriguera les quartiers situés le long des faisceaux ferroviaires, mettant en relation la porte de la Chapelle et la porte d’Aubervilliers et, en se prolongeant par une promenade plantée, le parc de La Villette. De même, le périphérique sera noyé sur 2km dans une forêt humide de plus de 18 ha, véritable corridor écologique capable de gérer les eaux pluviales des secteurs limitrophes.

Ces préoccupations de développement durable se retrouvent dans le recyclage partiel des bâtiments industriels monumentaux existants, échoués comme des paquebots le long des boulevards des Maréchaux : l’entrepôt Mac Donald reconverti pourrait accueillir, en conservant ses structures, des locaux universitaires, des fonctions commerciales, artisanales et de loisirs et une grande serre, avec un jardin tropical de 12 000 m2 qui fait défaut à Paris. Quant à l’entrepôt Ney, seule son extraordinaire rampe, objet fonctionnel et sculptural de 450 m de longueur pour 28 m de hauteur, serait conservée pour desservir quelque 90 000 m2 d’activités, notamment liées au fret ferroviaire.

Mais c’est sur le secteur Claude-Bernard, une friche de 3 ha, autrefois occupée par l’hôpital du même nom, qu’il est proposé de développer un éco-quartier pilote, testant, interprétant et validant les principes du développement durable à partir d’un programme de locaux d’activités (hôtel industriel, pépinières, PME…). Enfin, sujet de polémiques – mais contrepartie à l’importance des superficies allouées aux espaces verts -, la majeure partie des bureaux serait regroupée dans des tours, disposées en écran contre l’échangeur autoroutier de La Chapelle. Défini dans ses grandes lignes, le projet urbain de Dusapin et Leclercq demande maintenant à être précisé dans sa programmation, dans sa faisabilité technique et financière comme dans ses modalités opérationnelles.

1) Outre l’équipe retenue, trois autres étaient missionnées, conduites par les architectes-urbanistes Christian Devillers, Tania Concko et Guy Henry.

Fiche technique

Commande : étude de définition pour l’aménagement de Paris-Nord-Est (200 ha).

Commanditaire : ville de Paris, Semavip.

Concepteur du projet urbain : Dusapin et Leclercq, architectes-urbanistes ; Agence TER, paysagistes ; Gaudriot, programmation.

Calendrier étude : 2002-2003.

Superficie des espaces publics à aménager : 76 ha (dont 21 ha d’espaces verts créés).

Surface de plancher à construire : environ 750 000 m2 shon.

PHOTO :

Etat actuel : un enchevêtrement de voies ferrées, de friches, d’entrepôts, de canaux, bordé par l’échangeur routier de la Chapelle et le périphérique.

MAQUETTE ET DESSINS :

Maquette de l’ensemble du projet

(vu d’ouest en est).

Les concepteurs se sont appuyés sur la configuration linéaire et parallèle des infrastructures de transport existantes pour définir de grandes unités paysagères et urbaines : le boulevard périphérique est englobé dans une forêt plantée sur les talus qui le bordent, les lignes de chemln de fer et la gare de fret sont partiellement couvertes par un nouveau parc qui se prolonge par une promenade jusqu’au parc de La Villette, les boulevards des Maréchaux sont revitalisés par l’installation d’activités, de commerces et d’équipements.

Quelques sites clés (avec indication du potentiel de surfaces à construire ou à aménager) :

1. Zone Chapelle-Evangile : jardin, 8 ha ; fret, 15 000 m2 ; logement, 35 000 m2.

2. Zone Chapelle-Fillettes : tertiaire, 250 000 m2 ; jardin des sports, 2 ha.

3. Entrepôt Ney : tertiaire et activités, 125 000 m2 ; fret, 15 000 m2.

4. Zone Eole : locaux universitaires, 18 000 m2 ; logements, 6 000 m2 ; cirque, 4 000 m2.

5. Gare RER Eole-Evangile.

6. Entrepôt Mac Donald : grande serre, 23 000 m2 ; commerces-loisirs, 15 500 m2 ; cité de la mode, 10 000 m2 ; IUT, 9 000 m2 ; cité universitaire, 5 600 m2 ; logements, 7 500 m2 ; petits équipements, 7 500 m2 ; réserve beaux-arts, 15 000 m2 ; fourrière, 38 200 m2.

7. Secteur Claude-Bernard : activités, 50 000 m2 ; tertiaire, 15 000 m2 ; commerces et loisirs, 8 000 m2.

Jardin de l’Evangile /1*

C’est aujourd’hui un site ferroviaire, accueillant une importante gare de fret. Cette activité qui sera conservée, voire développée, pose un problème d’intégration urbaine. Le projet propose une couverture des hangars de fret par un parc de 8 hectares. «Mais il faudra veiller à nos contraintes d’exploitation, notamment en termes de hauteur», prévient Bernard Sulpis, délégué régional RFF Ile-de-France. Les voies ferrées passent en contrebas et l’entrepôt Ney accueille 100 000 m2 d’activités en conservant sa rampe de desserte (à droite).

Porte de La Chapelle /2

Le pôle majeur d’activités tertiaires est localisé porte de la Chapelle. Il pourrait prendre l’aspect d’un alignement de tours, implantées le long du périphérique et de l’échangeur avec l’autoroute A1. Une configuration qui permet de dégager – et de protéger des nuisances du trafic automobile – un espace vert de 2 hectares comportant de nombreux terrains de sport.

L’entrepôt Mac Donald /6

Cet immense entrepôt qui longe les boulevards des Maréchaux sur une longueur de 400 m est reconverti pour en faire un lieu de vie, de jour comme de nuit : locaux universitaires, logements étudiants, commerces, restaurants, Cité de la mode…

Il pourrait accueillir également une grande serre tropicale, fonctionnant en complémentarité avec la Cité des sciences de la Villette.

Secteur Claude-Bernard /7

La friche correspondant à l’ancien hôpital sera probablement la première aménagée. Elle devrait accueillir des activités traditionnelles, des hôtels logistiques et industriels et des bureaux. Une connexion avec Aubervilliers est proposée sous la forme d’un « pont galerie » passant au-dessus du boulevard périphérique.

Cours d’Aubervilliers

Ce secteur est recomposé autour d’un grand espace public rectangulaire

orienté nord-sud, reliant Paris et Aubervilliers. Sur son pourtour, il accueille des opérations associées à une fonction résidentielle : logements, école, services de proximité. Traversé par deux lignes de tramway, il dessert, à son extrémité sud, la future gare RER Eole-Evangile.

(*) LES CHIFFRES RENVOIENT A LA MAQUETTE EN PAGE 55

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ENCADRE

«La future gare Eole/Evangile, élément clé de l'opération Paris-Nord-Est»

ROGER MADEC, maire du XIXe arrondissement et président de la Semavip Quels objectifs visez-vous avec l’opération d’aménagement Paris-Nord-Est ?

Aujourd’hui, les habitants vivent mal dans ce secteur en déshérence, à la fois mal desservi par les transports en commun et pauvre en commerces. Cette opération d’aménagement doit nous permettre de recréer de la ville, de remailler ces deux parties des XVIIIe et XIXe arrondissements, coupées par les voies ferrées et les boulevards extérieurs. Les emprises foncières qui appartiennent à la ville de Paris et la future gare Eole/Evangile nous donnent l’occasion de refaire, non pas un quartier car la zone est beaucoup trop vaste, mais des quartiers combinant activités et logements.

Quels sont les points forts du projet Dusapin-Leclercq ?

C’est le projet le plus simple à faire évoluer dans le temps, le moins figé. L’une des équipes avait proposé une cité de la hightech puis de la communication. Je suis opposé à ce type d’aménagement reposant sur une mono-activité. Le risque est réel en effet en cas de retournement de la conjoncture de ne garder que des bâtiments vides. L’équipe Dusapin-Leclercq suggère également de ne pas raser le grand entrepôt Calberson/Mac Donald (400 m de longueur) mais de le faire évoluer en le sectionnant. Il sera plus facile, dans ces conditions, de discuter avec RFF, propriétaire des bâtiments. De plus, avec 14 % de taux de chômage, le XIXearrondissement se doit de préserver ses emplois existants. Enfin, ce projet est le moins dense de tous ceux qui ont été proposés.

Les études menées dans le cadre du marché de définition ont, semble-t-il, permis de revoir un peu à la hausse le nombre de logements ?

Pour l’instant, aucun chiffre n’a été défini quant au nombre de logements à réaliser. En tout état de cause, je m’opposerai à la construction de nouveaux programmes d’habitat dans des zones trop éloignées des transports en commun. Dans un premier temps, ceux-ci devraient donc être localisés à proximité du canal Saint-Denis et de la porte de La Villette. Ensuite, et seulement une fois la gare Eole en service, nous pourrons envisager la construction de logements situés plus au coeur de l’emprise. A priori, il s’agira plutôt de « logements libres » car le XIXe compte déjà 36 % de logements sociaux.

Quand la gare Evangile sera-t-elle construite ?

Elle devrait être réalisée sous la prochaine mandature (2007-2013), que Paris accueille ou non les Jeux Olympiques en 2012. L’organisation des jeux accélérait, cependant, la desserte de Paris-Nord-Est par le tramway des Maréchaux. Si Paris n’est pas désignée comme ville hôte, il nous faudra alors, je le crains, compte tenu du coût du projet, attendre la mandature suivante (2014-2020) pour voir arriver le tramway dans le nord de la capitale. En attendant, d’ici à la fin 2006, un service de bus de ville (minibus) va être mis en place, qui permettra de déposer les habitants aux stations de métro.

Comment l’opération Paris-Nord-Est s’articule-t-elle avec l’aménagement de la future ZAC de la porte d’Aubervilliers ?

Le projet de centre commercial prévu dans cette ZAC ayant été revu à la baisse, je plaide auprès de Bertrand Delanoë pour que désormais nous travaillions en partenariat avec la ville d’Aubervilliers et la SEM Plaine Commune Développement car nous avons des intérêts communs. Il faut faire avancer ensemble ces trois projets – j’inclus aussi le parc du Millénaire, aménagé par les EMGP de l’autre côté du périphérique mais toujours sur le territoire de Paris. Aucune de ces opérations ne pourra décoller, si les deux autres ne démarrent pas.

Quand les premières opérations concrètes seront-elles lancées ?

Le premier secteur à être aménagé englobe l’emprise Claude-Bernard, le quai de la Charente et les berges du canal. J’espère que nous pourrons présenter une délibération relative à ce projet avant l’été. Notre objectif est de lancer les premières opérations concrètes avant la fin de la mandature.

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