Enjeux

Construction : l’innovation rebat les cartes

Mots clés : Etat et collectivités locales - Innovations - Lieux de travail

Poussés par les collectivités locales, les promoteurs immobiliers n’hésitent plus à mobiliser des start-up. Objectif : trouver l’idée qui fera la différence.

Les start-up aux projets bien ficelés ont la cote auprès des promoteurs immobiliers. Surtout depuis que les collectivités locales les poussent à sortir des sentiers battus. L’appel à projets innovants « Réinventer Paris » est la partie émergée de l’iceberg. « Depuis six mois, les collectivités locales nous demandent de faire preuve d’innovation dans leurs consultations, c’est un fait nouveau, assure Anne Mollet, directrice marketing stratégique chez Nexity. Les modes de vie changent, et les collectivités ne veulent pas lancer des programmes qui seront dépassés à leur livraison. » Et comme le service « Recherche et Développement » d’une entreprise ne peut pas tout, il faut parfois s’associer avec plus petit que soi pour trouver l’idée qui fera mouche. « Un concept innovant nécessite parfois la conjonction de plusieurs savoir-faire », rappelle Xavier Bonnaud, fondateur de l’agence de conseil Vertical Innovation.

Des services éloignés du cœur de métier.

Reste à savoir vers qui se tourner. Pour détecter les start-up, les grandes entreprises lancent des prix (Open Innovation de Schneider Electric, par exemple), ouvrent des incubateurs (comme la future maison des start-up d’Icade), ou s’engagent dans des fonds de capital investissement (Newfund et Demeter pour Nexity). « Les innovations de demain permettront de construire moins cher, d’optimiser la consommation d’énergie et de répondre aux demandes sociétales », estime Thomas Le Diouron, fondateur de l’incubateur parisien Impulse Partners. Pour les promoteurs, l’enjeu consiste à lancer de nouveaux concepts, gagner des parts de marché… « Mais aussi sortir de nos habitudes pour renouveler notre approche client », ajoute Anne Mollet, qui a répondu à la consultation « Réinventer Paris » en intégrant le concept de parking partagé, développé par la start-up Zenpark, dans six remises de propositions. Le promoteur espère réduire le nombre de places de parking à créer, et donc tirer les prix de sortie de ses opérations vers le bas. Les innovations permettent aussi de chouchouter son client. Pour le siège « Green Station » d’Uniliver, inauguré le 19 mars à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), Bouygues Immobilier a travaillé avec la start-up MyCloud3D. « Elle a modélisé, sur une technologie issue des jeux vidéos, l’ensemble de l’opération 3D permettant de configurer avec notre client, étage par étage, les choix d’aménagement d’intérieur », explique Christian Grellier, directeur de l’innovation de Bouygues Immobilier. Pour trouver la bonne idée, les entreprises se tournent également vers leurs employés en lançant un « Lab ». « 600 collaborateurs ont répondu à notre concours d’idées BI Creative lancé en 2014, un gros tiers a été sélectionné, et trois projets seront intégrés à nos programmes immobiliers dès 2015, indique Christian Grellier. Nous allons, par exemple, proposer un service d’autopartage dans nos programmes. » Très en vogue dans le secteur, le Lab ne fonctionne pourtant pas à tous les coups. « Il faut intégrer l’art d’innover dans la culture de l’entreprise avant de le lancer, sinon il ne se passera rien », avertit Xavier Bonnaud. Les promoteurs qui n’ont pas les moyens – ou l’envie – de créer un Lab peuvent lancer des équipes en « mode projet, composées de collaborateurs et de personnalités extérieures à l’entreprise », conseille Anne Mollet. Mais pour que l’idée voie le jour, il faut la protéger afin de lui laisser le temps de faire ses preuves. « Dès que vous apportez une bonne idée dans l’entreprise, elle a vocation à disparaître, relatait Alain Dinin, P-DG de Nexity lors de la présentation des résultats 2014. Nos agences n’ont pas envie de changer leurs habitudes. Mais lorsqu’elles voient que ces innovations leur permettent de gagner des clients, elles les intègrent. »

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« Faire gagner du temps pendant les travaux »

« Sur un chantier, les personnes ayant un réel pouvoir décisionnel travaillent souvent depuis leur bureau. En cas de problème, les travaux sont arrêtés dans l’attente d’une validation. Le responsable concerné doit se déplacer, cela prend du temps et retarde l’évolution des travaux… Notre application permet de partager des photos, des plans, etc., pour que la personne décisionnaire puisse donner son avis à distance. J’ai eu cette idée en travaillant comme ingénieur travaux chez un major de la construction. Les grandes entreprises ont les moyens de financer des logiciels, mais pas les TPE qui interviennent sur le chantier. Cette application vise à démocratiser la numérisation d’un chantier. Tant que l’on ne partage pas plus de 500 mégaoctets de données, l’application peut être utilisée gratuitement. Au-delà, l’utilisateur doit souscrire un abonnement de 50 euros par mois. »

Start-up : BulldozAIR. Innovation développée : application collaborative permettant de faciliter la communication entre les différents intervenants sur un chantier. Site web : www.bulldozair.fr

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« Répondre à une demande émergente »

« Nous proposons aux promoteurs privés et aux bailleurs sociaux de concevoir des logements destinés à être loués en colocation. Pour le moment, nous travaillons sur deux chantiers. Dans le parc existant, les logements ne sont pas adaptés à la colocation. Lorsqu’une habitation est destinée à accueillir des colocataires, elle doit se composer d’espaces communs, pour favoriser la communication entre les colocataires, et d’espaces privatifs. La configuration du logement différera en fonction des colocataires. S’il est destiné à recevoir des familles monoparentales, il doit se composer d’une pièce modulable destinée aux enfants des locataires. Lorsque le promoteur souhaite héberger des seniors, il va plutôt miser sur des chambres spacieuses. Pour les jeunes, nous devons mettre l’accent sur les pièces communes. Et nous pouvons même concevoir le mobilier. »

Start-up : Colodge. Innovation développée : conception de logements destinés à être loués en colocation pour des promoteurs et bailleurs sociaux. Site web : www.colodge.fr

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« Se différencier et anticiper les normes »

« Nous développons des murs en béton avec isolation extérieure intégrée depuis dix ans. Ils peuvent mesurer jusqu’à 12,5 m de long et 3,50 m de haut. Aujourd’hui, le produit est abouti mais, malgré une certification CE, les architectes français ne l’utilisent pas encore car nous n’avons pas l’agrément du CSTB. Le coût des études et des essais est trop élevé (entre 200 000 et 300 000 euros), nous ne pouvons pas les financer. Nous sommes tout de même en relation avec certains maîtres d’ouvrage qui cherchent à appliquer les techniques du préfabriqué sur leurs chantiers. Avec la crise, ils veulent se différencier et anticiper sur les normes environnementales pour s’assurer que la valeur patrimoniale des logements construit soit conforme à la prochaine réglementation thermique de 2020. Néanmoins, nous venons de réaliser un premier bâtiment en Suisse, où nous souhaitons gagner des parts de marchés. »

Start-up : Innovalys. Innovation développée : construction de logements passifs et positifs grâce aux murs MACC3, un mur de béton avec isolation extérieure intégrée. Site web : www.inno-valys.fr

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