Technique et chantier

Construction durable Un écrin très vert pour les ordures ménagères

Mots clés : Architecte - Architecture - Bois - Electricité - Energie renouvelable - Gestion des déchets - Produits et matériaux

Le nouveau centre de traitement des déchets du pays de Fougères sera exemplaire. Construit en bois avec un maximum de matériaux recyclables ou recyclés, l’ouvrage récupérera l’eau pluviale et produira de l’électricité solaire.

Fougères (Ille-et-Vilaine) avait déjà son château. Demain, la ville sera aussi connue pour son centre de traitement des déchets ménagers. Un bâtiment labellisé Minergie (le premier en France pour une collectivité locale), dont la conception fait la part belle aux énergies renouvelables et aux matériaux à faible impact environnemental. « Nous avons voulu réaliser un ouvrage simple mais cohérent, avec pour mission de minimiser les nuisances », explique Yves Le Roux, président du Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères (Sictom). Appelé à traiter plus de 40 000 tonnes de déchets chaque année (570 kg par habitant environ), ce nouveau centre, au service d’une cinquantaine de communes, aura également l’avantage de permettre le regroupement des 53 employés du syndicat sur un seul site, au lieu de deux actuellement.

L’équipement solaire fait l’objet de tous les soins

Programmé pour une livraison en septembre, après six années de gestation, le centre sera constitué de deux bâtiments : l’un, de 585 m2, destiné à un usage de ­déchetterie-recyclerie (coût : 886 euros/m2) ; l’autre, de 2 300 m2 environ, à vocation administrative et technique (coût : 1 270 euros/m2). C’est ce dernier, doté de 1 347 m2 de panneaux solaires en toiture, qui fait l’objet de tous les soins. « Cette toiture coûte 1 million d’euros, dont 700 000 euros pour l’équipement photovoltaïque, ce qui représente presque le quart du budget total », indique Thierry Bacci, directeur général de Rheinzink France, le fournisseur. Pour Patrice Liard, l’architecte, les 1 200 bacs mis en œuvre présentent surtout l’avantage de faire appel au zinc, un matériau pérenne avec lequel il dit avoir plaisir à travailler, « même s’il n’est pas fréquemment associé au photovoltaïque ».

Partiellement revêtu d’un module collé de 1,12 m2 de silicium amorphe triple couche de fabrication Uni-­Solar, chaque bac (430 x 4 000 mm) délivre une puissance de près de 70 watts crête. « Le choix de l’amorphe en couche mince, par rapport au silicium cristallin que nous proposons pour les structures en ressauts, a été fait en tenant compte de la pente du toit (7 %) et de l’ensoleillement relativement diffus que l’on rencontre dans la région », explique Thierry Bacci. Avec une puissance installée de 81,6 kW crête transformée par quinze onduleurs de marque SMA, l’installation devrait fournir environ 80 000 kWh par an. « Grâce au contrat de revente totale avec tarif d’achat garanti que nous avons signé avec EDF, la toiture se remboursera d’elle-même huit ans plus tôt que notre emprunt qui, lui, court sur vingt ans », se félicite Yves Le Roux.

Limiter au maximum la consommation d’énergie

Mais avant de produire de l’électricité, le nouvel équipement du Sictom est avant tout un ouvrage très économe en énergie. De fait, il ne devrait consommer que 27 kWh/m2.an, en tenant compte de l’éclairage, du chauffage (assuré par une chaudière à bois déchiqueté de 35 kW nominaux) et de l’eau chaude sanitaire. Pour produire cette dernière, Patrice Liard a prévu 25 m2 de panneaux solaires thermiques associés à un ballon de 975 litres. « Le bâtiment sera équipé d’une ventilation double flux et bénéficiera d’une étanchéité à l’air meilleure que 0,6 vol/h, comme l’exige Minergie », ajoute l’architecte, qui explique avoir choisi le label suisse en raison de son coût relativement modique pour le maître d’ouvrage : « Nous voulions un certificat qui valide le travail sans que ce soit trop compliqué. »

Pour les façades, le choix s’est porté sur le procédé Lucido, d’origine suisse lui aussi. Peu connu hors de son pays d’origine, ce produit joue sur la gestion thermique d’une lame d’air coincée entre une face de verre et une structure en bois dotée de lamelles inclinées vers le bas. L’été, lorsque le soleil est haut dans le ciel, l’inclinaison des lamelles fait que la plus grande partie de l’absorbeur est ombragée, ce qui permet de limiter l’échauffement. L’hiver, au contraire, même avec un soleil relativement bas, la façade capte et transfère un maximum d’énergie solaire vers la maison, tout en évitant les déperditions thermiques vers l’extérieur. « En France, nous sommes parmi les premiers à utiliser ce système. Mais grâce à lui, de nombreux bâtiments alpins arrivent déjà à se passer en grande partie de chauffage », note Patrice Liard. Central dans ce projet, le bois est également mis à contribution au niveau des bardages (du châtaignier produit localement) et surtout de la structure porteuse en lamellé-collé, faite de douglas français écolabellisé. « Chaque fois que cela a été possible, nous avons retenu des matériaux naturels, biodégradables, recyclables ou recyclés », affirme Yves Le Roux. Et de citer les sols en linoléum, les peintures sans COV, les plaques de finition en Fermacell (gypse renforcé de fibres de cellulose) ou encore l’isolation thermique en fibres textiles recyclées de marque Métisse, fabriquées par le réseau d’entreprises à but socio-économique (EBS) Le Relais.

Enfin, le caractère durable de la construction passe par la récupération des eaux de pluie, cela dans le but d’alimenter de façon écologique non seulement les sanitaires, mais aussi les installations de nettoyage des camions de collecte. A cet effet, le centre dispose de deux cuves enterrées de 22 m3 couvrant à la fois les besoins intérieurs et les usages professionnels. Cette logique de récupération a été poussée jusqu’à prévoir la réutilisation de la deuxième eau de lavage des véhicules après décantation. Le trop-plein alimente quant à lui le bassin paysager placé devant le bâtiment. Inauguration prévue fin 2009.

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ENCADRE

Fiche technique

Maître d’ouvrage : Sictom du pays de Fougères

Maître d’œuvre : Liard & Tanguy architectes

Economiste de la construction : Cabinet Bagot

Entreprise charpente bois : Belliard

Entreprise bardage bois : Scob

Entreprise menuiserie bois : Monvoisin

Bureau d’étude structure : EDS BAT

Bureau d’étude fluides OPC : ECC Engineering

Bureau d’étude VRD : B3I

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