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Conjoncture Bâtiment : une fragile embellie

Mots clés : Conjoncture économique - Financement du logement - Politique du logement

Optimisme prudent de la Fédération française du bâtiment sur la solidité de la reprise dans le secteur. Pour 2010, elle annonce au moins une stabilisation de l’activité. Les professionnels demandent que les dispositifs de soutien au logement ne soient pas modifiés l’année prochaine.

«Si les prochains mois resteront difficiles, de nombreux facteurs militent pour une stabilisation de l’activité en 2010, au pire, et pour une légère reprise, au mieux. » Didier Ridoret, président de la Fédération française du bâtiment, a fait preuve d’un optimisme mesuré en dévoilant les chiffres du secteur, le 22 septembre. Au premier semestre de 2009, l’activité du bâtiment a reculé de 5,1 % en volume par rapport au même semestre de 2008 (- 6,8 % dans le neuf, – 2,5 % dans l’amélioration-entretien).

Défaillances en hausse

Cette bonne résistance s’explique d’abord par l’acquis de commandes dont les entreprises bénéficiaient au début de la crise (environ 5,6 mois en carnet au quatrième trimestre 2008, contre 4,5 mois aujourd’hui). Le bâtiment est donc entré en crise, alors que le gouvernement avait déjà pris des mesures susceptibles de soutenir son activité : accélération des financements dans le logement social, doublement du prêt à taux zéro (PTZ) dans le neuf, dispositif Scellier, remboursement anticipé de TVA pour les collectivités locales. « Tous ces facteurs, conjugués à l’embellie économique générale, expliquent ce moindre recul », analyse Didier Ridoret. Pour autant, le bâtiment a perdu 36 600 emplois au premier semestre 2009, comparé au premier semestre 2008, dont 21 100 intérimaires.

Au cours de l’été, les défaillances d’entreprises sont reparties à la hausse. Selon Euler Hermes Sfac, dans la construction (bâtiment et travaux publics), elles avaient augmenté, à fin août 2009, de 23,7 % par rapport à août 2008. Ce chiffre, qui était à 16,4 % à fin juin, montre « une accélération dans la dernière période », comme l’indique Laurent Bonhoure, conseiller chez Euler Hermes. Lequel souligne toutefois que « le nombre de défaillances croît au même rythme que celui de l’économie française dans son ensemble ». Le constat est le même pour Thierry Millon, directeur des études chez Altares, spécialiste de la connaissance inter-entreprises : « Dans un contexte encore sévère mais qui se détend, le bâtiment conserve sur huit mois une évolution positive de 24 % des défaillances, contre 18 % pour l’ensemble des entreprises », explique-t-il. Pascal Gillette, expert-comptable et commissaire aux comptes (cabinet Dauge et Associés) note, quant à lui, que « la plupart des défaillances concernent des entreprises qui étaient déjà fragilisées, et ne pouvaient encaisser à la fois une perte de clients et des prix si tendus ». « Les prix restent notre principal problème, insiste Didier Ridoret. Je demande aux maîtres d’ouvrage de réfléchir à deux fois avant d’accepter des offres anormalement basses. » Sur le terrain, nombre d’entrepreneurs dénoncent pourtant le comportement de certains maîtres d’ouvrage qui n’hésitent pas à retarder la conclusion d’un marché pour faire baisser les prix.

Autre sujet d’inquiétude : les trésoreries sont impactées par la réduction des délais de paiement. Constat amer de Didier Ridoret : « Ce que nous redoutions est arrivé : nos fournisseurs n’ont pas tardé à appliquer cette mesure, tandis que la plupart de nos clients n’ont pas encore joué le jeu. » « La loi LME a creusé le déficit de trésorerie des entreprises, lequel est d’abord imputable à l’assèchement du crédit et à la perte de clients, tempère Thierry Millon. Le bâtiment, bénéficiaire d’accords dérogatoires, est loin d’être le plus mal loti. »

Prolonger le doublement du PTZ

Pour que le bâtiment reparte du bon pied, Didier Ridoret demande que trois mesures soient prises au plus vite. A commencer par la prorogation du doublement du PTZ dans le neuf. Prise dans le cadre du plan de relance, cette disposition doit s’arrêter fin 2009. Or, elle a été très efficace dans la maison individuelle en diffus, qui représente plus de la moitié des mises en chantier de bâtiments résidentiels. Dans ce secteur, les ventes ont cessé de se dégrader en mai seulement. En juin, elles ont progressé de 7 % par rapport à 2008, de 2 % en juillet, et août n’a pas été mauvais, selon l’Union des maisons françaises (UMF). « Les acheteurs sont exclusivement des primo-accédants, des ménages dont les revenus sont compris entre 1 750 euros et 3 000 euros par mois, prestations comprises », explique le président, Christian Louis-Victor. Ils profitent à la fois du fort recul des taux, de la baisse du prix des maisons (environ 5 %), du doublement du prêt à taux zéro et du Pass-Foncier, qui permet de dissocier le remboursement du terrain de celui du bâti. Mais les dossiers sont très longs à monter et les premiers bétons sont coulés avec un retard que Christian Louis-Victor estime à quatre ou cinq mois en cas de Pass-Foncier. En termes de mises en chantier, les effets ne se feront sentir qu’à la fin de l’année, selon lui.

L’UMF – comme d’ailleurs les HLM, qui auront produit 14 500 logements en accession à la propriété très sociale en 2009 – relaie donc Didier Ridoret pour que le doublement du prêt à taux zéro soit prolongé. « Sur 80 000 maisons commercialisées de janvier à juillet, plus de 35 000 bénéficient d’un PTZ. Sans le doublement de ce prêt, 35 à 40 % – soit 14 000 ménages – n’auraient pu acheter », fait valoir l’UMF. Comme le résume Dominique Duperret, délégué général de l’UMF : « Le marché est sous oxygène. C’est pourquoi nous demandons à cor et à cri le maintien des aides en faveur de l’accession populaire. On ne pourra dire qu’il est redevenu normal que lorsque la secondo-accession sera repartie. » Et, aujourd’hui, c’est loin d’être le cas.

Dans la rénovation, aussi, le bâtiment attend la concrétisation de la reprise. Les 30 000 écoprêts lancés depuis avril, à 15 000 ou 17 000 euros pièce, vont générer environ 500 millions d’euros de travaux et préserver entre 6 000 et 10 000 emplois, selon les calculs de la Capeb. Une bonne nouvelle pour l’artisanat, qui a vu l’activité dans l’entretien-rénovation se replier de 2,5 % en volume au deuxième trimestre. « Cela va permettre de stabiliser l’activité en maintenant nos carnets sur la rénovation, alors que la tendance reste à la baisse dans le neuf (- 9 % au deuxième trimestre) », commente le président de la Capeb, Jean Lardin.

Le président de la FFB rejoint les promoteurs pour défendre une autre mesure phare de la relance : le dispositif Scellier en faveur de l’investissement locatif privé, menacé d’être « verdi ». Neuf mois seulement après son lancement, il s’agirait de réserver les conditions actuelles aux seules opérations en BBC, dès 2010. Les promoteurs sont vent debout contre cette idée. Car le redémarrage de leurs ventes (  10 % du deuxième trimestre), s’il s’est confirmé cet été, doit beaucoup au Scellier, très avantageux fiscalement. Tous les promoteurs ont relancé en mars leurs programmes. Et il n’est pas possible techniquement de les construire à l’aune des normes BBC, qui doivent être prévues dès la conception, expliquent à l’unisson les présidents de la FFB et de la FPC.

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Les entreprises attendent encore les effets de la reprise

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