Architecture

CONCEVOIR UN HÉBERGEMENT DIGNE POUR LES MIGRANTS ET LES SANS-ABRI

Mots clés : Droit au logement

« Nous sommes dans une situation qui va durer, et non face à un afflux ponctuel de migrants», affirmait récemment Catherine Wihtol de Wenden, politologue et directrice de recherche au CNRS(1) . Avant la « jungle » de Calais, il y a eu le camp de Sangatte en 2002 et, épisode annonciateur en 1996, l’occupation de l’église Saint-Bernard à Paris. En 2017, l’Europe compte près de 4 millions de réfugiés, selon le Haut-Commissariat aux Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), et de nouvelles demandes d’asile ne cessent d’être enregistrées. Parallèlement, depuis le début des années 1990 en France, la crise économique a multiplié le nombre de « sans-abri », selon l’expression employée par l’abbé Pierre lors de l’hiver 54. A l’instar d’une maladie chronique, l’extrême précarité fait aujourd’hui partie du paysage quotidien ; il ne s’agit plus de pallier l’urgence au cas par cas, mais de mettre en place des dispositifs d’urgence qui puissent durer. Face à un tel paradoxe, la manière de concevoir l’hébergement des populations migrantes et sans abri se renouvelle, à l’échelle du bâtiment et de la ville.

Autres formes de l’urgence

Il y a plus de quatre-vingts ans était inaugurée dans le XIIIe arrondissement de Paris la Cité de refuge, bâtiment emblématique de l’architecture moderne (Le Corbusier, 1933) destiné à l’accueil des plus démunis(2) . A présent, les dispositifs d’hébergement se déclinent en plusieurs catégories qui répondent à des temporalités et des programmes différents : centres d’hébergement d’urgence ; centres d’hébergement et de réinsertion sociale (dont la Cité de refuge fait aujourd’hui partie) ; centres pour demandeurs d’asile ; hôtels classiques ; résidences hôtelières à vocation sociale. Face à la saturation des infrastructures, l’hébergement d’urgence prend également en charge les demandeurs d’asile, tandis que les centres de réinsertion mettent à disposition un contingent de places pour les mises à l’abri. L’association Emmaüs Solidarité ouvre des équipements aux formes inhabituelles, comme le centre humanitaire Paris Nord, installé jusqu’en mars 2018 sur l’un des sites du futur campus Condorcet (Paris XVIIIe).

Son architecte, Julien Beller, évite l’écueil du camp humanitaire bondé, où les personnes errent entre les tentes. Avec la collaboration de l’un des maîtres de l’architecture gonflable, Hans-Walter Müller, il réalise un grand chapiteau dit « La Bulle », composé de trois sphères qui s’interpénètrent(3). Celle-ci abrite une vaste salle d’attente où sont aménagés des bureaux pour recevoir les réfugiés ; le pôle santé est logé à côté, dans des containers maritimes. Plus loin, dans un ancien entrepôt de la Sernam, les hommes trouvent un abri pour une dizaine de jours, avant d’être dirigés vers d’autres structures ; les couples, les familles et les femmes seules sont quant à eux orientés le jour même vers le centre d’hébergement d’urgence d’Ivry-sur-Seine conçu par l’Atelier Rita (lire p. 56) pour une durée pouvant atteindre à six mois.

L’héritage de Prouvé

La recherche...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 263 du 16/10/2017
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X