Enquête

Comment faire sans la Chine ?

Mots clés : Situation économique

Économie. Face à la chute du marché chinois, dans lequel ils avaient fondé des espoirs peut-être démesurés, les fabricants de matériels se recentrent vers les pays développés.

Après le formidable essor des ventes des années 2006-2007, le marché mondial des matériels de chantier s’est effondré, passant de 98 milliards de dollars en 2007 à 55 milliards en 2009 ! La Chine a alors pris le relais des marchés occidentaux sinistrés. L’arrivée de ce nouvel acteur a permis au marché mondial de retrouver, dès en 2011, son niveau d’avant crise, à 102 milliards de dollars. La Chine, devenue premier marché mondial, absorbait alors 45 % des ventes de matériels, soit 435 000 machines. Quatre ans plus tard, les ventes sur ce marché sont redescendues à 130 000 unités. Les économistes ne prévoient, pour les années à venir, qu’une croissance « modérée » pour que la Chine puisse établir une société de « modeste prospérité », selon l’objectif annoncé du Parti communiste. Ces dernières années, les industriels ont bien profité du festin chinois ! Ils abordent à présent une période plus frugale. Komatsu a vu ses ventes en Chine passer de 20 % de son chiffre d’affaires en 2011 à 6 % en 2015. Hitachi Construction Machinery de 27 % à 9 %. Caterpillar, qui a su se hausser au rang de premier constructeur de pelles en Chine, n’est pas épargné par la baisse du marché. Volvo CE subit, comme les autres, la récession même si le suédois a mené une stratégie différente en rachetant à hauteur de 70 % le constructeur local SDLG. Il compte sur cette plateforme industrielle pour exporter hors de Chine des matériels à bas coût, vers les pays émergents d’Afrique ou d’Asie, mais également vers les États-Unis et, probablement bientôt, vers l’Europe. Une stratégie également suivie par les marques chinoises elles-mêmes qui, grâce à la volonté politique de cette économie administrée et au volume de leur marché intérieur, se sont rapidement hissées au rang de mastodontes. Des « majors » sont ainsi nées − XCMG, Sany, Zoomlion − dont le chiffre d’affaires talonne celui des plus gros occidentaux et japonais. Pour l’instant, les marchés « matures » ont été épargnés par l’expansion de ces nouveaux venus. Les réglementations occidentales en matière d’émissions polluantes des moteurs et, au moins autant, les forteresses que constituent leurs réseaux de distribution installés de longue date les protègent. Mais attention ! La faiblesse des pays émergents pourrait stimuler les incursions des industriels chinois dans les marchés développés. Le rachat de constructeurs peut leur apporter des technologies, mais aussi des réseaux. Les marchés de spécialité ont été les premiers visés : ainsi l’allemand Putzmeister a été racheté par Sany, et l’italien Cifa par Zoomlion. Ce dernier poursuit sa stratégie avec une OPA hostile sur le groupe Terex, en cours. Car, pour les années à venir, c’est bien vers les pays matures de l’Europe et de l’Amérique du Nord que se tournent tous les fabricants. Tous se replient pour l’instant sur leurs marchés traditionnels qui, faute de perspectives spectaculaires dans le reste du monde, demeureraient, dans les années à venir, à un niveau stable ou en croissance modeste mais, surtout, à un niveau de prix plus lucratif que ceux pratiqués en Asie ou en Afrique.

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ENCADRE

Le marché mondial des matériels

Chiffre d’affaires – 1. Caterpillar en souffrance

Le numéro un mondial des matériels accuse un chiffre d’affaires en baisse de près de 15 % pour la troisième année consécutive, et même des ventes de 29 % par rapport à la meilleure année, 2012. « La faiblesse des marchés émergents, notamment la Chine et le Brésil, mais aussi des prix à la baisse et un dollar à la hausse expliquent ces mauvaises performances », avance le constructeur.

Marchés – 2. Un équilibre planétaire

Les pays développés que forment l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon ont absorbé 50 % du volume des matériels de chantier vendus dans le monde. Ce nombre équitable de machines dégage cependant un chiffre d’affaires plus important que celui généré par l’autre moitié car les machines occidentales, plus complexes et s’adressant à des clients plus riches, sont vendues plus cher.

Pronostics – 3. Une faible croissance mondiale

Le marché mondial des matériels de chantier devrait se rétablir progressivement à partir de 2016. Le Cece confirme une légère croissance du marché européen pour cette année. À l’horizon 2019, tous les marchés sont en croissance modérée. Les pays émergents progresseraient un peu plus vite que les marchés matures, dépassant, in fine, les 50 % des ventes mondiales.

Krach – 4. Un effondrement spectaculaire

En seulement quatre ans, la Chine est passée de 435 000 matériels vendus à 135 000 ! À titre de comparaison, le marché français oscille entre 30 000 et 35 000 unités selon les années. Les économistes ne prévoient pas un redémarrage rapide car la République populaire de Chine est régie par une économie administrée dont l’objectif annoncé est celui d’un atterrissage économique maîtrisé.

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