Enjeux

Comment des détectives traquent le travail illégal

Mots clés : Droit du travail - Entreprise du BTP - Travail

Des entreprises du bâtiment s’adressent à des privés pour confondre ceux qui ont recours à des pratiques déloyales.

Pour les détectives privés, le secteur du bâtiment constitue un nouveau terrain d’investigation. « L’idée m’est venue lors d’une réunion à la préfecture, se souvient Thierry Grimaldi, président de la Capeb 43 qui a eu recours à cette méthode. Les représentants de la Direction du travail affirmaient que le phénomène des travailleurs détachés était anecdotique alors que, au quotidien, je croisais de plus en plus de camions polonais et que je voyais des entreprises rafler des marchés à -30 % ! » Dans ce genre de cas, le détective privé est chargé de collecter des preuves (plaques d’immatriculation, chantiers actifs le 15 août ou lumière allumée la nuit) dans le but de contraindre l’administration à réagir et à engager des procédures.

Des salariés en infraction.

Gérant de l’agence lyonnaise Investipole, David Liobard a déjà répondu à des entreprises du BTP en quête de travailleurs illégaux. « Nous repérons un salarié étranger sur un chantier et nous le prenons en filature à la sortie », raconte-t-il. Mais la traque des ouvriers étrangers ne représente qu’une maigre part du travail des détectives dans le BTP. Plus souvent, les employeurs font suivre leurs propres salariés soupçonnés de travailler ailleurs pendant un arrêt maladie. « Nous pouvons démontrer que le salarié intervient de manière récurrente sur un chantier alors qu’il est censé être en arrêt, précise Thomas Peyret de l’agence Hades Investigation, basée à Lyon. A partir de notre rapport, le client peut mandater un huissier qui constatera l’infraction. » Autres cas : l’ingénieur qui enfreint sa clause de non-concurrence ou le salarié qui savonne la planche de son patron. « Un entrepreneur se plaignait récemment de perdre de nombreux chantiers, raconte Arnaud Pelletier, fondateur de l’agence francilienne Leprivé, basée à Enghien-les-Bains. Nous avons prouvé que l’un de ses salariés avait créé une entreprise concurrente sous le nom de sa femme et qu’il y travaillait en utilisant le matériel de son patron. »

Disparition de pelleteuses.

Le vol est aussi un motif récurrent pour recourir à un détective. « Certains matériaux, dont le plastique, intéressent particulièrement les malfaiteurs, précise Thomas Peyret. Pour confondre les voleurs, nous pouvons organiser une planque, par exemple. » Autre technique de la boîte à outils des détectives privés : l’infiltration parmi le personnel de l’entreprise. « Des palettes qui manquent à la livraison, une pelleteuse qui disparaît, du carburant envolé… Des entreprises de BTP et de négoce nous demandent régulièrement de nous infiltrer sur le terrain », confirme David Liobard. Dans ce cas, en plus des 3 000 à 4 000 euros par semaine facturés par l’enquêteur, il faut aussi lui verser un salaire. Ce qui n’empêche pas certaines de ces missions de durer. « L’un de nos détectives est resté infiltré neuf mois dans une entreprise ! », sourit David Liobard. « A chaque nouvelle vague d’intérimaires, de nouveaux vols de carburant étaient constatés. »
Ces détectives sont dotés d’un solide bagage en droit pour rester dans la légalité ou déterminer quel type de preuves apporter devant quelle juridiction (prud’homale, pénale, commerciale…). Pour Thierry Grimaldi (Capeb), l’objectif n’était pas de lancer une procédure judiciaire, mais de faire bouger la machine politico-administrative. Et il a fini par obtenir gain de cause. Le 21 mai, il a été auditionné par le Conseil économique, social et environnemental pour parler de la fraude au travail détaché. Sans détective privé, les palais de la République seraient restés portes closes.

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