Enquête

Comment attirer les jeunes vers les services matériel ?

Mots clés : Monde du Travail

Débat. Plusieurs directeurs matériel réunis au sein de la Confrérie des mécaniciens ont évoqué leurs difficultés de recrutement lors d’un débat organisé par Le Moniteur.

Dun côté, un secteur qui représente 80 000 emplois directs, dont 1 500 postes à pourvoir chaque année. De l’autre, 2 millions de jeunes de moins de 25 ans sans emploi et sans formation. Dans ces conditions, l’offre devrait facilement trouver la demande. Pourtant, ce n’est pas le cas. « Les engins attirent les jeunes, mais pour les conduire, pas pour les réparer », constate Raphaël Gaillard, de Fayat Bâtiment. Pourquoi une telle désaffection ? D’abord parce que le métier est dur: dans la boue, sous la pluie, le mécanicien n’intervient pas toujours dans des conditions confortables. « Que ce soit le mécanicien ou l’ingénieur, le cœur du problème vient des rythmes de travail. Les jeunes veulent commencer et finir leur journée à heures fixes. Or le dépannage, ce sont des horaires aléatoires et souvent à rallonge », pense Jérôme Laury, de Colas. Pis, l’entretien et la maintenance doivent se faire avant que le chantier ne commence sa journée, et c’est bien souvent la nuit que s’effectuent des tâches pourtant routinières. À ces décalages horaires s’ajoute le nomadisme qui ne correspond plus aux attentes des jeunes d’aujourd’hui. « On trouve, au début, des candidats attirés par l’aventure d’aller travailler en Afrique sur nos chantiers. Mais l’expérience tourne souvent court car, lorsque vous vous retrouvez en brousse pendant des mois, sans les amis ni la famille, la vie sociale est réduite. Beaucoup craquent et veulent retourner en France », note Thierry Lahuppe, ancien de Sogea-Satom, aujourd’hui chez Loxam. Or ces difficiles conditions de travail ne sont pas compensées par la rémunération. Un mécanicien débutant commence sa carrière en gagnant 1 500 euros brut par mois, c’est-à-dire quelques euros de plus que le salaire minimal légal. « Nos mécaniciens sont moins bien payés que les conducteurs qui, eux, travaillent à heures fixes dans des cabines confortables ! » s’insurge Jérôme Laury. Pour Fabrice Blanc, directeur matériel d’ETF et président de la Confrérie des mécaniciens, le mal est plus profond : « Le problème de l’image de nos métiers s’inscrit dans une dévalorisation générale des métiers du BTP et des métiers industriels. La politique actuelle veut mener le plus de jeunes possible vers le baccalauréat puis l’université, même si cela ne débouche sur rien. Par la suite, il est trop tard pour les réorienter vers d’autres types de métier qui, pourtant, embauchent. » Mais ce constat ne doit pas recouvrir un atout maître : « Certes, nos métiers sont difficiles, mais ils sont passionnants ! » souligne Sébastien Marie, de Razel Bec. Et l’ascenseur social fonctionne encore dans le BTP où il n’est pas rare de rencontrer un cadre à responsabilité ayant commencé tout en bas de l’échelle. Le plaisir et la fierté sont des éléments essentiels à l’épanouissement professionnel, et les services matériel peuvent les apporter. Mais il faut le faire savoir.

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Quelques pistes pour améliorer la situation

Réformer l’apprentissage

L’apprentissage est un bon moyen de puiser dans le vivier des jeunes sans formation pour y trouver ses futurs salariés qualifiés. Mais, en France, cette pratique a du mal à se développer car notre pays reste attaché aux sacro-saints diplômes. « Il faut que les entreprises entrent dans la structure du service public d’éducation, et que l’Éducation nationale n’ait plus le monopole de la délivrance des diplômes. L’entreprise doit être reconnue administrativement dans son rôle de formation, quitte à lui attribuer des moyens financiers publics pour lui permettre de jouer son rôle », estime Marcel Malmartel, secrétaire général du CCCA-BTP (Comité de concertation et de coordination de l’apprentissage du bâtiment et des travaux publics). Pour Jean-Michel Bordes, d’Eiffage Construction, il faut garder en tête que la formation interne représente un investissement dont l’entreprise ne sera pas directement bénéficiaire : « Il ne s’agit pas de former par apprentissage des jeunes que l’on va garder, car beaucoup partent ailleurs après avoir été formés dans une entreprise. L’idée est de participer à une démarche globale de formation au bénéfice de toute la profession. »

Valoriser la profession

« Il faut changer l’organisation du chantier. Plus le service matériel sera impliqué dans le projet, plus il sera valorisé. Aujourd’hui encore, le service matériel est considéré comme un coût alors que la production est vue comme apportant le chiffre d’affaires. Il faut développer cette notion d’imbrication dans un même projet », estime Patrice Decour, de Spiecapag. Trop souvent accusé d’être responsable de la panne, le mécanicien doit, au contraire, être considéré par ses collègues comme celui qui apporte une solution. « Le dépanneur crée de la valeur pour l’entreprise. Il faut mettre en avant le sourire et les remerciements des personnes que l’on dépanne », souligne François Renault, de Kiloutou. Des expériences comme des stages de découverte d’une journée ou deux entre les salariés de différents services donnent de bons résultats, mais ces échanges sont difficiles à mettre en place.

Favoriser la progression de carrière

« Il faut rappeler que le service matériel permet de belles progressions de carrière. Charge aussi à nous de valoriser des parcours professionnels et de les défendre auprès de nos ressources humaines », avance Sébastien Marie, de Razel-Bec. Philippe Brissonneau, de Colas, formule, pour sa part, une objection : « Une difficulté inhérente à beaucoup d’entreprises consiste à faire accepter en internedes profils qui n’ont pas un diplôme bien identifié, ni un profil type. Les autodidactes sont mal reconnus par nos propres services de ressources humaines ! » La culture du diplôme est encore solidement ancrée dans bien des esprits…

Communiquer vers l’extérieur

Les organisations professionnelles multiplient les opérations de communication auprès des jeunes pour leur faire découvrir les métiers du BTP. Il ne faut pas se contenter de ces campagnes institutionnelles et aller soi-même à la rencontre des jeunes. « On va faire la sortie des écoles… », résume un participant. Et pourquoi pas ?

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