Management et prévention

COLLECTIVITES LOCALES Les services d’information géographique se structurent

Mots clés : Collectivités locales - Enseignement supérieur - Fonction publique - Métier de la fonction publique - Réglementation des marchés - Rénovation urbaine

Devenus incontournables, les systèmes d’information géographique (SIG) se sont développés dans les collectivités. Les ingénieurs, chefs de projet, techniciens, dessinateurs travaillant au sein de ces services doivent posséder un bagage technique, informatique et faire preuve d’une grande rigueur.

Un système d’information géographique (SIG) est un outil informatique permettant d’organiser et de présenter des données alphanumériques spatialement référencées, et de produire des plans et cartes. Outil d’aide à la décision, le service d’information géographique est aussi une plate-forme de communication pour les élus, qui souhaitent localiser leurs réalisations sur un territoire, ou relire leur mandat à l’aide de ces documents. Ainsi, le plus modeste des projets publics n’est-il pas toujours assorti d’une carte illustrative, voire d’un plan en 3D révélant son futur visage ? De plus en plus de projets sont également présentés sur Internet.

Pour réaliser ces documents, de nouveaux métiers, exigeants et souvent mal connus, ont vu le jour. « La carte n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les neuf dixièmes du travail ont été effectués en amont, au sein du service SIG », souligne Brice Gal, responsable du service géomatique au service départemental d’incendie et de secours de Haute-Savoie. Ce secteur technique va recruter, notamment dans les intercommunalités.

Une mission au service de tous

De nouveaux usages se développent, et les outils s’améliorent, traitant les données toujours plus rapidement. Par ailleurs, une nouvelle génération de SIG intelligent, propose des rendus en 3D, ou des animations illustrant les évolutions dans le temps.

Service ressource, les SIG mettent les données en cohérence et récupèrent des études plus pointues ; ils doivent aussi fournir des données aux prestataires privés, et mener une veille technologique. Créés comme des outils d’aménagement et de gestion du territoire, les services des SIG travaillaient pour les missions techniques des collectivités, en créant des bases de données de gestion du patrimoine, ou pour le réseau d’eau…

Véritable observatoire des évolutions de la collectivité, le SIG a progressivement intégré tous les services, qui l’utilisent pour gérer leur travail, communiquer sur leurs dossiers et réaliser des documents de prospective. Ils sont accompagnés par le SIG pour s’approprier outils et logiciels, et se former. « La mission du SIG n’a pas de limite, puisque son rôle est de cartographier tout élément localisable, y compris la dépense publique par exemple. Il apporte un appui technique et logistique à tous », illustre Denis Delerba, responsable du SIG à la communauté urbaine de Nice-Côte d’Azur.

Des spécialistes aux polyvalents

« Avec le développement de l’intranet et de l’extranet, le SIG touche un public de plus en plus large », estime Bruno Dalaine, responsable du service SIG de Rennes. Selon cet ingénieur, les services SIG peuvent être classés en trois types. Au sein des grandes villes et des grandes intercommunalités, ils rassemblent des équipes pluridisciplinaires, dont des spécialistes gèrent les données de référence par domaine. On trouve ainsi des chefs de projets, des ingénieurs développeurs, des administrateurs des données informatiques SIG, des chargés d’exploitation, des techniciens et dessinateurs chargés d’alimenter le SIG.

Les départements et les régions emploient quant à eux des « généralistes pluridisciplinaires » qui travaillent à l’animation d’un territoire, pour créer des partenariats entre SIG, partager des données, et diversifier les usages. Enfin, au sein des petites communautés de communes, le service SIG est souvent dirigé par une personne cumulant de nombreuses compétences. Certaines communes font appel à des cabinets extérieurs (géomètres par exemple). L’évolution est à la mutualisation des données à l’échelle des structures intercommunales. « En raison de la crise, les services SIG de toutes les collectivités devront se rationaliser et fonctionner selon une logique de réseau », estime le responsable rennais. Ainsi, dès le 1er janvier 2010, la mutualisation sera effective entre Rennes et Rennes Métropole. D’autres ont déjà sauté le pas. Déjà, trois cents collectivités, services et syndicats adhèrent au groupe de travail « SIG et Topographie », créé par l’Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF). « Nous travaillons actuellement sur un programme de formation pour nos collègues, notamment les jeunes recrutés, afin de les éveiller à la culture et aux exigences de nos métiers, qui sont très spécifiques », souligne Denis Delerba, animateur de ce groupe.

La véracité des données au cœur du métier

En effet, le SIG nécessite un bon bagage technique et informatique, mais aussi une grande rigueur. Pour que les données soient fiables, il faut acquérir des compétences spécifiques et apprendre à passer d’une sphère à un plan plat : ces formules mathématiques ne s’inventent pas. « Ingénieurs et techniciens doivent respecter un référentiel et la véracité des données, c’est essentiel. Souvent les jeunes ne connaissent pas l’importance de ce référentiel », insiste Nicolas Lubar, responsable du SIG à la communauté d’agglomérations Belfortaine. Au sein d’un service SIG, les ingénieurs ont besoin de temps pour qualifier la donnée, dire ses limites d’utilisation, ou son degré de précision. Fondamentales pour assurer la qualité du travail, les mises à jour nécessitent elles aussi du temps.

Or, cette exigence professionnelle est mal connue : « Le SIG valorise les dossiers de la collectivité, mais n’obtient guère de reconnaissance », regrettent les personnes interrogées. « Non reconnu, notre métier est entre deux chaises. D’ailleurs, l’appeler « géomatique » (géographie informatique) est une façon d’ancrer notre identité », reconnaît Brice Gal.

Malgré tout, le secteur du SIG attire de nombreux jeunes, et de multiples troisièmes cycles « SIG » sont apparus sur le marché.

Des formations externes et internes en plein essor

« Le SIG est victime de son succès, et les étudiants de niveau bac 5 formés en SIG ne trouvent pas toujours de travail. Mais les services SIG se développent », estime Lydie Vinsonneau, responsable du SIG de la région Bretagne, qui précise : « Quelques mois de théorie répartis sur deux ans sont parfois courts pour couvrir tous les prérequis nécessaires aux exigences du métier .» Pour intégrer les collectivités, les candidats doivent passer un concours de technicien ou d’ingénieur (option TIC pour ces derniers). En interne, des formations sont proposées par le pôle national de compétences « systèmes d’informations et technologies de l’information et de la communication » du centre national de la fonction publique territoriale, dirigé par Oumar Ndiaye. « Les agents de la fonction publique territoriale s’inscrivent de plus en plus nombreux pour se former ou mettre à jour leurs connaissances », constate-t-il.

Et les besoins des SIG en environnement territorial sont « colossaux ». D’autant que ce secteur devrait être soutenu par la directive européenne « Inspire », qui veut harmoniser les informations géographiques entre les États membres, notamment par l’emploi de métadonnées. Cette directive va conduire les gens à travailler ensemble, puisque les acteurs publics devront communiquer sur leurs données géolocalisées.

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Anthony Marchandeau • administrateur SIG à la communauté de communes du canton de Saint-Fulgent (Vendée)« Cette mission nécessite de bonnes qualités relationnelles »

« J’ai débuté ma vie professionnelle en travaillant sur des plans de désherbage des bassins versants vendéens. Après avoir obtenu une licence professionnelle SIG, j’ai intégré le syndicat départemental Vendée Eau, puis travaillé au syndicat d’électrification de la Vendée, avant de trouver un nouveau poste à la communauté de communes en février 2009. Ma mission consiste à mettre à jour certaines données (informations cadastrales, réseaux d’eau potable…), et à créer de nouvelles couches d’informations pour les besoins des communes et des agents tout en assurant un soutien technique auprès d’eux. Enfin, je mène une veille technologique sur les logiciels existants. Ce travail nécessite de bonnes qualités relationnelles, car l’information géographique est au service de toute la collectivité. »

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Denis Lainé • technicien, responsable du SIG de la communauté urbaine de Cherbourg« Un emploi du temps très varié »

« Je n’ai pas de formation de base spécifique en système d’information géographie. Détenteur d’un BEP, CAP, d’un Bac et d’un BTS en filière génie civil avec une option topographie, j’ai d’abord travaillé dans le secteur privé, à la rénovation de bâtiments. J’ai ensuite obtenu le concours de technicien territorial et intégré la communauté urbaine de Cherbourg : j’ai commencé par la direction de l’urbanisme, puis celle du « cycle de l’eau » (eau et assainissement), où j’ai vu arriver les premiers SIG. Après avoir été utilisateur du système pendant plusieurs années, j’en suis devenu responsable en 2002, au sein d’un service de trois techniciens. Pluridisciplinaire, le SIG traite les données de tout le territoire (plan local d’urbanisme, réseaux, voiries…) et offre un emploi du temps très varié. Ainsi, au cours de la même semaine, je vais réaliser des traitements cartographiques, mener une analyse de besoin, ou donner une formation Logiciel… C’est un métier technique, passionnant et en évolution permanente. »

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Lydie Vinsonneau • responsable du service SIG à la région Bretagne« Créer une dynamique avec les territoires »

Diplômée de l’école supérieure des géomètres topographes, Lydie Vinsonneau, a intégré la fonction publique territoriale en 1998. « J’ai débuté comme ingénieur à l’agglomération de Rennes Métropole. A la région depuis 2005, j’ai monté le service d’information géographique et tâche de créer une dynamique avec les territoires autour de cet outil. L’aspect relationnel est très important. En région, nous travaillons sur des petites échelles (1/100 000e) et souhaitons valoriser l’action des partenaires aux différents échelons. Prestataires de service, nous réalisons les travaux pour nos collègues en interne. En externe, nous animons quatre groupes de travail rassemblant plus de cinquante structures publiques (collectivités, etc.), impliquées dans la démarche GéoBretagne, une plate-forme d’information géographique. Nous coordonnons cette action partenariale d’accès à la connaissance du territoire avec la préfecture de région. »

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Brice Gal • ingénieur, responsable du service géomatique au SDIS de Haute-Savoie« Un métier technique et polyvalent »

« Géographe de formation, j’ai passé un an en Angleterre avec le programme Erasmus, en 1996, où l’outil SIG y était plus développé qu’en France. Alors que j’étais en DEA d’aménagement du territoire, un poste s’est ouvert au service départemental d’incendie et de secours (SDIS).

J’ai été recruté comme contractuel, tout en terminant mon DEA sur deux ans. J’ai obtenu le concours d’ingénieur territorial en 2004.

J’ai participé à la réalisation du schéma départemental d’analyse et de couverture des risques, servant à optimiser la répartition des moyens (casernes des pompiers, etc.). Le service géomatique doit fournir des cartes et des données opérationnelles aux pompiers pour qu’ils localisent les victimes avec précision. Organiser les informations représente un travail important. Fondé sur la transversalité, la géomatique est un métier technique et polyvalent, qui crée des liens entre les métiers. »

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Elisa Carles • dessinatrice en SIG à la direction de l’information géographique de la communauté urbaine Nice Côte d’Azur« Un travail qui nécessite beaucoup de rigueur »

« J’appartiens au service données et cartographie. J’intègre et maintiens les données de référence telles que le cadastre, l’orthophoto ou les numéros de voirie. C’est un travail qui nécessite beaucoup de rigueur. J’accompagne également les services utilisateurs du SIG, lors de la création et de l’intégration de nouvelles données métier.

J’ai ainsi effectué des analyses spatiales pour la direction de l’aménagement urbain, qui élaborait le plan local d’urbanisme. Je crée des plans à la demande des autres services et des élus. Sur une hotline dédiée, je réponds aux demandes des utilisateurs et j’anime des miniformations en interne. Topographe de formation, j’ai été recrutée à la Ville de Nice comme emploi jeune sur un poste de dessinatrice en DAO à la direction de l’urbanisme, puis j’ai passé le concours d’agent de maîtrise. En 2006, j’ai intégré la direction SIG, pour gérer des données concernant les domaines d’une collectivité, réaliser des cartes et accompagner les services. »

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rappel

Système d’information géographique : outil informatique qui permet de présenter des données alphanumériques spatialement référencées, et de produire des plans et des cartes. Le développement des SIG s’est accéléré dans le domaine de l’aménagement du territoire.

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