Architecture Technique Hommage

Claude Parent, l’homme de la fracture

Mots clés : Architecte

L’architecte s’est éteint le 27 février, au lendemain de son 93e anniversaire. Théoricien de l’oblique, il était l’auteur de bâtiments aux plans et aux volumes brisés.

Sans jamais se départir de son dandysme ni de son œil qui frise, Claude Parent (1923-2016) s’est souvent battu contre les normes. Après des études mouvementées aux Beaux-Arts de Toulouse et de Paris dont il fustige l’académisme, il rencontre en 1952 André Bloc. Le sculpteur et directeur de la revue « L’Architecture d’aujourd’hui » l’introduit alors auprès du groupe Espace, ce qui l’entraînera dans de nombreuses collaborations avec des artistes tels Nicolas Schöffer et Yves Klein. La douzaine de maisons qu’il construit entre 1953 et 1965, principalement en Ile-de-France, amorce ses grands thèmes de réflexion : la fracture, le vide et l’oblique. Selon Claude Parent, « l’habitation individuelle se légitime en tant que laboratoire. Les riches doivent faire progresser l’architecture à travers leurs maisons, tels des prototypes à des actions plus fécondes à venir ».

Sensation de déséquilibre, de mouvement…

Remettant en cause le strict fonctionnalisme, il disloque les plans et les volumes, cherchant à créer une sensation de déséquilibre et même de mouvement, dans la maison Soultrait au salon triangulaire, dans la maison Drusch au séjour en forme de cube posé sur son arête, et dans la maison Bordeaux Le Pecq dont la toiture fracturée dessine trois accents. En 1959, il explore la notion de vide avec la villa d’André Bloc au cap d’Antibes, construite en deux volumes indépendants reliés par un escalier à vis. Un système qu’il met à nouveau en œuvre, non plus sur la Méditerranée mais au bord du périphérique, pour la maison de l’Iran (1961-1969) à la Cité universitaire de Paris.

En 1964, Claude Parent fonde avec le philosophe Paul Virilio le groupe et la revue « Architecture Principe ». Pour combattre l’évolution conformiste du Mouvement moderne, ils introduisent la notion de « fonction oblique » dans l’architecture et l’urbanisme. Aux constructions verticales et orthogonales, ils opposent des volumes constitués par des rampes plus ou moins fortes, sollicitant activement le corps. Ils proposent des applications de la fonction oblique à l’intérieur de l’habitat (appartement d’Andrée Bellaguet et maison de la famille Parent à Neuilly), à des ensembles de logements, des équipements (centre commercial à Sens avec des pentes de 8 %, aménagement de Maisons de la culture) et même des villes entières mises en scène dans les dessins frappants que Claude Parent multiplie à cette époque. Le chef-d’œuvre du duo en col Mao reste l’église Sainte-Bernadette du Banlay à Nevers, inspirée des bunkers et traversée par une fracture créant un rideau de lumière. Claude Parent n’est pas passionné par le détail mais par l’effet brut, c’est pourquoi le béton reste son matériau de prédilection : « La perfection me dérange. J’aime une certaine imprécision. »
Dans les années 1980 et 1990, pâtissant de son image de dessinateur de centrales nucléaires et d’amateur de belles voitures, Claude Parent est injustement écarté de l’histoire avant de revenir sur le devant de la scène, porté par des figures reconnaissant son influence telles Rem Koolhaas, Peter Eisenman, Lars Spuybroek (Nox), Thom Mayne (Morphosis) et surtout Jean Nouvel qui a débuté dans son agence. Ces dernières années, ouvrant généreusement sa porte aux jeunes architectes et chercheurs, Claude Parent partageait avec eux ses théories aiguisées sur l’état de l’architecture tout en poursuivant minutieusement son œuvre graphique autour des villes utopiques dont la dimension imaginaire et poétique a grandement contribué à sa reconnaissance.

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ENCADRE

Claude Parent (1923-2016)

1923 : naît le 26 février à Neuilly-sur-Seine.
1970 : commissaire du pavillon français de la Biennale d’art de Venise.
1974 : début de sa collaboration avec EDF.
1979 : Grand prix national de l’architecture.
2006 : membre de l’Académie des beaux-arts.
2010 : exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine.
2016 : décède le 27 février à Neuilly-sur-Seine.

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