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Cinquante jours pour construire un aérodrome

Mots clés : Gares, aéroports - Transport aérien

Dans le cadre de l’opération Barkhane, l’armée de l’air française a installé une base aérienne en plein cœur du Sahara.

Voilà qui ferait rêver les promoteurs de Notre-Dame-des-Landes : cinquante jours pour faire surgir de terre un aérodrome ! Et, là aussi, face à des opposants au projet, hautement plus virulents que les « zadistes » nantais ! Il s’agit de la piste que l’armée française vient d’ouvrir à Madama, en plein cœur du Sahara, à la jonction du Niger, du Tchad et de la Lybie, là où rôdent des groupes armés. « C’est une région que l’armée française connaît depuis longtemps. Nous avons retrouvé des archives datant de 1951 », se souvient le colonel Bruno Colinet, de la brigade aérienne d’appui à la manœuvre aérienne (BAAMA). Sa mission : faire surgir de terre une infrastructure où pourront se poser des avions de transport et décoller des hélicoptères de combat. Pour cela il s’appuie sur trois unités : le 25e régiment du génie de l’air (RGA) pour les pistes d’atterrissage, le Groupement aérien d’appui aux opérations (GAAO) pour les bâtiments, et le groupement tactique des systèmes d’information et de communications aéronautiques (GTSICAéro) pour la mise en place des équipements de transmission. « Madama a l’avantage d’être situé près d’un gisement de latérite, un matériau qui n’a pas besoin d’être concassé et offre une bonne portance une fois mouillé et compacté », décrit le colonel Colinet. Mais Madama a un inconvénient : c’est « à mille miles de toute terre habitée », aurait dit Saint Exupéry. Pas de route pour s’y rendre, des centaines de kilomètres de désert à traverser. « Nous avons acheminé les engins par voie terrestre. Le convoi parti de Niamey a mis dix jours pour arriver. » Soit 2 500 km dont une bonne partie en dehors des pistes. Les véhicules transportaient, entre autres, une niveleuse, un bouteur, une pelle sur chenilles, deux chargeuses, un compacteur mixte (bille à l’avant, pneus à l’arrière) et des camions-bennes. « Il faut parfois rouler de nuit, non pas pour des raisons de sécurité mais parce que le sable a une meilleure portance quand il fait plus froid. »

Prévoir la sécurisation du site

Arrivés sur site, les engins se sont mis au travail : décaper, profiler et recharger en latérite une piste existante mesurant 800 m puis l’allonger, d’abord jusqu’à 1 300 m pour y faire atterrir des avions de type Casa, avant de la prolonger jusqu’à 1 800 m pour que les avions de transport tactique puissent en décoller plus facilement et à pleine charge. Les engins du Génie et la flotte de camions avec lesquels ils travaillent vont rester sur site pour l’entretien de cette piste qui devra être régulièrement rechargée. Les équipes du GAAO vont ensuite monter les hangars : des structures métalliques recouvertes de textile, ce qui nécessite deux engins de levage en l’occurrence un chariot à tourelle rotative et une grue mobile , également apportés sur site. Ces structures vont abriter les hélicoptères, leur atelier de maintenance et un stock de pièces détachées pour les avions de transport. Dernier chantier mené par le GAAO : l’installation d’une centrale électrique. « Il nous est parfois demandé de fournir de la haute tension. Nous y parvenons en couplant plusieurs groupes électrogènes les uns avec les autres, ce qui nécessite une compétence particulière », souligne le colonel Colinet qui évoque également la mise en place des cuves à carburant nécessaires à cette installation et de deux stations de potabilisation de l’eau et de traitement des eaux usées. À toutes ces infrastructures strictement liées à la circulation aérienne se sont ajoutées celles relatives à la sécurisation du site. Là encore, les compétences du GAAO ont été sollicitées pour la création de postes de combat et la mise en place des protections passives. «C’est clairement la localisation particulièrement isolé du site qui fait la particularité de cette opération. Mais nous avons déjà effectué des missions tout aussi difficiles comme à Niamey, toujours au Niger, un peu plus tôt dans l’année quand il a fallu y acheminer un poste d’enrobage à travers la brousse»…

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Le génie de l’air

Héritier des compagnies de l’aérostation militaire, le 25e régiment du génie de l’air a la particularité de dépendre de l’armée de terre mais d’être employé par l’armée de l’air qui en loue les compétences, les équipes, lui fournit les moyens matériels et lui fixe ses missions. La portion centrale du régiment et une compagnie opérationnelle sont implantées à Istres, dans les Bouches-du-Rhône, et deux compagnies opérationnelles sont décentralisées, l’une à Mont-de-Marsan dans les Landes et l’autre à Avord, dans le Cher. Sa mission est de mener à bien les chantiers de construction et d’entretien des pistes d’aviation. Le régiment dispose pour cela d’un effectif de 32 officiers, 169 sous-officiers, 560 militaires du rang, 6 civils et d’un parc matériel composé d’engins de terrassement, de matériels routiers, de poids lourds, de centrales à béton et de centrales d’enrobage.

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