Autres Europe

Cinq pays à conquérir pour le BTP français

Mots clés : Entreprise du BTP

En 2016 et 2017, certains marchés du Vieux continent vont connaître une vigueur bien plus grande que ceux de l’Hexagone. Nos entreprises, sur un marché domestique qui reste décevant, ont tout intérêt à y jeter un œil.

Le secteur du BTP français est un paradoxe. Il a beau être le deuxième d’Europe en termes de volume d’activité, juste derrière l’Allemagne, il reste captif de son marché domestique. En dehors de Vinci, Bouygues et, dans une moindre mesure, Eiffage et Fayat, les constructeurs français sont d’une timidité étonnante hors de leurs frontières. Y compris dans l’Union européenne qui offre une liberté de circulation aux travailleurs et une publication identique des appels d’offres au « Journal officiel de l’Union européenne » (JOUE) pour les marchés de travaux de plus de 5 186 000 euros HT. La FFB dresse d’ailleurs ce constat alarmant pour le bâtiment, mais qui peut valoir aussi pour les travaux publics : « Hormis les majors et les entreprises de taille intermédiaire, le secteur ne travaille quasiment pas hors de l’Hexagone. Les PME ne sont pas structurées pour partir à l’export. » Et c’est bien là le problème : les Français ne parlent pas bien l’anglais et les services « International » au sein des entreprises sont rares. Autre frein : nos charges sociales élevées nous permettent difficilement de pratiquer le détachement. Enfin, nous n’allons pas à l’étranger car notre marché interne a longtemps été dynamique. Ce n’est plus le cas, comme le rappelle la dernière conférence des prévisionnistes d’Euroconstruct, le 12 juin. En termes de progression d’activité sur 2015-2017, la France se classe au 14e rang, loin derrière la Pologne, le Royaume-Uni, le Portugal, les Pays-Bas et la Norvège. Des pays que nous vous proposons de découvrir et dans lesquels des entreprises du BTP, y compris des artisans, lorsqu’elles ont un savoir-faire particulier ou une expérience avérée, mais aussi des architectes et des ingénieristes, ont des choses à faire. L’Europe vous attend !

Pologne

Population : 38,5 millions. PIB 2015 : + 3,4 %. BTP en 2015 : + 9,7 %

Le BTP polonais ne connaît pas la crise.

Et, avec une croissance annuelle de l’activité oscillant entre 8 et 10 % jusqu’en 2017, la tendance n’est pas prête de se renverser. Le secteur représente d’ailleurs plus de 8,3 % du PIB du pays. Le principal moteur de ce dynamisme reste le génie civil, qui devrait bondir de 16,6 % en 2016. Les investissements publics sont concentrés dans les grands projets de transport, qui bénéficient aussi d’abondantes subventions européennes. 9,5 milliards d’euros seront investis dans les infrastructures ferroviaires, routières, aéroportuaires et maritimes entre 2014 et 2020.

L’expérience de Jocelyn Fillard et Nicolas Roques, architectes à SUD Polska, filiale de SUD Architectes (Lyon) :

« Actifs en Pologne depuis 1996, nous y avons ouvert une agence en 2008. Ce pays a un fort potentiel de développement. Les capitales régionales sont très dynamiques, les universités sont performantes et la main-d’œuvre très bien formée. C’est un marché très international : 90 % de nos clients sont des investisseurs étrangers. Dans l’architecture, les espaces commerciaux, les gares, et les bureaux sont les marchés les plus porteurs. L’installation en Pologne est relativement simple, mais il est essentiel de former une équipe solide de collaborateurs locaux pour faire le relais. »

Contact : CCI France Pologne ; e-mail : membres@ccifp.pl

Pays-Bas

Population : 16,8 millions. PIB 2015 : + 1,7 %. BTP en 2015 : + 2,9 %

Le marché néerlandais est l’un des plus dynamiques d’Europe. Le bâtiment y est en pleine expansion mais « reste, à l’exception de structures spécialisées, réservé aux entreprises locales », précise Radislav Semenov, de l’Institut économique néerlandais de la construction (EIB). « Les opportunités pour les entreprises françaises sont surtout dans des projets complexes de génie civil, pour lesquels elles ont davantage de savoir-faire que nos sociétés. » Une grande partie des ponts du pays, construits dans les années 1960-1970, doit être rénovée à court terme, et de nombreux projets portuaires et fluviaux sont déjà programmés et financés jusqu’en 2028.

L’expérience de Bruno Lucas, responsable export d’Allin, fabricant de panneaux de contreplaqué pour le bâtiment et de panneaux acoustiques et décoratifs :

« Les Pays-Bas sont le premier marché mondial pour les panneaux en Okoumé, l’essence de bois que nous travaillons. Après y avoir exporté nos produits pendant plusieurs années, nous y avons repris l’un de nos partenaires spécialisé dans les panneaux acoustiques et décoratifs. Il est très agréable de travailler aux Pays-Bas. Les choses sont claires et les partenaires respectent leurs engagements. La législation est semblable à la France et l’administration n’est pas un obstacle. »

Contact : Business France ; www.ambafrance-nl.org/Business-France

Royaume-Uni

Population : 64,1 millions. PIB 2015 : + 2,4 %. BTP en 2015 : + 5,7 %

Le boom britannique du logement et des infrastructures.

Dopé par la croissance économique (+ 2,4 % en 2015), le secteur du BTP est en plein boom : + 3,2 % attendus en 2016 et 3,6 % en 2017. Avec des performances spectaculaires dans le logement neuf où les besoins sont énormes. Côté génie civil, l’activité devrait bondir en 2017 (+ 7,6 %) grâce à des grands chantiers comme le tunnel Thames Tideway à Londres, ou les deux réacteurs EPR d’Hinkley Point.

L’expérience de Gilles Philibert, directeur général de TSO, filiale travaux ferroviaires du groupe NGE :

« Nous sommes arrivés au Royaume-Uni par le tunnel sous la Manche, pour lequel nous avons posé des voies ! Nous nous sommes ainsi fait un nom outre-Manche. Notre expérience s’est poursuivie avec de très gros projets, dont le Crossrail à Londres que nous menons actuellement. A chaque fois, nous nous sommes associés avec des partenaires locaux. Ils nous apportent une bonne connaissance du contexte commercial, réglementaire et normatif, et nous leur fournissons une forte valeur ajoutée sur des métiers très spécifiques. Le Royaume-Uni a d’énormes besoins en infrastructures. »

Contact : CCI française de Grande-Bretagne ; www.ccfgb.co.u

Portugal

Population : 12,1 millions. PIB 2015 : + 1,7 %. BTP en 2015 : +3 %

La crise est finie au Portugal, même dans le BTP ! Selon Euroconstruct, la construction portugaise va progresser de 4 % en 2016 et de 5 % en 2017. Trois grands secteurs tirent le marché. Le principal reste la rénovation résidentielle, stimulée par de nombreux investisseurs internationaux qui acquièrent des maisons secondaires dans le pays. « Les infrastructures énergétiques et de transports bénéficient, elles, d’importants fonds européens, tout comme des projets nationaux d’ampleur pour lutter contre l’érosion des côtes », précise Ricardo Gomes, président de la Fédération portugaise de la construction et des TP (Fepicop).

L’expérience de Jacques Laporte, directeur général de Coanus, spécialiste du bardage et du zingage :

« Nous avons été retenus pour restaurer la toiture d’une aile du palais Dos Santos de Lisbonne [ambassade de France] et nous espérons bien ne pas laisser sans suite ce premier marché portugais. Ce chantier prestigieux nous a permis de tisser des liens avec une entreprise portugaise de maçonnerie avec laquelle pourraient s’amorcer des échanges de bons procédés pour décrocher des marchés. Nous avons perçu un certain protectionnisme au Portugal et préférons ne pas y retourner seuls. Mais, en nous associant à une entreprise locale, nous avons une chance d’accéder aux monuments atypiques du centre du pays. »

Contact : Agence pour le commerce extérieur ; www.portugalglobal.pt

Ces chiffres sont communiqués par le réseau Euroconstruct qui regroupe 19 instituts privés de prévision dans autant de pays. Des rapports de prévisions économiques semestriels sont fournis par le Bipe, membre français d’Euroconstruct (www.bipe.fr/).

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ENCADRE

« La rénovation représente 60 % du marché du logement européen »

« Amorcée en 2014 dans la zone Euroconstruct, la reprise du secteur résidentiel va s’amplifier au cours des deux prochaines années. Ce marché, le plus important du BTP européen, devrait croître de 1,7 % en 2015, 2 % en 2016 et 2,4 % en 2017. Aujourd’hui, la rénovation est le segment dominant, et représente 60 % du marché total du logement, contre 48 % en 2007. Cette proportion devrait se maintenir jusqu’à une légère reprise du logement neuf en 2016.
La demande dépend beaucoup de la performance macroéconomique de chaque pays. Et, de manière générale, l’économie européenne reprend. L’urbanisation croissante de certains marchés comme le Danemark, la Finlande et l’Allemagne, est également un moteur important. Cette tendance à l’émigration vers les agglomérations se traduit par une pénurie de logements dans certaines villes. Le sérieux déséquilibre entre l’offre et la demande dans de nombreuses métropoles européennes, combiné à une tendance croissante à l’urbanisation, attire les capitaux privés d’investisseurs européens et internationaux, notamment au Portugal. »

Annette Hughes, DKM (Réseau Euroconstruct).

ENCADRE

La Norvège attend les Français

Triste constat : très peu d’entreprises françaises se sont à ce jour aventurées à traverser la mer du Nord. Pourtant, la Scandinavie, et en particulier la Norvège, offre de nombreuses opportunités, surtout dans des projets à haute valeur ajoutée technique. Selon le représentant d’Euroconstruct dans ce pays, Kjell Senneset (Institut Prognosesenteret), « le génie civil norvégien progressera de 2 % entre 2016 et 2017 ». Avec la chute des cours du pétrole, l’Etat investit désormais massivement dans les infrastructures : rénovation et construction de réseaux ferrés, routiers (+ 6 % en 2016 et + 7 % en 2017) et énergétiques, de réseaux d’eau et de ports et d’aéroports. Un long axe routier reliant le nord du Danemark à l’ouest du pays en traversant fjords et montagnes est en projet. Très technique, il nécessitera la construction des plus longs tunnels et ponts au monde, un domaine où les Français excellent. « L’augmentation de la population entraîne aussi une augmentation de la demande en logements ainsi que des besoins en bâtiments non résidentiels comme des écoles, des infrastructures de santé et des centres commerciaux », indique aussi Kjell Senneset.

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