Autres Transition énergétique

« Changeons nos façons de produire et de consommer »

Mots clés : Innovations - Monde du Travail

Pour Bruno Lechevin, président de l’Ademe, un mouvement irréversible s’engage. Il doit créer de la valeur, de l’emploi et de l’innovation.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) est aux avant-postes pour traduire dans les faits la loi de transition énergétique. A la veille des 10es Rencontres de la performance énergétique, les 6 et 7 juin, dont l’agence est partenaire, son président Bruno Lechevin met en avant ses priorités dans le secteur du bâtiment.

Tous les décrets de la loi sur la transition énergétique concernant le bâtiment ne sont pas encore publiés. Ce retard n’est-il pas un signal négatif donné au secteur ?

Vous êtes dures car la loi est ambitieuse. Elle fait bouger les lignes, d’autant qu’elle est le fruit d’un compromis délicat entre les acteurs économiques. La ministre Ségolène Royal a deux ambitions : aller vite et embarquer tout le monde sans passer en force, même si elle sait prendre ses responsabilités quand la concertation débouche sur un blocage. Le but est que l’essentiel des décrets soit publié avant le 1er juillet. Une nouvelle conférence environnementale, début 2017, dressera un bilan de la loi mais surtout, et c’est bien là le plus important, de sa concrétisation par des décrets et des arrêtés de qualité, qui soient au maximum de ce qu’ils peuvent être acceptables et supportables, non seulement pour être en cohérence avec les objectifs de la loi, mais aussi avec les contraintes des acteurs. Ce n’est pas si simple.
L’important, c’est que le mouvement soit irréversible, quoi qu’il arrive, quelles que soient les circonstances et l’alternance politique qui pourrait avoir lieu en 2017. Le mouvement de la transition énergétique est un nouveau modèle social, économique, environnemental qui doit créer de la valeur, de l’emploi et nous pousser à l’innovation. Les décrets et arrêtés de la loi sur la transition énergétique doivent être au service de cet objectif.

Quel est le rôle de l’Ademe dans la mise en œuvre de cette loi ?

L’agence est le fer de lance, l’outil des politiques publiques pour la mise en œuvre de la loi. Elle apporte son expertise aux pouvoirs publics dans l’élaboration de la réglementation. Elle évalue les bonnes pratiques, accompagne la montée en compétence et la formation des acteurs du bâtiment. L’agence apporte également son soutien à la recherche et à l’innovation pour développer des produits et méthodes plus performants. La réussite de la transition énergétique dépendra notamment du changement d’échelle et de l’industrialisation de ces solutions. Il faut massifier et généraliser.

Quel est le budget alloué à l’Ademe pour accompagner la loi de transition énergétique ?

Depuis que je suis président (mars 2013), l’Ademe a vu son budget d’engagement maintenu au niveau de 590 millions d’euros. C’est une chance compte tenu de la situation des finances publiques et des efforts demandés à tous. Mais c’est normal pour accompagner l’ambitieuse loi de transition énergétique et l’implication française dans la lutte contre le changement climatique. En revanche, nous contribuons à l’effort général de réduction des dépenses publiques, tant en ce qui concerne les moyens que les effectifs, ce qui nous oblige à travailler différemment pour être plus agiles aux côtés de nos clients partenaires, les collectivités locales comme les entreprises. En 2015, les 590 millions se sont répartis essentiellement dans nos deux fonds emblématiques : 218 millions pour la production de chaleur à partir d’énergies renouvelables (dont 189 millions pour le fonds chaleur) et 186 millions pour les déchets et l’économie circulaire. Nous avons par ailleurs mobilisé 55 millions pour le bâtiment et l’économie circulaire, 31 millions pour la recherche, 28 millions pour les démarches énergie climat territoire, 24 millions sur les sites pollués et friches, 16 millions pour la communication et la formation et 32 millions pour les autres programmes. A côté de ce budget d’investissement, nous avons engagé, en 2015, 400 millions dans le cadre du programme des investissements d’avenir.

Quelles innovations techniques attendez-vous dans le bâtiment ?

Nos priorités portent sur le développement de produits, de méthodes qui améliorent la performance et réduisent les coûts des travaux afin de soutenir l’objectif de massification de constructions et de rénovations performantes sur les plans énergétique et environnemental. Ainsi, dans le cadre des investissements d’avenir, nous avons lancé un appel à projets sur les « méthodes industrielles pour la rénovation et la construction de bâtiments » (lire aussi p. 14).

Avez-vous vraiment les moyens financiers de vos ambitions ?

L’argent n’est pas vraiment le problème, il est disponible. La question vient plutôt de la connaissance qu’ont les entreprises des possibilités qui leur sont offertes. La transition énergétique nous invite à modifier nos façons de produire et de consommer. Nous avons des progrès à faire pour démontrer que la démarche est bénéfique. Nous allons organiser avant l’été un événement pour montrer les réussites et les innovations que nous avons accompagnées avec le programme des investissements d’avenir afin de donner envie de se lancer dans l’aventure à ceux qui hésitent.

La montée en compétence des professionnels est une des conditions de réussite de la rénovation énergétique. Etes-vous satisfait des résultats de la mention Reconnu garant de l’environnement (RGE) ?

On ne peut être que content car, depuis 2014, le rythme s’est accéléré pour atteindre aujourd’hui près de 70 000 professionnels RGE. Il faudra cependant s’assurer que les entreprises sont bien au rendez-vous des travaux de rénovation énergétique tel qu’on le souhaite. Même s’il existe encore un débat entre les partisans de la simplification et ceux qui pensent que les exigences sont insuffisantes. Ce qui me paraît essentiel, c’est la dynamique et l’adhésion autour du RGE. Et, au bout du compte, les opportunités de chantiers et la création d’emplois non délocalisés.

La rénovation est une priorité des pouvoirs publics mais, malgré tous les dispositifs mis en place, les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs. Comment l’expliquez-vous ?

C’était vrai ces dernières années, mais aujourd’hui, on constate un début de perspectives positives. Pourquoi avons-nous relativement confiance ? Parce que nous considérons qu’il n’y a jamais eu autant de volonté politique, de cohérence des politiques publiques et d’outils pour que nos concitoyens aient envie, lors de travaux de rénovation, d’embarquer la performance énergétique. Pour autant, il faut un gros travail de pédagogie et d’accompagnement. Nous y travaillons depuis deux ans à travers à nos plates-formes. Lors du lancement de l’appel à manifestations d’intérêt aux collectivités en 2014, nous nous étions donné l’objectif de 100 plates-formes à la fin 2015. Début 2016, une centaine de plates-formes ont été contractualisées et une cinquantaine sont en cours de préparation. C’est très encourageant quant à la mobilisation des collectivités !

Les prix bas de l’énergie ne sont-ils pas un frein à la rénovation énergétique ?

Il est vrai que ce n’est pas incitatif pour les travaux d’efficacité énergétique. Mais, justement, c’est quand on engrange du pouvoir d’achat supplémentaire grâce à la baisse des prix de l’énergie qu’il faut profiter de cette marge et des aides actuelles – je ne sais pas si elles perdureront – pour installer des équipements plus économes et réaliser une rénovation énergétique. De toute façon, les prix des énergies finiront par remonter. C’est pourquoi je pense que les prix bas des énergies fossiles devraient être un moment clé pour accélérer la fiscalité écologique. Le but n’est pas de rajouter des impôts, mais d’effectuer un transfert de fiscalité. C’est plus facile quand vous baissez de manière significative le prix de l’essence d’économiser quelques centimes de taxe écologique. Quand les prix remontent, on n’y revient plus. De ce point de vue, je me réjouis que le président de la République ait proposé, lors de la quatrième conférence environnementale, la mise en place d’un « prix plancher du carbone ».

On constate des résistances à l’installation des compteurs Linky. Qu’en pensez-vous ?

Il est paradoxal qu’un objet qui doit permettre au consommateur final de s’approprier la transition énergétique, afin que ce ne soit pas qu’une affaire de technocrates et d’ingénieurs, puisse faire l’objet de polémiques. Peut-être s’y est-on mal pris, que le compteur communicant a été trop pensé pour le système de distribution qui doit être évolutif, pour intégrer l’arrivée des énergies renouvelables. S’il était fondamental de gérer l’introduction des énergies renouvelables pour garantir la sécurité du système, on n’a peut-être pas assez pensé et expliqué le compteur comme un outil pour que les consommateurs deviennent des « consomm-acteurs » et aient la liberté de choix pour consommer, s’autolimiter, autoconsommer leur production. L’Ademe a signé une convention de partenariat avec ERDF pour aider à déployer Linky au travers d’informations utiles dans les Espaces Info Energie.
L’évolution de notre modèle énergétique d’un système de production et de distribution hypercentralisé à un système très décentralisé dans lequel de plus en plus d’acteurs deviendront à la fois des producteurs et des consommateurs nécessite de l’information en temps réel. Linky est au service de cette information. Chaque fois que l’on change de modèle, il y a des inquiétudes légitimes auxquelles il faut répondre.

Lire l’intégralité de l’interview sur lemoniteur.fr/ademe

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Trois axes d’innovation dans le bâtiment

Développer des solutions « clé en main » technologiques et logistiques pour faciliter la rénovation « en site occupé » et réduire les temps d’intervention.
S’appuyer sur le numérique : le BIM et les outils numériques de pilotage, pour fluidifier la communication entre acteurs ; les nouvelles solutions de domotique et d’immotique, pour gérer les usages énergétiques du bâtiment.
Travailler sur les matériaux renouvelables et recyclés : les solutions bois construction, les matériaux biosourcés aux atouts environnementaux.

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