Edito Coup de chapeau

Canopée, mon amour

« Quand un bâtiment détesté est affublé d’un petit nom, c’est qu’il a fini par se faire adopter. » Ce n’est pas moi qui le dis, mais mon sémillant confrère Philippe Trétiack dans son récent et drolatique opuscule « L’Architecture à toute vitesse » paru au Seuil. C’est en page 41, vous pourrez vérifier.
A ce compte-là, la Canopée des Halles est plutôt bien partie : sitôt le ruban coupé et les discours digérés, voici donc cette Canopée – au nom un peu prétentieux, non ? – rebaptisée au choix des surnoms de « flaque », de « feuille de salade », de « raie manta », de « limule » et j’en passe des plus velus. Sans même évoquer ce qui se lit et s’écrit, ici et là, sur sa couleur certes bizarroïde, qui hésite entre or jaune, crème anglaise et vert-de-gris.
Qui aime bien châtie bien, on le sait, et il nous faut voir là une preuve d’amour (vache, certes), mais une preuve d’amour quand même ! Car enfin, quoi de plus cruel que l’indifférence et la froideur en la matière ?
Or, on le sait (bis), « nommer c’est reconnaître, c’est faire exister, c’est rendre éternel »… Et c’est encore le même Trétiack qui évoque le célèbre « Cornichon » londonien de Norman Foster ou le « Décapsuleur » du World Financial Center de Shanghai, pour mieux souligner « combien les Parisiens ont en horreur leur tour Montparnasse. Elle qui n’a jamais eu l’honneur d’être affublée d’un sobriquet ».
Alors, oui, chapeau bas au naming inventif et sauvage du peuple de Paris ! Et courage aux valeureux architectes, Patrick Berger et Jacques Anziutti, pour assumer la paternité de leur création – j’allais dire de leur créature – qui a désormais échappé à l’emprise de ses auteurs…


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