Architecture Haussmann

Camouflage urbain rue Championnet

Pasticher le baron ? N’y songez pas ! Reproduire ses façades ? C’est chose faite, littéralement, à Paris XVIIIe.

Dans la très longue et un peu morne rue Championnet, dans le populaire XVIIIe arrondissement parisien, un événement singulier arrête le regard du passant à hauteur du n° 85. C’est là que Karine Chartier et Thomas Corbasson ont construit un petit immeuble de 12 logements locatifs (avec parking en rez-de-chaussée) pour le compte d’un maître d’ouvrage privé qui avait repéré leurs réalisations antérieures. « Sur cette parcelle vide, au plan trop alambiqué, impossible de construire de manière classique », soulignent les architectes, lauréats d’une mini-consultation organisée par leur commanditaire. L’immeuble s’installe donc sur son site tout en ménageant des vides qui, en écho aux courettes mitoyennes, permettent de créer des vues. Les circulations verticales sont concentrées en un espace minimum, vitré, qui permet un apport de lumière naturelle vers les paliers. Compacts, les plans des logements sont optimisés de manière à minimiser les circulations et offrir des séjours traversants.

Catalyseurs. Détail surprenant, autorisé par le règlement d’urbanisme – et voulu par le maître d’ouvrage -, la façade sur rue de l’immeuble se déforme et se renfle imperceptiblement en son centre, pour occuper au maximum la parcelle et, surtout, rentabiliser l’espace autant que l’opération par quelques décimètres carrés supplémentaires destinés à offrir les logements les plus grands possible. Une façade principale, orientée plein nord, qui ne lasse pas d’intriguer le passant…

« Tous nos projets naissent d’une absence de désirs préconçus, d’une volonté de révéler ce qui doit être, là où il faut. Nous sommes comme des catalyseurs », expliquent encore les architectes, dont on connaît par ailleurs le goût pour les matériaux, la recherche esthétique et plastique, le jeu avec les apparences, le je-ne-sais-quoi d’inattendu et d’insolite. Partant du constat que la rue Championnet est occupée par « un long ruban de façades haussmanniennes toutes plus ou moins identiques », et soucieux de « capter l’essence » de cette rue, les concepteurs lui ont, littéralement, donné la réplique. « Il s’est agi pour nous de s’inscrire dans la continuité de l’alignement à perte de vue des mêmes façades. » (lire également p. 69)

Pour y parvenir, ils ont adopté la stratégie du caméléon et de son mimétisme légendaire. La façade de l’immeuble contigu a été photographiée, réinterprétée et reproduite sur les panneaux qui habillent la façade… Un copier-coller XXL au terme duquel la « monomatière » ainsi obtenue ( lire encadré ci-dessous ) enveloppe l’intégralité du bâtiment, jusqu’à son couronnement, « sans souci de différenciation, soulignant l’effet de papier peint de l’urbanisme haussmannien », concluent malicieusement les architectes.

Maîtrise d’ouvrage :privée. Maîtrise d’œuvre : Chartier-Corbasson, architectes. Assistants : Luca Muratorio, Michelle Ramirez et Emmanuel Leroy. BET : Alternative (acoustique), Facea (TCE).

Entreprise générale : ACR. Surface : 932 m Shon.

Montant des travaux : 2,1 millions d’euros HT.

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