[TO] Urbanisme et aménagement

Biodiversité La première réserve « d’actifs naturels » dans la plaine de la Crau

Une expérience menée par la Caisse des dépôts et une équipe de scientifiques va permettre de reconstituer l’écosystème millénaire de cette steppe provençale.

Développer un territoire sans porter atteinte à la biodiversité. Si cette équation n’a jamais pu être formellement résolue, la loi Nature de 1976 a introduit dans la réglementation le principe de « compensation » qui permet à un porteur de projet de compenser, ailleurs, l’impact environnemental de l’opération d’aménagement ou de construction qu’il conduit sur un site donné. Concept généreux, mais qui n’a été que très peu appliqué au cours des trois dernières décennies. Chaque année, plus de 60 000 ha d’espaces naturels disparaissent en effet face à l’expansion urbaine, alors que les actions de compensation ne concernent que 3 000 ha. Pour tenter d’inverser cette tendance, la société CDC Biodiversité, jeune filiale de la Caisse des dépôts, a créé dans la plaine de la Crau – entre Fos-sur-Mer et Arles (Bouches-du-Rhône)– la première réserve d’actifs naturels de France. Après avoir acquis, fin 2008, plusieurs emprises foncières (357 ha au total) abritant les anciens vergers industriels de Cossure, CDC Biodiversité a lancé sur cette vaste étendue de steppe sèche une expérience pilote.

Transfert de sols

Le projet – soutenu par l’Etat, l’Europe et les collectivités territoriales – vise à ramener les sols à l’état le plus proche du « coussoul » originel, c’est-à-dire à reconstruire sur ce territoire semi-désertique l’écosystème façonné depuis des millénaires par la sécheresse, le mistral et le pastoralisme ovin. Pour conduire cette opération, le groupe CDC s’est appuyé sur les scientifiques de deux organismes de la région Paca : le Conservatoire études écosystème de Provence (CEEP) et l’Institut méditerranéen d’écologie et de paléoécologie (Imep) de l’université d’Avignon. La chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône a également apporté son appui technique pour l’arrachage des centaines de pêchers présents sur le site, les vieux arbres étant ensuite broyés et recyclés en pastilles de bois de chauffage.

Les techniciens du CEEP et de l’Imep vont bientôt entreprendre une délicate opération de transfert de sols. Sur les anciens vergers, ils vont acheminer des morceaux de terroir et des semis d’espèces nurses prélevés au cœur de la toute proche réserve naturelle des Coussouls de Crau.

« Transplantation écologique »

L’objectif de cette « transplantation écologique » étant de réinstaller des espèces animales communes en Crau sèche, mais que l’exploitation agricole avait fait disparaître. Néanmoins, le retour de l’outarde canepetière, du ganga cata, de l’œdicnème criard ou du lézard ocellé ne devrait pas se faire avant plusieurs années.

Alors qu’elle a investi 12,5 millions dans cette expérience pilote, CDC Biodiversité va désormais proposer à tout acteur économique ayant un projet de développement dans la plaine de la Crau de contribuer financièrement à la restauration de l’écosystème. Le coût de cette compensation pour l’aménageur étant évalué à 35 000 euros l’hectare.

Pour Laurent Piermont, P-DG de CDC Biodiversité, le projet mené dans la plaine de la Crau constitue un nouvel outil à la disposition des aménageurs et des développeurs. « Grâce à cette réserve d’actifs naturels, indiquait-il, les acteurs de l’urbanisation peuvent désormais mener un vrai dialogue avec les pouvoirs publics sur la place qu’ils sont prêts à laisser à la nature ».

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L’EXPERT CHANTAL JOUANNO, secrétaire d’Etat à l’Ecologie

« La compensation n’est pasun droit à détruire »

« Cette expérimentation permet d’avancer dans la recherche de nouvelles règles du jeu pour préserver l’écosystème. Il faudra s’en inspirer pour rédiger la charte de valorisation et de conservation de la biodiversité que je prépare avec les services de Jean-Louis Borloo. Mais il faudra aussi, au moment d’élaborer les réglementations futures, veiller à ce que le principe de compensation ne devienne pas un droit à détruire au motif que tout deviendrait possible dès lors qu’on peut acheter des actifs naturels. Dans le même temps, nous allons engager “ la réforme des procédures environnementales ”, qui encadrera notamment les études d’impact et les enquêtes publiques, avec l’objectif de les rendre plus contraignantes pour les maîtres d’ouvrage et les opérateurs dont les projets peuvent menacer la biodiversité. »

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