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BIM : les Anglais ont tiré les premiers

Mots clés : Logiciels - Outils d'aide

Le Royaume-Uni a pris une longueur d’avance sur la mise en œuvre de la maquette numérique, et plusieurs pays nordiques bénéficient, eux, de soutiens publics. La France doit maintenant s’y mettre au plus vite.

Le BIM (Bâtiment et informations modélisés) révolutionne déjà la construction. Qu’ils soient italiens, britanniques ou scandinaves, les acteurs du BTP, réunis fin novembre à Milan lors de la conférence Euroconstruct, ont tenu le même discours : la mise en œuvre de la maquette numérique est devenue inéluctable. Quelques pays ont pris une sérieuse avance et risquent de devenir difficiles à rattraper. C’est le cas en particulier du Royaume-Uni, qui affiche clairement son ambition de devenir le champion mondial du BIM dans les prochaines années. Engagé très tôt dans le processus, le pays a déjà mené de nombreux projets en BIM et capitalise sur ses retours d’expérience. « Au Royaume-Uni, tous les acteurs ont désormais une très bonne connaissance du BIM », a expliqué Jon Kerbey, responsable de la maquette numérique pour le projet titanesque de ligne britannique à grande vitesse HS2 (High Speed 2), qui reliera Londres à Birmingham, Manchester et Leeds.

Un soutien fort du gouvernement

Le pays peut aussi s’appuyer sur des étudiants et apprentis formés au BIM depuis des années. L’approche intégrée anglo-saxonne, qui favorise la collaboration entre les métiers, est particulièrement appropriée au fonctionnement du BIM. Le gouvernement britannique a, par ailleurs, été l’un des premiers à mettre sur pied un « BIM Task Group », qui réunit sur le sujet acteurs du BTP, chercheurs et pouvoirs publics. Et c’est certainement dans l’implication des politiques que réside la clé du succès. « Le gouvernement et le secteur de la construction travaillent en étroite collaboration. Nous bénéficions d’une vision politique et d’un soutien fort de leur part », se réjouit David Philp, membre de ce « BIM Task Group » et conseiller du gouvernement sur la mise en œuvre de la maquette numérique. En 2013, l’Etat a lancé un plan de relance du BTP avec comme objectif une réduction des coûts de construction de 33 % et des délais de livraison de 50 % d’ici à 2025. Un objectif qui ne pourra être atteint que grâce au BIM. Aujourd’hui, le Royaume-Uni travaille sur une extension de l’usage de la maquette numérique aux phases de financement et d’opération des bâtiments et infrastructures, en impliquant les banques et organismes financiers dans le processus. Le pays planche également sur la mise en place d’un nouveau système d’appels d’offres en BIM en temps réel pour favoriser la transparence de l’attribution des marchés.

En quête d’entreprises étrangères

La Finlande, la Norvège, le Danemark ou encore les Pays-Bas bénéficient eux aussi d’un fort soutien des pouvoirs publics. Tous les projets publics y sont réalisés en BIM. Le gouvernement finlandais a, lui, investi 21,8 millions d’euros pour développer la maquette numérique entre 2010 et 2014. Le succès du BIM dans ces pays est lié à leurs plans en faveur de la construction durable et à leurs besoins en infrastructures complexes, comme les hôpitaux.
En Suisse, la situation est encore différente. Selon Annalisa de Maestri, vice-présidente de BIM France, « les bureaux d’études sont opérationnels, mais pas les constructeurs. Les ingénieristes vont donc chercher des groupes étrangers, au détriment des entreprises suisses ». En France, les grands constructeurs, très actifs à l’international, sont prêts, mais d’autres acteurs du secteur tardent à s’impliquer. Les fédérations professionnelles se mobilisent pour sensibiliser et former leurs adhérents aux outils et aux nouvelles méthodes de travail, tandis que le gouvernement vient de lancer un plan de transition numérique, dans le cadre du plan de relance de la constuction.
De Berlin à Milan, pour les professionnels du BIM la question n’est plus « doit-on s’y mettre ? », mais « pourra-t-on s’y mettre suffisamment rapidement pour ne pas disparaître ? ».

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Sébastien Teissier, économiste et gérant de l’entreprise Alyos Ingénierie - « Les projets réalisés en BIM vont gagner en qualité »

« Le BIM est encore un sujet assez neuf sur lequel il est important de se former, mais aussi d’échanger beaucoup avec d’autres professionnels, qu’ils soient experts ou novices. Lors de mon premier projet de conception en BIM, dans ma précédente société, j’ai pu constater que le maître d’ouvrage, insuffisamment informé, n’était pas réceptif aux nouvelles informations proposées. Je suis pourtant convaincu que le BIM, qui oblige à adopter une nouvelle méthode de travail, à être plus rigoureux et à échanger davantage avec tous les acteurs d’un projet, constitue l’avenir de la construction. Les projets vont forcément gagner en qualité, même s’il est vrai que, pour le moment, la loi MOP n’est pas compatible avec cette nouvelle méthode de travail. Afin de participer à ce défrichage du terrain, j’envoie à mes contacts sur la région Normandie des lettres d’information sur la maquette numérique, ses formats et les atouts que j’y vois. Ces petits documents me servent aussi pour prospecter et leur proposer de les accompagner dans le déploiement du BIM au sein de leur structure. Par ailleurs, si j’ai suivi plusieurs formations avec des éditeurs de logiciels, afin d’accroître mes compétences en BIM, je prévois aussi d’en réaliser une avec le Gepa, organisme qui assure des formations pour les architectes et les acteurs du cadre de vie. »

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Pierre Paulot, directeur de l’architecture et du développement chez Immobilière 3F - « Nous testons les potentialités offertes par le BIM pendant six mois »

« Il est évident que le BIM va pousser à travailler de manière plus collaborative et à apporter un gain sur la qualité des ouvrages, avec moins de réserves lors des livraisons, un point auquel nous attachons une grande importance. Afin de bâtir notre expérience en la matière, nous avons nommé un ingénieur issu de la gestion de patrimoine, pour engager la politique BIM du groupe. L’objectif est de proposer en juin 2015 des modes d’action et des outils pour développer le BIM au sein des différentes entités. Il s’appuiera également sur le travail engagé depuis six ans sur le patrimoine de 3 671 logements de notre filiale en Seine-et-Marne. L’objectif était déjà de rassembler les informations techniques relatives à l’exploitation de nos immeubles. A partir de ces éléments, nous allons étudier comment exploiter et faire vivre à long terme les dossiers des ouvrages exécutés (DOE) pour la gestion de notre patrimoine. Nous prévoyons d’imposer progressivement le BIM dès la conception, aussi bien lors des concours traditionnels que pour des opérations en conception-réalisation ou pour des projets de rénovation. Un premier projet en conception-réalisation est développé en BIM à Villefontaine (Isère) par notre filiale RSF, ce sera un premier test pour nos équipes. »

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Olivier Legrand, architecte associé de l’agence Dumont Legrand Architectes - « L’investissement financier constitue un véritable frein »

« Nous sommes une petite agence, dont les équipes oscillent entre cinq et dix personnes en fonction des projets. Nous avons de nombreux projets de logements, où le BIM pourrait être intéressant pour éviter les ressaisies liées à des changements répétitifs. Nous avons donc suivi trois jours de formation au logiciel Revit d’Autodesk, mais nous avons encore du mal à bien appréhender l’outil tout en ayant conscience qu’il offre de nouvelles possibilités. A l’issue de cette formation, nous avons failli répondre à un concours en BIM. Heureusement que nous ne l’avons pas fait, car nous ne maîtrisons pas encore le logiciel et les changements d’organisation qu’il implique au sein même de l’agence. Cela dit, sur un autre projet, nous avons choisi de reprendre les plans déjà réalisés, cette fois en utilisant le BIM. Ce travail, qui apparaît pour l’instant comme un doublon, servira à améliorer notre prise en main du logiciel. Côté organisation, nous avons choisi comme chargée de projet, une personne qui a déjà l’expérience du logiciel et nous prévoyons déjà de refaire une tentative avec un concours pour la construction d’une école en Ile-de-France. Cela dit, l’investissement financier constitue un véritable frein, tout comme la complexité d’approche du logiciel. Enfin, je crains que le BIM n’entraîne une standardisation des projets. »

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Bertrand Assemat, responsable des solutions informatiques client chez Wicona - « Une démarche spécifique pour les produits sur mesure »

« Présents en Grande-Bretagne, nous avons démarré l’aventure du BIM il y a quatre ans avec deux démarches. Pour les produits standard, nous avons développé un catalogue d’objets avec la société britannique BIM Store. Ces objets sont paramétrables dans certaines limites par les architectes. Pour les produits sur mesure comme les murs-rideaux, nous avons développé un logiciel spécifique, WIC3D. Les architectes l’utilisent pour concevoir leur mur-rideau en 3D. Le design et les dimensions sont ensuite exportés au format SketchUp de Google, qui est à la fois gratuit et lu par les principaux logiciels de BIM. Certes, il y a un manque d’informations dans cet export. C’est pourquoi, nous avons ensuite mis au point le logiciel WicTop, qui peut être utilisé par les menuisiers Wicona pour récupérer toutes les informations techniques et aller jusqu’à la réalisation du mur-rideau. Notre objectif à terme est que le menuisier puisse renvoyer les fichiers dans le format propriétaire de la maquette numérique, afin d’alimenter les dossiers des ouvrages exécutés (DOE). La version allemande de ces logiciels sera présentée début 2015 sur le salon BAU (architecture, matériels et systèmes) qui se tiendra à Munich. En France, notre démarche sera identique, avec un déploiement des logiciels en 2015. »

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Christelle Duverger est directrice technique du bureau d’ingénierie Empreinte Green Concept - « Le BIM permet d’optimiser les projets en fonction de l’objectif »

D’où vient votre intérêt pour le BIM ?

A l’Ecole des mines de Douai, le cursus d’ingénieur se termine par un stage à l’étranger. J’ai donc travaillé dans une entreprise de climatisation à Miami (Etats-Unis), où nous réalisions déjà des axonométries afin de vérifier les réservations des gaines. Cette expérience m’a permis d’appréhender le BIM dans sa phase d’exécution. Ensuite, au sein d’une société d’ingénierie canadienne, j’ai pu travailler en mode management du projet sur des grands projets : nous utilisions un protocole d’information spécifique, sans échanger nos maquettes propres, hélas.

Où en êtes-vous de l’usage du BIM aujourd’hui ?

Après avoir suivi la formation du Gepa, destinée aux architectes et aux acteurs du cadre de vie, j’ai intégré le mastère BIM de l’école des Ponts-ParisTech et l’ESTP. Dans ma pratique quotidienne, j’ai réalisé que certains de mes logiciels métier étaient déjà en capacité de communiquer. Ainsi, Virtual Environment, édité par IES, dispose d’un protocole de communication. Par ailleurs, je n’utilise pour le moment le format d’échange IFC que comme un protocole de livraison. Il me semble trop incertain comme protocole de communication.

Quel argumentaire présentez-vous aux maîtres d’ouvrage ?

Outre le fait qu’ils sont intéressés par l’exploitation du bâtiment, j’ai adapté mon discours. Grâce au BIM, le développement des projets est optimum. Je ne fais plus de surqualité en donnant au maître d’ouvrage trop d’éléments qui finalement le polluent. Mais j’utilise le temps gagné pour développer mon modèle en fonction de l’objectif final. Dans le même tarif, le client bénéficiera donc de l’optimisation de son projet avec un niveau de détail adapté à ses priorités.

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Une directive européenne pour généraliser la maquette numérique

La nouvelle directive européenne sur les marchés publics, adoptée le 24 février 2014 (2014/24/UE), vise à mettre en avant « l’achat innovant » parmi les 28 Etats membres.
Parmi les mesures votées, l’article 22 qui prévoit l’utilisation d’outils électroniques tels que la maquette numérique (ou BIM) pour les marchés publics de travaux et les concours.
Chaque pays de l’Union européenne pourra « encourager ou imposer l’utilisation du BIM pour les projets de construction financés par des fonds publics ».
En cas d’obligation, les acheteurs publics devront offrir aux candidats un accès gratuit aux outils électroniques requis jusqu’à ce que ceux-ci soient devenus « communément disponibles ».
En France, une ordonnance sera publiée en 2015 et entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2016 pour transposer en France l’article 22 de cette directive.

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