Enquête

Bientôt des robots sur les chantiers ?

Mots clés : Entreprise du BTP

Débat. Les nouvelles technologies se développent à toute vitesse, y compris dans le BTP. Comment les directeurs matériels des grandes entreprises appréhendent-ils cette mutation ?

Lors d’une récente conférence de presse, Doug R. Oberhelman, PDG de Caterpillar, annonçait la stratégie du numéro un mondial pour les années à venir : cap sur les nouvelles technologies ! D’après lui, la construction n’a pas encore entamé la révolution numérique qui a déjà transformé l’industrie manufacturière et le machinisme agricole. Sans parler des matériels militaires… Parallèlement les grands constructeurs automobiles travaillent sur des voitures autonomes et multiplient les prototypes. Alors, les engins de chantier sont-ils en retard ou, tout simplement, inadaptés à la robotisation ? Ces questions ont été posées à la Confrérie des mécaniciens, lors d’un débat organisé par Le Moniteur, soutenu par la société Topcon, non seulement partenaire de l’événement mais partie prenante de la discussion car spécialisée dans les technologies de guidage et d’asservissement. Pour commencer, qu’est-ce qu’un robot ? « S’il s’agit d’une machine dont l’automatisation est poussée à l’extrême, alors cela existe dans le BTP depuis les années 1970. Prenez l’exemple des tunneliers ou des trains de recyclage routier », rappelle Michel Ducasse, ancien responsable d’Eurovia. Deux caractéristiques doivent se greffer sur une machine automatisée pour en faire un véritable robot : la perception et la compréhension de son environnement ; et une capacité d’autoapprentissage. « Sur ce dernier point, la technologie avance très vite », remarque Fabrice Blanc, directeur matériels chez Eurovia, qui cite l’ordinateur ayant réussi à battre le champion du monde de jeu de go grâce à ces algorithmes d’autocorrection. Topcon confirme qu’aujourd’hui la technologie a atteint le degré de maturité nécessaire pour rendre une machine autonome. Mieux : on peut rendre « intelligentes » des machines d’anciennes générations. « Il s’agit d’un ensemble de capteurs, de programmes informatiques et d’électrovannes. Nous sommes capables de les installer dans tout type de machine à condition que celle-ci soit équipée d’un bus CAN », explique Gaël Basseville, responsable du contrôle machine chez Topcon France. La machine sans conducteur est donc envisageable. Mais pour quoi faire ? « Si la robotisation a pour objectif de gagner en vitesse ou en précision, il faut se poser la question de savoir combien ça coûte et combien ça rapporte. Si cette équation est positive, alors cela va se généraliser très vite. Mais, si le robot vise à se substituer à l’homme, alors des questions éthiques vont se poser », pointe Philippe Brissonneau, ancien directeur matériels de Colas. « Il y aura toujours un humain pour programmer et contrôler le travail des machines », rappelle Michel Ducasse. L’homme restera dans la boucle, mais à un niveau de qualification plus élevé. Ce n’est pas nouveau. « Souvenez-vous quand les premières niveleuses automatisées sont arrivées. À quels chauffeurs les confiait-on ? Aux meilleurs car ils étaient capables de comprendre le système, donc de se l’approprier », se souvient Fabrice Blanc, qui constate l’avancée du BTP dans ce domaine. « Les entreprises de construction sont agiles et curieuses d’innovations. Notre profession n’est pas en retard sur ces sujets. Loin de là ! » La haute tenue de ce débat en a apporté une nouvelle preuve.

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Les robots seront connectés

L’image de science-fiction d’un robot autonome, agissant si librement qu’il échappe au contrôle des humains, ne correspond pas aux avancées technologiques actuelles. À ce jour, la robotisation va de pair avec une connexion en réseau. Ainsi, les machines robotisées du futur enverront et recevront une foule d’informations à chaque seconde. Sans être pilotées à distance, elles seront néanmoins reliées à une plateforme informatique commune qui dictera et contrôlera les opérations à effectuer. Reste à savoir qui, dans l’entreprise, aura la main sur ce pupitre de commande géant ?

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Six questions fondamentales

Les machines sont-elles capables d’appréhender leur environnement ?

Valérie Doré, Soletanche Bachy

« Nous avons fait plusieurs essais sur nos machines. Nous y avons installé des radars de détection et testé des caméras numériques capables d’identifier une silhouette humaine. Mais, dès qu’il y a du brouillard, de la pluie, de la boue, soit des conditions de chantier habituelles, cela fonctionne mal. Si on dit que les machines sont aujourd’hui douées de vision, alors il faut admettre qu’elles sont très myopes… »

L’enjeu est-il vraiment de supprimer un poste d’opérateur ?

Paul Masson, Neom

« Dans l’activité qui m’occupe   le désamiantage , la préoccupation première n’est bien évidemment pas de supprimer un poste de travail mais de protéger nos salariés de l’exposition aux fibres d’amiante et de réduire la pénibilité de leurs conditions de travail. La protection du personnel prime sur l’enjeu économique. C’est dans ce cadre que la robotisation nous intéresse, et que nous y travaillons activement. »

Les chantiers en ont-ils vraiment besoin ?

Michel Ducasse, ancien Eurovia

« Ce qui pose problème sur un chantier, ce sont les camions qui n’arrivent pas à temps, le mauvais béton livré au mauvais endroit, les intempéries, etc. Des algorithmes et des programmes informatiques peuvent nous aider à améliorer cette logistique, ce qui est nettement plus intéressant que de faire avancer des machines toutes seules. »

Ces machines sont-elles suffisamment sûres ?

Philippe Brissonneau, ancien Colas

« Les enjeux de sécurité pour notre personnel sont tels que nous utiliserons des robots sur nos chantiers à la condition que leur niveau de sécurité soit optimal. Nous ne pouvons pas nous permettre de passer par une phase intermédiaire de recherche et de tâtonnements. Les robots n’arriveront sur les chantiers que si leurs garanties sont d’une fiabilité totale en termes de sécurité. »

Le BIM accélérera-t-il la robotisation des matériels ?

Jean Michel Bordes, Eiffage Construction

« La modélisation des données du bâtiment [d’après l’acronyme anglais BIM] apporte la possibilité d’industrialiser le processus de construction. Et, dans ce cadre, les matériels jouent leur rôle. Nous sollicitons les fournisseurs et nous les aidons à créer des modèles en trois dimensions de leurs matériels pour que nous puissions les intégrer dans la démarche globale. Pour une entreprise de construction, ne pas s’impliquer dans le BIM aujourd’hui, c’est creuser sa tombe. »

Les industriels vont-ils en profiter pour verrouiller leurs machines ?

Fabrice Blanc, Eurovia

« Chacun travaille aujourd’hui à son propre système. Mais l’avenir n’est pas là. Prenez l’exemple des téléphones portables : le modèle captif qui fut le socle d’Apple perd du terrain face aux modèles ouverts de ses concurrents. Il en sera de même pour les machines. Celui qui proposera le protocole le plus ouvert remportera la mise. »

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