Architecture Centre de recherche

Béton sous haute tension

Mots clés : Architecture - Béton - Electricité - Innovations

Inaugurés en 2016, les quatre bâtiments de l’EDF Lab Paris-Saclay constituent un projet exceptionnel, tant par leur architecture arrondie que par leurs installations climatiques.

Dans les labours du plateau de Saclay, les grues poussent comme les blés. Chantiers après chantiers, la plaine agricole devient peu à peu la technopole francilienne imaginée par les pouvoirs publics. Au milieu des constructions inachevées, les cinq bâtiments du groupe EDF, occupés depuis 2016, font figure d’avant-poste de la ville nouvelle. Et quel avant-poste ! A l’est du site, légèrement excentré, le centre de formation (voir page 46) ressemble à un immense ordinateur.

Les quatre autres édifices constituent l’EDF Lab Paris-Saclay. Imaginés par l’architecte Francis Soler, ils semblent s’imbriquer tels les engrenages d’une machinerie gigantesque. Leurs noms évoquent des côtes et une mer de l’Hexagone.

Opale, le plus grand (35 000 m² répartis sur 4 niveaux), abrite des laboratoires et des bureaux. A ses côtés se tient le centre d’essais Emeraude, le plus petit rouage (3 500 m²). Juste devant eux, Azur (8 000 m²) accueille les visiteurs avec notamment un auditorium de 520 places. Enfin, proche de la route, Iroise (4 000 m²) héberge un restaurant d’entreprise. Quelque 1400 personnes travaillent dans ces locaux. « Nous avons mené les premières études pour ce projet en 2008, explique Jean-Philippe Dutronc, directeur général adjoint de EDF Sofilo, filiale de l’énergéticien qui a assuré la maîtrise d’ouvrage de l’opération. Nous souhaitions regrouper nos équipes qui étaient dispersées dans plusieurs bâtiments à Clamart dont certains étaient obsolètes. » Le budget consacré à la construction de ce quatuor s’élève à 212 millions d’euros.

Le gros œuvre défié par l’architecture. Le chantier a démarré en janvier 2012. Le statut d’entreprise général avait été confié à un groupement composé de Spie batignolles SCGPM et de Besix. Le gros œuvre s’est révélé particulièrement complexe. En premier lieu, les constructeurs ont dû porter une grande attention à l’aspect du béton. Selon les vœux de l’architecte, celui-ci devait rester le plus souvent apparent à l’intérieur et afficher la nuance de gris la plus claire possible. « A cet effet, une formulation spéciale a été créée à base de ciment composé (CEM V), indique Pierre Etienney, directeur de travaux de Spie batignolles SCGPM et responsable du bâtiment Opale. Nous avons installé une centrale à béton sur site pour assurer la continuité et la qualité de l’approvisionnement. » Ce souci du résultat a aussi influencé le choix du matériel : les banches, employées pour le coulage des voiles, étaient neuves et équipées d’une tôle Inox coffrante antirouille.

Autre difficulté, la forme ronde des immeubles exigeait un grand soin lors du calepinage des planchers. Pour l’immeuble Opale, le coffrage en bois utilisé a fait l’objet de nombreuses coupes de rattrapage sur mesure.

Dernier obstacle, et non des moindres : les grues ne devaient pas perturber les antennes radio de l’aéroport d’Orly, situé à une quinzaine de kilomètres. Les engins n’atteignaient donc pas les 23 m d’Opale. « Le coulage des terrasses a donc été effectué à la pompe », conclut le directeur de travaux.

Maître d’ouvrage : EDF, déléguée : Sofilo ; AMO : Orénoque (conception), Constructa et AIA (travaux), Egis (HQE et Breeam). Maîtrise d’œuvre : Architecture Francis Soler, architecte mandataire ; RFR Eléments, développement durable ; Mazet et Associés, économiste ; Pascal Cribier et Aptec MO, paysage ; BET : Espace temps (fluide), VP & Green (façade), Inex (CFA). Entreprise générale : Spie batignolles SCGPM et Besix. Budget : 212 M€ (HT).

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ENCADRE

Génie climatique - Une réserve géante de calories

Les quatre rouages de l’EDF Lab possèdent des installations de chauffage et de climatisation des plus avancées. Les bâtiments Opale, Azur et Emeraude sont raccordés à un réseau commun. Celui-ci est alimenté par trois thermofrigopompes (des pompes à chaleur qui fournissement simultanément de la chaleur et du froid), chacune d’une puissance de 1,38 MW chaud et 1,13 MW froid. En cas de déséquilibre entre les deux productions, les excédents sont rejetés dans quatre cuves de stockage de 60 m3 chacune. Ce réservoir tampon constitue une source dont la température peut s’adapter aux besoins des thermofrigopompes. Il est relié à un arsenal complet de machines thermiques afin de réguler sa température : une pompe à chaleur (PAC) géothermique réversible (339 kW chaud et 266 kW froid avec 36 sondes d’une profondeur de 100 m), une récupération de chaleur sur les serveurs informatiques, deux PAC air/eau en appoint chaud (540 kW chaud chacune), et enfin huit aéroréfrigérants pour évacuer les surplus de calories (une puissance totale de 4,5 MW).

Des radiateurs en béton. Pour l’édifice Opale, le système de diffusion se révèle aussi inhabituel que la production. Les planchers des trois étages intègrent un procédé de dalles actives. Des canalisations, qui transportent de l’eau chaude ou froide, ont été directement coulées dans le béton. « Cette technique de rayonnement à travers un plafond brut est rarissime en France », souligne Pierre Etienney, directeur de travaux de Spie Batignolles SCGPM et responsable du bâtiment Opale.

Le restaurant Iroise n’est pas en reste. Deux PAC air/eau et un groupe froid eau/eau chauffent ou refroidissent les locaux. L’eau chaude sanitaire est aussi générée par une PAC haute température. Toutefois, avant son passage dans la machine, le liquide récupère les calories dégagées par les réfrigérateurs de la cuisine.

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