Annuel aménagement

Besançon Des plantations pour dépolluer les sols et l’eau

Mots clés : Aménagement paysager - Concours d'architecture - Droit de l'urbanisme - Energie renouvelable - Espace vert - Qualité de l'eau, de l'air et du sol - Rénovation urbaine

La Ville a décidé de réaménager progressivement la friche laissée par l’usine Rhodiaceta. Première étape : la création d’un parc urbain, Les Prés de Vaux, espace de détente mais aussi machine à dépolluer les anciens terrains industriels. Le projet d’aménagement retenu utilise en effet à grande échelle le pouvoir épurateur des écosystèmes (plantes et bactéries).

Dans un méandre du Doubs à flanc de coteaux, face à la citadelle Vauban qui domine la ville, 20 hectares ont fortement marqué l’histoire industrielle et sociale de la ville depuis la fin du XIXe siècle. Le centre de fabrication textile Rhodiaceta a connu un essor spectaculaire à partir du milieu des années 1950, avant de fermer ses portes 25 ans plus tard. Depuis ce coup d’arrêt, des démolitions ont eu lieu mais un grand nombre d’édifices subsistent, occupés pour certains, vides ou presque pour d’autres, avec par endroits de grands espaces asphaltés. « Nous avons souhaité reconquérir complètement le site en tournant résolument la page industrielle, explique Michel Loyat, adjoint à l’urbanisme de la ville de Besançon. Et pour servir cette stratégie, nous avons fait le choix d’une gestion du temps long. » La municipalité compte raser la très grande majorité des bâtiments pour réhabiliter en un lieu de vie, de culture et de sports (dont le kayak) cette longue bande de terrain en amont de la boucle bisontine. Elle a déjà lancé la future salle de musiques actuelles (Smac) qui en marquera l’entrée. Les autres programmes comportent de l’habitat, un port, une promenade, un axe de circulation douce le long du fleuve… Après avoir tenté en vain d’acquérir le site, la Ville s’est contentée pour l’instant de faire travailler pendant plus d’un an trois équipes de concepteurs sur son devenir possible. Son choix s’est porté sur le scénario le plus long à mettre en œuvre. Les élus souhaitent généralement que leur projet aboutisse durant leur mandat, mais l’équipe pilotée par l’architecte-urbaniste Patrick Duguet et le paysagiste Alfred Peter a su les convaincre d’être patients. « L’importance du bâti à démolir, la pollution et les risques d’inondations pèsent sur l’avenir du site, résument-ils. Nous avons choisi d’adapter son usage à ces contraintes. »

Le projet prévoit de valoriser les matériaux de démolition en les utilisant comme remblais sous voirie par exemple. Avec 110 logements, le programme de construction reste modeste, les infrastructures n’étant pas dimensionnées pour en faire plus. Les pollutions jugées dangereuses seront enlevées, mais sur le reste du site, le choix économique et écoresponsable de planter en vue d’assainir les terrains sera privilégié. Cette solution évite de décaper le sol et limite les transports de terre. Grâce à la phytoremédiation et la bioremédiation (1), il faudra environ dix ans pour dépolluer les terrains (métaux lourds et hydrocarbures), l’eau (ruissellements et nappe phréatique), les écosystèmes (plantes invasives), et même l’air (composés organiques volatils). Le choix des végétaux est essentiel : ils doivent tolérer les polluants et produire une biomasse importante. Le saule et le peuplier par exemple présentent cet atout et permettent de traiter certains solvants. Orge, maïs et tournesol ont un fort pouvoir d’extraction des métaux lourds. La gestion du parc sera réduite, d’autant que les concepteurs comptent effacer les séparations entre les espaces enherbés et les cheminements. Un avantage pris en compte par Alfred Peter dans ses jardins de dépollution « en mouvement », dont la durée de vie sera brève (quatre ou cinq ans).

Démolition, plantations… la fin des travaux d’aménagement est prévue en 2018. Pour tenir ce terme, la déclaration d’utilité publique qui permettra de lancer l’expropriation doit être déposée avant la fin de l’année.

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage: Ville de Besançon.

Equipe lauréate du marché de définition: Patrick Duguet, architecte, géographe urbaniste (mandataire du projet); Alfred Peter paysagiste; OTE Ingénierie, BET génie civil; Atelier d’écologie urbaine (Aeu), BET environnement;

RR & A, BET transports.

Superficie: 20 ha.

Calendrier: 2010-2018.

(1) Phytoremédiation : extraction, dégradation, fixation, stabilisation ou volatilisation de polluants par les végétaux. Bioremédiation : dégradation de polluants par les micro-organismes du sol et de l’eau.
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