Architecture Technique Equerre d’argent

Bernard Quirot, architecte de campagne

Mots clés : Prix d'architecture

Le lauréat 2015 a été récompensé pour le patient travail mené par son agence dans les territoires ruraux.

«La campagne est l’espace du concret », affirme Bernard Quirot, dirigeant de l’agence BQ + A dont le projet de Maison de santé à Vézelay (Yonne) a reçu le prix de l’Equerre d’argent 2015. Né à Dole (Jura) en 1959 et grandi dans le village médiéval de Pesmes (Haute-Saône), ce fils de médecin de campagne y croit : « On fait mieux son métier si on l’exerce à proximité de son lieu d’habitation. » Sa vocation d’architecte commence à poindre lorsque, jeune communiant, il reçoit un premier choc architectural devant la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Le Corbusier à Ronchamp (Haute-Saône). Après le Bac, s’il est tenté par l’œnologie, il s’inscrit finalement à l’école d’architecture de Paris-Belleville, là où le collectif UNO – composé notamment des architectes enseignants Henri Ciriani et Edith Girard – œuvre à sortir l’architecture française des errements du postmodernisme par le retour aux fondamentaux corbuséens. « Bernard Quirot était un étudiant dont je me sentais assez proche. Il avait déjà la capacité de voir comment garder de fortes convictions sans négliger le respect du passé », se souvient à son sujet Ciriani. Toujours au sein du groupe Uno, Jean-Patrick Fortin le pousse à lire pour ouvrir son esprit au-delà de l’enseignement diffusé à Belleville. Dans les cours de Jacques Lucan, il découvre l’œuvre théorique de Viollet-le-Duc et celle d’Auguste Choisy qui marqueront la production de l’agence. « Sans les livres, pas de projet, car il faut bien avoir conscience que tout a déjà été fait. »

Forces de la nature.

Après la fondation d’une première agence à Paris en 1990, retour en Franche-Comté où il crée, avec l’architecte Olivier Vichard, l’agence de Besançon. Mais le duo s’y sent encore « trop immergé dans le monde pour aller au bout de ses objectifs » et l’agence déménage en 2008 à Pesmes (1 107 habitants), village d’enfance de Bernard Quirot. Ce retour à la terre permet à l’agence (qui s’agrandit avec l’arrivée de nouveaux associés, Alexandre Lenoble et Francesca Patrono) d’être au plus près de la nature parce que « l’architecture tire son énergie des forces telluriques, du sol, de la matière ». Deux règles absolues s’appliquent à tous les projets : un bâtiment doit exprimer sa propre structure, car c’est là que se trouvent les racines de l’architecture ; pour prendre corps – et non plonger dans l’abstraction -, il doit aussi offrir une (vraie) matière et non pas ces « façades légères faites de bardages, fausses matières qui ne font que masquer la structure ». On retrouve ici, au premier plan, l’influence de Louis Kahn (dont l’œuvre a fait l’objet d’un voyage aux Etats-Unis), juste devant celle de Le Corbusier.

Le retour au bercail radicalise l’engagement militant de l’agence : construire dans les territoires ruraux où l’Etat se désengage progressivement. « Auparavant, les pouvoirs publics, au travers notamment des DDE (directions départementales de l’équipement), portaient la qualité architecturale dans les petites communes. Mais, aujourd’hui, la maîtrise d’ouvrage est déléguée à des sociétés externes qui s’érigent au rang d’AMO (assistance à la maîtrise d’ouvrage) et dont l’unique objectif est de faire vite et pas cher sans se soucier d’architecture », déplore Bernard Quirot. Alors, habiter et travailler à proximité de ses projets, tel le médecin de campagne qui connaît ses patients comme ses voisins, voilà l’unique moyen pour entretenir un rapport direct et indispensable avec le maître d’ouvrage. « Je peux donner un coup de fil à l‘improviste et foncer à l’agence. Cette proximité favorise l’approche collective du projet et, vue la forte personnalité de Quirot, parfois même avec quelques frottements… », s’amuse André Gauthier, président de la Communauté de communes du Val de Pesmes. Mais il ne suffit pas d’agir seul, il faut aussi sensibiliser les futurs architectes à ces problématiques en milieu rural. Ainsi, a-t-il organisé à Pesmes, en juillet dernier, un premier séminaire où des étudiants, au travers de workshops, abordent les moyens de revitaliser les formes urbaines du village.
Son associé Olivier Vichard, décédé subitement en 2014, aura eu le temps de travailler sur le projet de Vézelay, mais pas celui de connaître sa consécration par le prix de l’Equerre d’argent. Ce projet qui a fait dire à Quirot, lors de la présentation devant le jury, qu’aujourd’hui lui-même serait probablement « excommunié » par ses anciens enseignants pour trahison envers le Mouvement moderne (dont la toiture à deux pentes est l’ennemie jurée !). Interrogé sur ce point, Henri Ciriani a répondu : « Dans le projet de Vézelay, tout est à sa place, il n’y a pas de formes arbitraires, chaque volume respecte son identité et prend sa part de responsabilité dans l’unité de l’œuvre, ce qui définit le projet réussi. Chaque angle choisi a un sens et ouvre une perspective : nous sommes dans un enclos ouvert, dans une spatialité moderne. » Selon Bernard Quirot, Ciriani considérait les architectes comme étant « les derniers généreux » capables de s’engager sans compter dans l’espace social.

Vidéo sur www.lemoniteur.fr/equerre

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1959 Naissance à Dole (Jura).
1996 Agence Quirot & Vichard créée.
2015 Equerre d’argent.

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Pontailler-sur-Saône (Côte-d’Or) - A l’école de la symétrie

Avec sa façade principale tournée vers le fleuve, ce bâtiment massif, fait de béton brut et de briques, regroupe une école maternelle et une élémentaire. Il semble rendre hommage à la Saône comme à l’un des fleuves sacrés de l’Inde. En réalité, au-delà de la majesté du site, l’environnement immédiat de l’édifice est ingrat, composé de bâtiments disgracieux, sans lien aucun les uns avec les autres. Alors, c’est avec l’outil de la symétrie, arme efficace pour focaliser le regard, qu’il trouve subitement une hiérarchie.
Face au fleuve, l’édifice est ainsi composé de deux masses en briques quasiment identiques, séparées par une barrette vitrée. Sur la façade opposée, côté cimetière, deux autres corps de bâtiment jumeaux bordent la cour de récréation. C’est de ce côté que les enfants pénètrent, sous le préau formant auvent. Ils déambulent ensuite de chaque côté de la cour sous des galeries soutenues par des colonnes, qui permettent d’accéder à couvert aux salles de classes, tel un péristyle. Avec une telle symétrie, la cour (à double niveau) prend alors les allures d’un axe monumental doté d’un escalier dont les emmarchements forment une sorte d’amphithéâtre.
En haut de l’escalier, la cour devient terrasse avec vue panoramique sur la Saône. A l’intérieur, c’est dans un univers de béton brut réchauffé par du bois – et par des dessins d’écoliers accrochés à même le béton brut telles des fresques préhistoriques – que les enfants évoluent : une sorte de grotte qui, dans la même veine que tous les bâtiments de l’agence, ramène aux origines même de l’architecture.

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Maîtrise d’ouvrage : Sivos (syndicat intercommunal à vocation scolaire) de Pontailler-sur-Saône, Vonges, Saint-Léger, Drambon, Marandeuil (Côte-d’Or). Maîtrise d’œuvre : BQ + A, architectes. BET : Clément (structure), Beteb (fluides). Principales entreprises : SNCTP (gros œuvre), Maignan (menuiseries intérieures). Surface : 1 296 m2 Shon. Coût des travaux : 2,01 millions d’euros HT.

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Echenoz-la-Méline (Haute-Saône) - Monumental en milieu rural

Découvrir un édifice public (mairie et accueil périscolaire) aussi monumental dans cette petite commune de 3 000 habitants à l’urbanisme diffus, fait de pavillons aléatoirement semés dans un environnement boisé, voilà qui constitue une vraie surprise.
Pour les architectes de BQ + A, la réalisation d’un tel programme doit toujours porter l’image de l’institution quel que soit le contexte où il se situe. Ce qui était pourtant loin d’être acquis au départ, car l’objet initial de la consultation d’architectes portait sur la réhabilitation de la mairie existante, avant que plusieurs études effectuées par l’agence ne persuadent la municipalité d’en construire une nouvelle. Alors, le parti architectural a été radical : pas de singerie vernaculaire, ni de grosse cabane en bois à la mode environnementale pour se fondre dans la nature, mais une architecture de béton qui reprend les codes néoclassiques de la grande époque des édifices publics du XIXe siècle, usant de la (fausse) symétrie, de l’axialité et de la frontalité pour s’imposer dans le grand paysage.
La façade principale est scandée, en partie haute, de fines ouvertures verticales qui dessinent, par l’alternance de pleins et de vides, une sorte de propylée. En partie basse, le volume est percé d’un grand porche d’entrée ouvert, suivi d’un escalier extérieur qui scinde l’édifice en deux blocs : d’un côté, la salle du conseil et, de l’autre, différents locaux dont le bureau du maire qui, tel un dirigeant de grande entreprise, profite d’une vue générale sur la ville qu’il administre.

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Maîtrise d’ouvrage : commune d’Echenoz-la-Méline (Haute-Saône) . Maîtrise d’œuvre : BQ + A, architectes. BET : FDI (structure), Projelec (électricité), Henry (thermiques). Principales entreprises : Campenon Bernard (gros œuvre, VRD), Menuiserie de Saint-Martin (menuiseries intérieures bois). Surface : 1 200 m2 Shon. Coût des travaux : 2,47 millions d’euros.

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