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« Avec le numérique, le rôle de tous les acteurs de la chaîne va être modifié »

Mots clés : Industriels du BTP

Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, livre son analyse sur les bouleversements que le numérique produit dans l’univers de la construction et le rôle central qu’occupe le client final. Il détaille comment le groupe s’y prépare.

Négoce – Vous fêtez les 350ans de Saint-Gobain ce mois d’octobre. Quel sentiment éprouvez-vous ?

Pierre-André de Chalendar – Très peu d’entreprises dans le monde peuvent fêter leurs 350 ans. C’est unique, et nous en sommes extrêmement fiers. L’histoire de Saint-Gobain a forgé notre identité. Ce qui a fait que l’entreprise a pu traverser les siècles, c’est que nous avons toujours cherché à nous réinventer. C’est donc un Saint-Gobain tourné vers l’avenir que nous fêtons en 2015, car nous voulons être là les 350 prochaines années. Nous sommes déjà en train de vivre une nouvelle révolution : le numérique. Avec elle, la frontière entre les professionnels et les particuliers va s’estomper, et l’utilisateur final de nos produits va vouloir, de plus en plus, jouer un rôle dans le choix des matériaux, dans la conception même de nos produits.

Comment résumeriez-vous votre stratégie ?

P.-A. de C. – Pour nos 350 ans, nous avons conçu des pavillons éphémères qui ont parcouru le monde. Nous y donnons notre vision de ce qu’on appelle les « Sensations futures » avec, en filigrane, la notion de confort. J’ai orienté toute la stratégie de Saint-Gobain sur l’habitat, un habitat durable et confortable. C’est pour cela, par exemple, que je préfère la notion de « confort thermique » à celle d’économies d’énergie. Mais le confort est une réalité plus large, qui englobe l’acoustique, le visuel et la qualité de l’air. Nous évoquons ces sujets dans ces pavillons et livrons une idée de ce que pourra être l’habitat du futur. Nous renforçons notre image et l’identité de Saint-Gobain à travers la pluralité de nos métiers. Nous avons fait évoluer le groupe d’une logique de produit à une logique de marché, et nous nous organisons de plus en plus autour de cette notion de confort dans l’habitat. À mes yeux, c’est un thème extrêmement porteur.

Fin 2014, vous aviez annoncé la prise de contrôle de Sika pour 2015. Qu’implique le retard pris dans ce projet pour le groupe ?

P.-A. de C. – Nous nous sommes donné du temps, mais cela ne change rien à notre détermination. Je ne voulais pas faire d’OPA : la justice suisse a confirmé que nous avions raison sur ce point, et même plus tôt que ce que je pensais. Nous devons avoir l’aval des autorités de la concurrence dans différents pays et attendons les dernières décisions dans les semaines à venir. Celle de la Commission européenne a été très importante, car elle a confirmé que Weber et Sika ne sont pas concurrents, contrairement à ce que Sika prétend pour s’opposer à cette transaction. Enfin, nous acquérons la majorité des droits de vote, ce qui justifie le prix que nous payons. S’il s’avère que nous ne pourrons pas les exercer, nous ne sommes pas forcés d’acheter. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que les membres indépendants du conseil d’administration de Sika pourraient se mettre dans l’illégalité en limitant les droits de vote [NDLR : du holding familial SWH]. Il ne me paraît pas impossible qu’ils changent d’avis, étant donné qu’ils engagent leur responsabilité personnelle. Mais Saint-Gobain ne va évidemment pas acheter tant que nous ne sommes pas assurés de pouvoir exercer les droits de vote. La famille à qui nous voulons acheter a le temps, nous aussi.

Prévoyez-vous d’autres acquisitions de ce type ?

P.-A. de C. – Non, plutôt des acquisitions petites et moyennes. J’ai trois priorités en la matière : des technologies adjacentes ou complémentaires ; des opérations dans les pays émergents, soit en croissance interne avec des ouvertures d’usines soit en rachetant des entreprises ; enfin, la consolidation de nos points forts. Dans la distribution, nous avons encore des possibilités importantes de nous développer. Notre stratégie consiste à nous concentrer dans les pays...

Vous lisez un article de la revue Negoce n° 411 du 14/10/2015
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