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« Augmenter les tarifs de l’eau dégagerait des capacités d’investissement colossales »

Mots clés : Coûts et prix

Questions à Alain Grizaud, président des Canalisateurs de France.

Un modèle français de l’eau qui se tarit, des maîtres d’ouvrage prudents à l’excès, des canalisations qui vieillissent de manière inquiétante… A la veille de l’assemblée générale des Canalisateurs de France, qui se tiendra le 16 juin, leur président Alain Grizaud fait le point sur l’actualité du secteur.

Comment les canalisateurs traversent-ils 2015 ?

Nous sommes au même régime sec que toutes les spécialités des travaux publics. Au 1er trimestre, l’activité a encore reculé, même si les carnets de commandes semblent s’être stabilisés à bas niveau. En attendant, nombre d’entreprises appliquent le chômage partiel, et les prix sont toujours trop bas.

Pourtant le renouvellement des réseaux dispose de ressources dédiées. Vous ne devriez donc pas faire les frais de la crise de financement des collectivités ?

C’est exact. La France promeut un modèle où l’eau paie l’eau. Les renouvellements des réseaux d’eau et d’assainissement figurent sur des budgets spécifiques, alimentés par la facture payée par les usagers. Nous ne devrions donc pas être impactés par la baisse de dotations de l’Etat. Mais elles nous touchent en fait indirectement. Dans cette période d’incertitude, beaucoup de collectivités préfèrent garder les fonds en caisse, parfois plusieurs millions, au cas où. Elles devraient pourtant les utiliser pour renouveler les réseaux. En attendant, ceux-ci continuent de se dégrader de manière très préoccupante.

Le taux de renouvellement des réseaux est-il trop faible ?

Le taux de renouvellement annuel des réseaux d’eau est aujourd’hui de 0,6 %, c’est-à-dire qu’une canalisation n’est renouvelée en moyenne que tous les 180 ans ! Un milliard de m3 d’eau potable est perdu chaque année, et je ne parle pas des pertes d’eaux usées, non estimées, mais probablement bien plus élevées, avec des risques de pollution à la clé. Il faudrait atteindre un taux de 1 %, le minimum pour stabiliser l’état du réseau, ce qui représente 1 à 1,2 milliard d’euros supplémentaires.

Quelles pistes proposez-vous pour trouver cet argent ?

Il faut d’abord augmenter le tarif de l’eau. Le modèle français a été bâti sur l’hypothèse que la consommation d’eau augmente chaque année. Or celle-ci a diminué de 4 % ces dix dernières années, et la tarification n’a quasiment pas évolué. Si bien qu’aujourd’hui, l’eau n’est pas au bon prix. Il suffirait d’augmenter les tarifs de quelques centimes pour dégager des capacités de financement colossales. Mais les Français ont été habitués à payer leur eau à bon marché. Les décideurs doivent avoir le courage politique de mettre fin à cette situation.

La réforme territoriale en cours peut-elle être vertueuse ?

Notre pays compte 36 000 communes et presque autant de services de l’eau ! La réforme territoriale devrait promouvoir leur mutualisation. C’est une bonne chose, mais il faut qu’elle se fasse de manière obligatoire et équilibrée.
Les mailles territoriales doivent donc être à la bonne échelle, et il faut s’assurer que les communes les plus riches ne s’associent pas entre elles, au détriment des plus pauvres, ce qui aggraverait encore la fracture entre urbain et rural.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur www.lemoniteur.fr/canalisateurs

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