Architecture Technique Canalisations

Audit géant sur 7 500 km de réseau d’adduction d’eau

Sur la côte ouest de l’Inde, la capitale économique Mumbai rêve de pouvoir s’approvisionner en eau en continu. Pour ce faire, un plan précis des canalisations et des fuites à réparer est établi.

L’alimentation en eau de Mumbai, la capitale économique de l’Inde (21 millions d’habitants), est assurée par sept lacs artificiels situés à une centaine de kilomètres. L’été 2015 ayant été avare en précipitations, la municipalité scrutait ce printemps le niveau des barrages avec nervosité : le stock pouvait tenir jusqu’à fin juin seulement. Il faut dire que 50 % de l’eau disparaît dans le sol à cause des fuites sur le réseau, trois fois plus que dans une ville française.

Identifier et réparer.

La Ville a donc décidé, sur son périmètre stricto sensu (12 millions d’habitants), d’identifier les fuites et de les réparer. En juillet 2014, elle a confié à Suez India une mission de services consistant à améliorer la gestion de la ressource, à relever le niveau de qualité de l’eau et à assurer une meilleure durabilité des 7 500 km de réseau, dont l’essentiel remonte à l’occupation britannique. « La finalité est d’arriver à distribuer l’eau en continu, ce qui n’existe actuellement dans aucune ville en Inde, explique Christophe Anselme, directeur général de Suez India. Pour le moment, le réseau est divisé en 280 zones hydrauliques desservies chacune trois ou quatre heures par jour. Cela représente 800 vannes à actionner quotidiennement, avec tous les chocs que cela peut provoquer sur les canalisations. »

Les équipes travaillent actuellement dans deux quartiers pilotes du nord de Mumbai, au milieu des voitures et des camions. Composées de 250 personnes, elles établissent le plan des tuyaux au 1/200e, avec une précision de 10 cm, en utilisant un courant électrique. Cette première étape permettra d’établir un modèle hydraulique capable de calculer le débit et la pression en tout point, et de planifier par la suite d’éventuels travaux.

Colmater pour améliorer la qualité de l’eau.

La deuxième étape consiste à colmater les fuites. Un gaz est injecté dans le réseau. S’il se diffuse dans le terrain, sa détection indique l’emplacement d’un trou ou d’une fissure que la municipalité viendra alors réparer. Il est important d’intervenir pour réduire les pertes, mais aussi pour améliorer la qualité de l’eau. L’alimentation intermittente favorise en effet les infiltrations dans le réseau d’adduction, par pénétration d’eaux usées notamment.

A la fin des opérations, des vannes stratégiques de régulation, d’un diamètre pouvant atteindre 500 mm, seront posées. Au lieu d’envoyer beaucoup d’eau sur des séquences de quelques heures, elles en enverront moins, mais plus longtemps. « En théorie, il y a assez d’eau pour tout le monde… sous réserve que le problème des bidonvilles soit résolu », précise Alexia Michels, l’hydrogéologue en charge de cette question. En effet, à Mumbai, 60 % de la population vit dans des « slums » (bidonvilles) qui n’étaient jusqu’ici pas pris en compte dans les calculs, d’où un gros travail d’ingénierie sociale à mener. Suez India est d’ailleurs chargé de former les personnels qui géreront le réseau à l’avenir, et de mettre en place un centre d’appels, afin que les habitants alertent la ville en cas de fuite. A terme, Mumbai pourrait bénéficier de 5,2 millions de mètres cubes par jour, au lieu de 3,8 millions actuellement.

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«Nous avons détecté en moyenne 2,5 fuites par kilomètre»

Stéphane Bessadi, directeur des opérations de Suez India.

Quel est le sens de votre intervention sur la ville ?

Les habitants de Mumbai consomment 150 litres d’eau par personne et par jour, comme à Paris. C’est une moyenne et il y a d’énormes disparités entre les beaux quartiers et les bidonvilles. Nous sommes en phase de test et en septembre, après la mousson, nous opérerons dans toute la ville. A la fin du processus, il faudra que le réseau puisse assurer l’adduction d’eau en continu.

Quelle est la nature des fuites ?

A ce jour, nous avons examiné 200 km de réseau et détecté 2,5 fuites par km en moyenne, au mètre près. On estime qu’il y a à peu près 60 % de pertes physiques dues à un tuyau mal posé, à un remblai comportant trop de cailloux, ou à un coup de bélier qui a été fatal.
Le reste, ce sont des pertes commerciales, telles que des branchements illégaux sur le réseau, des connexions non enregistrées par la mairie, des absences de compteur…
Nous réalisons un véritable audit qui s’apparente à un travail de fourmi, mais la méthode est efficace, car elle est industrialisée.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Lorsque nous préconisons une réparation, il est très compliqué d’ouvrir la chaussée à cause des associations de riverains, auxquelles la municipalité délègue la gestion de la voirie.
Les habitants ont du mal à comprendre que les problèmes d’alimentation proviennent des fuites, dès lors que celles-ci sont invisibles au niveau du sol. Nous devons fournir un gros travail d’information au public.

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Maître d’ouvrage : Municipal Corporation of Greater Mumbai (MCGM). Conseil et maîtrise d’œuvre : Suez India. Travaux : entreprises locales. Montant du contrat : 50 millions d’euros. Durée : 5 ans.

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Etat du réseau - Détection des fuites à l’hélium

La localisation des fuites ne peut intervenir que lorsqu’il y a de l’eau dans le tuyau, ce qui suppose de connaître les créneaux horaires d’alimentation, puisque celle-ci est intermittente. « Globalement, la pression est assez basse et 80 % des fuites sont invisibles », souligne Abhijit Das, responsable de la détection et de l’organisation des réparations. En France, la pression tourne autour de 4 bars. A Mumbai, elle est comprise entre 0,5 et 0,7 bar. D’où l’idée développée par Suez d’injecter de l’hélium dans le réseau. L’intervention dure vingt minutes sur des sections de 3 km. Le gaz se dissout dans l’eau et, deux jours après, une camionnette équipée d’un spectromètre de masse vient mesurer la concentration en hélium dans le sol. Des trous sont pratiqués à la perceuse tous les 5 m dans la chaussée, à la verticale de la canalisation, pour permettre l’aspiration du gaz. « Si on dépasse les 5 ppm d’hélium habituellement présents dans l’air, c’est qu’il y a une fuite, le niveau de concentration permet alors de déterminer la taille de celle-ci », indique Abhijit Das.

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Cartographie - Repérage des canalisations par champ magnétique

A Mumbai, la pollution sonore est telle que même la nuit, la détection acoustique des canalisations enterrées est impossible. Le repérage du réseau est donc effectué à l’aide d’un courant électrique. Les tuyaux étant généralement situés à 1,50 m de profondeur, il est assez facile d’y accéder depuis un regard. Par chance, ils sont presque exclusivement en fonte et en acier. On fait passer le courant en amont dans le tuyau et, au niveau de la rue, on repère le champ magnétique induit au moyen d’un radiodétecteur qui reconnaît la fréquence. Le réseau est alors redessiné au fur et à mesure dans un système d’information, avec tous les clients qui y sont raccordés, grâce à des enquêtes de porte à porte. C’est comme un cadastre, dont les points de référencement correspondent aux stations du réseau d’adduction.

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