Territoires Somme

Au fil de l’eau, la renaissance des maisons éclusières

De l’Aisne à la Manche, le fleuve qui a donné son nom au département de la Somme étire ses paysages remarquables sur 245 kilomètres. Depuis 2009, le projet Vallée de Somme, porté par le conseil départemental, fait de la mise en valeur de ce patrimoine naturel d’exception un levier d’attractivité pour tout le territoire. 25 millions d’euros ont été engagés par la collectivité dans l’aménagement des 120 kilomètres qui séparent Péronne de Saint-Valéry, en baie de Somme. Et cette voie d’eau qui avait perdu de son intérêt en termes de transport est en train de retrouver une seconde jeunesse avec la plaisance et le tourisme itinérant (à vélo notamment). Les Maisons de la Vallée constituent, avec la véloroute Vallée de la Somme, un des axes structurants de ce plan de développement. Après un concours ayant suscité plus de 60 candidatures, la restauration de six maisons éclusières en pôles d’activités touristiques multiservices, à Frise, Froissy, Eclusier-Vaux, Lamotte-Brebière, Ailly-sur-Somme et Long, a été confiée par le syndicat mixte Baie de Somme 3 Vallées à l’agence d’architecture amiénoise Deprick et Maniaque.

Interventions non ostentatoires.

Le cahier des charges indiquait que « les projets architecturaux devaient à la fois respecter le caractère ancien de ces maisons traditionnelles et s’inscrire dans la modernité en privilégiant l’utilisation de matériaux contemporains », précise Claire Blin, chef de projet Vallée de Somme. « Pour définir une ligne éditoriale d’un site à l’autre, notre réflexion s’est nourrie de la topologie et du paysage, explique le maître d’œuvre Jean-Louis Maniaque. Notre challenge était de redonner vie à ce patrimoine dans une écriture nouvelle, en intervenant de manière non ostentatoire et dans une attitude sensible et surtout de retrait par rapport au milieu. »

Inox froissé et haies plessées.

Les maisons éclusières revisitées s’imposent aujourd’hui dans « une architecture expressive tirant parti de l’eau, de la fluidité, du ciel et du paysage », selon les propres termes de l’architecte. Aux réhabilitations très subtiles des bâtiments existants – parfois même laissés dans leur état originel – s’ajoutent désormais des structures neuves offrant des services d’accueil, d’information, d’animation, de restauration, de location de vélos, de barques ou de bateaux électriques, voire d’hébergement. C’est, par exemple, le cas à Long, future maison du Parc naturel régional Baie de Somme Picardie maritime : une extension légère en métal et en verre permet au paysage d’entrer dans l’architecture et, inversement, au bâti d’offrir un cadre au paysage. De même, à Frise, commune qui accueillit l’écrivain Blaise Cendrars durant la Grande Guerre, le patchwork de briques qui habille la structure d’origine contraste avec l’extension d’acier. L’emploi de l’Inox froissé et l’implantation de haies plessées évoquant l’esprit des jardins vivriers et maraîchers qui bordaient en leur temps cet axe fluvial, assurent une continuité entre les six sites retravaillés. « L’Inox froissé renvoie non pas le reflet de l’environnement, mais le déforme pour lui conférer un nouveau contexte poétique », souligne Jean-Louis Maniaque.

Sur les rives du fleuve samarien, dont la palette lumineuse inspira le peintre Alfred Manessier, la vie reprend petit à petit son cours entre histoire et modernité.

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