Enjeux

« Artelia propose aujourd’hui des projets clés en main»

Benoît Clocheret, directeur général de l’ingénieriste Artelia, dévoile au « Moniteur » sa stratégie de développement.

Alors que le BTP ne voit pas encore la reprise, quelles sont vos perspectives ?

Elles sont très encourageantes ! Après avoir connu la croissance en 2014, nous espérons approcher les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, en améliorant encore notre résultat opérationnel, qui avait crû de plus de 8 % en 2014 pour atteindre 15,6 millions d’euros. Les prises de commandes sont quant à elles à un bon niveau, y compris en région. Nous sommes donc confiants pour 2016.

Comment comptez-vous soutenir cette croissance ?

En suivant rigoureusement les trois axes stratégiques que nous avons définis à l’horizon 2020. Le premier consiste à défendre et conforter notre position de leader de l’ingénierie indépendante en France, dans un contexte budgétaire complexe pour les collectivités. Tout comme dans le domaine de l’eau, nous sommes présents dans le bâtiment sur tous les segments, sachant que notre technicité et notre valeur ajoutée s’expriment pleinement sur les projets de grande ampleur, que ce soit en termes de taille ou de complexité : IGH, hôpitaux, centres commerciaux, hôtellerie de luxe ou data centers en sont quelques exemples.

Qu’en est-il du génie civil et des infrastructures ?

Cela n’est peut-être pas aussi visible que sur d’autres métiers, mais nous sommes présents de longue date dans les infrastructures de transport, notamment ferroviaires, et nous renforçons chaque année notre position sur ces métiers. Nous sommes, à titre d’illustration, mandataires d’un groupement d’assistance à maîtrise d’ouvrage générale des lignes 15 et 17 pour la Société du Grand Paris, et avons récemment gagné la modernisation et l’extension du tram de Caen. Les marchés du Grand Paris apportent une dynamique très puissante, qui, espérons-le, sera elle-même stimulée par les candidatures aux Jeux olympiques de 2024 et à l’Exposition universelle de 2025. Sur le plan ferroviaire, nous nous positionnons aussi sur les accords-cadres en cours de renouvellement avec la SNCF.

Quelle est votre stratégie à l’international ?

Aujourd’hui, l’international représente un tiers de notre volume d’activité. Nous voulons tendre vers un équilibre à 50-50, c’est notre deuxième axe de développement. Ce n’est pas une obsession mais un horizon. Nous sommes implantés depuis longtemps en Europe et en Afrique. Sur ces continents, nous comptons nous développer là où nous avons des filiales bien structurées pour qu’elles continuent leur implantation sur leurs marchés nationaux. Le développement à l’international a comme pilier la croissance organique – à Dubai par exemple, notre bureau créé il y a douze ans compte aujourd’hui 200 collaborateurs – mais il passe aussi par la croissance externe. Le rachat d’entreprises locales est un formidable accélérateur de présence et de notoriété dans un pays donné.

Quel est votre troisième axe de développement ?

Très clairement l’innovation, une thématique constitutive de notre groupe. Nous avons à Grenoble notre propre laboratoire de modélisation physique sur plus de 10 000 m2, qui est de renommée mondiale, et nous consacrons 3 % de notre chiffre d’affaires annuel à l’innovation et à la recherche – ce qui est très important. Nous sommes persuadés que c’est le meilleur moyen de créer l’avantage compétitif de demain. Chez Artelia, l’innovation prend plusieurs formes. Elle peut être scientifique, comme dans notre laboratoire hydraulique, mais elle sait aussi apporter une vision globale. C’est notamment le cas du simulateur de ville durable que nous avons créé, en consortium avec des partenaires, pour la ville de Santiago du Chili. Ce « modélisateur » est à la fois un formidable outil d’aide à la décision pour la municipalité et un bon moyen de mettre en valeur et de vendre les savoir-faire des entreprises françaises. D’autant qu’il a pour base la maquette numérique…

… qui est un sujet fort d’innovation chez Artelia ?

Oui, même si le BIM est davantage pour nous un sujet de développement qu’un sujet « émergent ». Nous l’avons pris à sa naissance en France. Nous menons plusieurs dizaines de projets avec le BIM, dont des projets « BIM native » pour des data centers, et pas seulement pour le bâtiment. Nous réalisons sous BIM des ouvrages de génie civil comme des réservoirs, des stations de pompage et demain, j’espère, des usines complètes.

Etes-vous capable de proposer des projets « clés en main » ?

Nous intervenons sur l’ensemble de la chaîne de valeur des métiers de l’ingénierie et du management de projet. Cette maîtrise globale nous amène effectivement aujourd’hui à proposer des projets « clés en main » en tant que mandataire d’un groupement de conception-construction ou d’un contrat de promotion immobilière, tout comme le ferait un promoteur immobilier ou un constructeur. Nous visons des opérations jusqu’à 20 à 30 millions d’euros, dans le bâtiment mais aussi dans l’industrie ou les infrastructures, par exemple dans les métiers de l’éolien.

Que pensez-vous des contrats globaux ?

Je ne suis pas dogmatique. Chaque modèle contractuel a sa place, à partir du moment où il répond le mieux à une situation donnée. Je suis simplement attaché à ce que l’ingénierie contribue pleinement à la valeur ajoutée d’un projet par sa capacité créative, l’innovation qu’elle apporte, les méthodologies qu’elle propose et par son indépendance de jugement qui permettent au final une optimisation des coûts pour l’ensemble des parties. Dès l’instant qu’un contrat global permet cette expression de notre métier, j’y suis favorable.

Ressentez-vous la concurrence « déloyale » à laquelle se livrent certains conseils départementaux ?

Oui, une forme de concurrence biaisée, parfois de manière sournoise. La grande majorité des ingénieries, même les plus grandes en termes d’effectifs, travaillent sur des projets de taille petite à moyenne (moins de 50 000 euros d’honoraires). C’est sur ces opérations que les agences d’ingénierie départementales peuvent exercer une concurrence que nous estimons déloyale, car sans mise en concurrence ou sans prise en compte de l’intégralité des coûts dans les bases de calcul de prix de revient (par exemple, les assurances). C’est un vrai sujet de préoccupation. Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : sur les six dernières années, les effectifs d’ingénieurs dans les collectivités locales ont augmenté de 150 % !

Pouvez-vous vous passer de ces « petits » projets ?

Non ! Artelia possède plus de quarante agences réparties sur tout le territoire. Pour nourrir ce tissu régional, il faut une granulométrie de projets très large, des plus petits aux plus grands. C’est aussi le reflet de la réalité du marché des investissements en France : quelques opérations phares, essentielles, mais aussi un immense ensemble de petites opérations correspondant tout simplement aux besoins et attentes de beaucoup de nos clients. Pour assurer la solidité économique de notre entreprise, il faut maintenir cet équilibre entre les tailles de projets.

Constatez-vous une baisse des honoraires ?

Les prix sont extrêmement tendus. Nul ne conteste qu’un client mène des négociations rigoureuses avec les candidats à un marché. Mais notre message sans relâche est d’appeler à la mieux-disance, qui permet de concilier de manière juste les objectifs techniques et financiers. Et globalement de promouvoir les meilleurs, pas les moins chers, ce qui est essentiel pour l’avenir des métiers de l’ingénierie et de la construction en général. De notre côté, nous sélectionnons avec soin les opérations sur lesquelles nous nous positionnons.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur Retrouvez l’intégralité de l’interview sur www.lemoniteur.fr/artelia

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