Métier

Argiwest, le caillou dans les souliers des cimentiers

Mots clés : Lieux de travail - Produits et matériaux

La start-up vendéenne veut industrialiser une technologie pour remplacer le ciment Portland par de l’argile.

Faire du béton sans ciment, sans sable marin, sans cuisson et seulement avec de l’argile, c’est le pari de la start-up Argiwest. Basée à Chaillé-sous-les-Ormeaux, non loin de la Roche-sur-Yon (Vendée), cette société a développé une technologie, dénommée HP2A pour « haute performance d’activation alcaline ». Brevetée il y a un an, celle-ci permet de retransformer l’argile en pierre. La recette exacte de ce nouveau matériau de construction « bas carbone » est le secret bien gardé de Julien Blanchard et David Hoffmann. Le premier a fondé Argiwest et dirige la société d’enduits et produits à base d’argile Argilus. Le second, son associé dans le projet HP2A, est ingénieur spécialisé dans la chimie des liants minéraux à l’origine du procédé qui permet de créer cette matière aussi solide que le béton à partir d’argile.

Tout juste apprend-on que ce « liant de nouvelle génération se base sur la voie scientifique de l’alcalinisation de la matière, en opposition à la recristallisation du ciment », décrit Julien Blanchard. Selon l’entrepreneur, les performances techniques de l’HP2A flirtent avec celles des matériaux traditionnels sur le plan mécanique (45 MPa) et les dépassent même en termes de délai de compression, de tenue au feu et de durabilité.
Aujourd’hui, la start-up Argiwest entre dans une phase préindustrielle. D’ici au printemps 2017, la société devrait investir dans la construction d’une unité de production au sud de La Roche-sur-Yon pour fabriquer les premières tonnes de son liant présenté comme révolutionnaire. « Nous visons les ouvrages non structurels au début mais nous avons des ambitions plus fortes sur le long terme », assure Julien Blanchard. Argiwest veut imposer HP2A comme une alternative au ciment, d’abord par le biais de quatre applications : les colles, les mortiers, les liants pour béton prêt à l’emploi et les liants pour agromatériaux tels que les panneaux isolants à base de fibres végétales.

Bilan carbone plus vertueux.

Selon Julien Blanchard, qui imagine une destinée mondiale pour son innovation, l’argument écologique fait son chemin chez les professionnels du bâtiment. « A prix identique voire inférieur à celui du ciment Portland, nous offrons un bilan carbone bien plus vertueux grâce à une technologie qui limite fortement la production de CO2, jusqu’à 20 fois moins pour une tonne produite », argumente-t-il.

La start-up jouit d’un capital de 400 000 euros, alimenté par de mystérieux actionnaires anonymes proches du secteur des matériaux de construction. « Ils croient à cette rupture technologique industrielle », soutient Julien Blanchard, pour qui HP2A est « une première brèche ouverte dans la situation de monopole des majors cimentiers ». La technologie a pour l’instant au moins séduit un certain Emmanuel Macron, en visite sur le site d’Argilus alors qu’il était ministre de l’Economie, au mois d’août. L’homme politique avait annoncé la candidature du pilote industriel HP2A au Programme d’investissements d’avenir du gouvernement permettant à des entreprises innovantes de bénéficier d’un soutien financier.

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2015 Création.
Printemps 2017 Construction d’un pilote industriel.
400 000 € Capital actuel de l’entreprise.

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L’avis de l’expert

« Trouver une alternative au ciment dans la construction est un enjeu de recherche majeur aujourd’hui. Le procédé développé par cette entreprise peut donc aboutir à une véritable rupture technologique. Si Argiwest parvient à l’industrialiser, ce serait une avancée formidable sur le plan environnemental. Je suis confiante sur les performances mécaniques des géopolymères, notamment ceux à base d’argile, mais les performances en termes de durabilité restent encore à prouver : des études dans ce domaine sont en cours. »

Rachida Idir, chargée de recherche au Cerema Ile-de-France

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