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Architecte obstinée, écologiste militante

Mots clés : Architecture

Infatigable défenseure d’une architecture responsable et humaniste, Françoise-Hélène Jourda s’est éteinte ce 31 mai.

C’était avant tout une silhouette svelte, presque frêle, un regard bleu limpide, une chevelure couleur de neige et une voix flûtée, grave parfois, aux inflexions persuasives. Françoise-Hélène Jourda, disparue ce 31 mai à l’âge de 59 ans, était une femme de conviction. Elle avait mis son énergie combative, communicative et, semblait-il jusque-là, inépuisable, au service d’une architecture responsable, respectueuse à la fois des dimensions économique, sociale, environnementale – mais surtout humaine – du développement durable.

Diplômée en 1979, elle n’avait pas cessé d’enseigner depuis lors, en France et en Europe : écoles d’architecture de Lyon, puis de Saint-Étienne ; école d’architecture d’Oslo (Norvège), université du Minnesota (Etats-Unis), Polytechnic of Central London (Grande-Bretagne), université technique de Kassel (Allemagne) et, depuis 1999, à l’université technique de Vienne (Autriche) où elle était directrice de l’institut de « Spatial Design » et titulaire de la chaire.

Grenelle de l’environnement.

Aux côtés de Gilles Perraudin, avec qui elle restera associée jusqu’à la fin des années 1990, elle signe, notamment, le bâtiment de l’école d’architecture de Lyon (1987), la Cité scolaire internationale (Lyon, 1989) et la halle pour l’académie de formation du ministère de l’Intérieur, à Herne-Sodingen, en Allemagne (1999). Plus près de nous, au sein de Jourda Architectes Paris (JAP), elle avait imaginé le musée du Jardin botanique de Bordeaux (2007) et l’imposante restructuration-rénovation de la halle Pajol à Paris (XVIIIe), inaugurée fin 2013. Commissaire de l’exposition « Jeu prospectif pour un projet de ville durable » du pavillon français de la biennale de Venise 2004, elle était la seule architecte présente lors de l’élaboration du « Grenelle de l’environnement » auprès de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie, à partir de 2007. Récompensée cette même année par les Global Award for Sustainable Architecture lors de leur création, elle avait également été reçue chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur en juillet 2009.

« L’architecture doit contribuer à créer un monde meilleur », affirmait-elle au « Moniteur » en 2005, en plaidant pour un retour aux fondamentaux de la discipline : « un lieu, une géographie, un climat, une culture ». Et d’ajouter : « L’architecte n’est pas un simple sachant technique, il doit défendre une position culturelle et sociale. Il recouvrera son autorité s’il cultive sur le développement durable un savoir et une vision que ne possèdent pas ses autres partenaires. » Des propos qui n’ont rien perdu de leur acuité. Quelques années plus tard, en 2013, la même Françoise-Hélène Jourda regrettera que ce développement durable soit « si peu présent, de manière systématique et approfondie, dans le champ de la pensée architecturale et constructive, en neuf ou en rénovation ». Ennemie de la frilosité, elle déplorait aussi que « la volonté politique marque le pas ». Dans un monde de l’architecture où règne, quoi qu’on en dise, une certaine domination masculine, elle avait su imprimer sa marque par son exigence, sa rigueur, sa constance et sa détermination. C’était un esprit libre, une femme lumineuse et droite. C’était Françoise-Hélène Jourda.

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