Architecture et urbanisme Equipement

Anglet s’offre un nouveau théâtre anguleux

Mots clés : Architecte - Bois - Manifestations culturelles - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

« Un paysage de bois qui se parcourt » : ainsi les architectes Isabel Hérault et Yves Arnod décrivent-ils le nouveau théâtre d’Anglet (Pyrénées-Atlantiques) avec son impressionnante salle de 800 places.

Un peu à l’étroit entre ses grandes sœurs nommées Bayonne et Biarritz, la Ville d’Anglet (Pyrénées-Atlantiques, 39 000 habitants) s’est récemment équipée d’un impressionnant bâtiment-sculpture unitaire, taillé sur mesure par le duo d’architectes parisiano-grenoblois Isabel Hérault et Yves Arnod, au terme d’une gestation agitée. La création de cet équipement remonte en effet à 2002, lorsque l’équipe municipale alors en place lance un concours de maîtrise d’œuvre remporté par le bandolais Rudy Ricciotti. Mais en 2008… Coup de théâtre ! Changement de majorité, abandon du projet initial, remise à plat complète du programme, choix d’un nouveau site d’implantation en centre-ville et nouveau concours remporté cette fois-ci par l’équipe Hérault-Arnod, de sérieux spécialistes des lieux musicaux. Désormais installé près d’une médiathèque néobasque typique des années 1980 et proche d’une villa cossue du XIXe siècle aujourd’hui reconvertie en crèche, le Quintaou prend ses aises au cœur du quartier Saint-Jean, l’un des plus vivants d’Anglet.

Au cœur bat la grande salle

Et alors que le dossier du concours suggérait avec insistance une implantation dans la partie haute du terrain, les architectes ont choisi d’ancrer leur projet au niveau le plus bas. Ainsi, le bâtiment ne dépasse pas le faîtage de la villa-crèche voisine et propose un accès direct à sa scène depuis la rue, avec une hauteur sous gril conforme aux exigences du programme. Largement ouverte sur la ville et ses publics, la « machine à spectacles » enroule ses différents espaces autour de son cœur constitué par la grande salle. Le hall d’entrée, généreusement vitré, met en scène un bar-restaurant ouvert au public à toute heure. Protégé en partie par le porte-à-faux du foyer de l’étage, le parvis du théâtre peut accueillir des spectacles et événements extérieurs. Point sensible pour le bon fonctionnement du lieu, l’accès poids lourds pour la livraison des décors et instruments est discrètement aménagé sur la rue, de plain-pied. Les véhicules accèdent dans une cour couverte et fermée par un portail ajouré en bois, et disparaissent ainsi de la vue et de l’espace public. Cette aire de livraison ouvre directement sur les locaux de stockage de l’arrière-scène et sur la scène, l’ensemble se situant au même niveau.
Une petite salle de création/répétition, également desservie par cette cour, jouxte la grande salle. Equipée d’un accès indépendant, elle peut être utilisée de manière autonome.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : mairie d’Anglet. Maîtrise d’œuvre : Hérault-Arnod, architectes mandataires. BET : Forgue (économiste), Batiserf (structure), Inex (fluides), Lasa (acoustique), Ducks (scénographie), Franck Tallon (graphiste). Principales entreprises : Exedra (VRD), Altuna y Uria/Cance (structure), DL Pyrénées (étanchéité, façade, surtoiture), Spie (chauffage, ventilation, plomberie), Caire (serrurerie scénique), Audiotel (audiovisuel, éclairage). Surface : 3 608 m2 Shon. Coût des travaux : 9,45 millions d’euros HT, scénographie et extérieurs compris.

ENCADRE

1% artistique - Des slogans graphiques tagués sur les murs du café

« T’as un ticket ? », « Ce soir, c’est Grand soir », « Joue là comme Beckett » : ce sont quelques-uns des « slogans graphiques » que le plasticien Franck Tallon a fait apposer sur les murs du bar-restaurant du Quintaou. Un 1 % artistique conçu en étroite relation avec les architectes, qui puise son inspiration dans la signalétique de l’espace urbain et la manière dont les villes nous parlent. « Je me suis constitué une bibliothèque de phrases, mots et idées, qui sont devenus le ferment de mon projet », explique Franck Tallon. De là, cette matière première est traitée graphiquement de manière à former un « nuage de brèves, de slogans, de confidences » entrechoqués qui habillent les murs à la manière d’un tatouage. Les inscriptions sont effectuées en peinture à lettres, manuellement, « pour donner un caractère rare à la réalisation et souligner la noblesse du geste et du savoir-faire de l’artisan », explique encore le graphiste. La couleur rouge choisie se veut une évocation des maisons et frontons peints du Pays basque, autant que des rideaux publicitaires des cinémas d’autrefois. En raison de sa densité – plus de 200 inscriptions – lecture et déchiffrages s’effectueront au gré des visites et alimenteront la conversation des consommateurs.

ENCADRE

Grande salle - Visibilité et acoustique optimales

Avec ses 800 places et son plan asymétrique, la grande salle allie compacité, meilleure visibilité en tout lieu, fluidité des accès et qualité sonore. Un objectif primordial pour un lieu dévolu au théâtre autant qu’à la musique naturelle ou amplifiée. Les spectateurs se répartissent entre le parterre (450 places) et la « bergerie » devant la scène (350 places), une zone délimitée par un ressaut de la salle qui favorise les réflexions précoces du son, facteur d’intelligibilité et de clarté. Le profil du plafond intègre dans sa forme les passerelles techniques dont l’une, à l’aplomb de la bergerie, permet l’installation d’un rideau de réduction de jauge. Les parois latérales s’habillent de modules losangiques en relief. Ces écailles en médium, préfabriquées en atelier, sont orientées selon les préconisations de l’acousticien. Fermées en partie basse pour les réflexions au niveau de la tête des spectateurs, elles s’ouvrent progressivement en gagnant de la hauteur. Un système de tentures peut se déployer à l’arrière, ce qui permet de moduler l’absorption globale de la salle sans modifier en rien son aspect visuel.

ENCADRE

Enveloppe - Un origami de Red Cedar en manteau des quatre saisons

Volontiers sculptural par ses dimensions et sa morphologie, le Quintaou, ce « paysage de bois qui se parcourt », est construit comme un savant pliage de plans assemblés qui procèdent du sol pour se déployer dans l’espace. Un principe de composition qui permet au bâtiment de s’adapter à la déclivité du terrain. Manière aussi, pour les architectes, de négocier l’impact en milieu urbain peu dense d’un volume aussi opaque et imposant. Le parement en Red Cedar non traité enveloppe l’intégralité du volume, en façade, en surtoiture, comme en plancher circulable et en gradins. La peau extérieure est réalisée en planches épaisses de bois brut, posées avec des jours irréguliers. Devant les parties vitrées, ces jours se font plus nombreux et plus larges afin de laisser passer la lumière. Le choix de cette essence, opéré en concertation avec la maîtrise d’ouvrage, fait suite à la mise en place in situ, et pendant plus d’un an, d’un échantillonnage de plusieurs bois, traités ou naturels, afin de tester leur comportement au fil du temps.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X