Enjeux

Amiante, vingt ans après

Mots clés : Bâtiment et santé

« Théoriquement, l’ensemble du parc immobilier amianté devrait être décontaminé et réhabilité avant le 1er janvier 2001. » Voici ce que l’on pouvait lire dans les colonnes du « Moniteur » du 10 janvier 1997, année de l’interdiction de l’amiante, il y a bientôt vingt ans.

Sinistre anniversaire. Cet objectif de tout désamianter en quatre ans, déjà jugé utopique à l’époque, est loin d’être atteint – pour certains experts, il faudra encore un siècle. Cette erreur de diagnostic reflète la manière dont le problème de l’amiante a été traité dans nos contrées, de façon irréaliste et en sous-estimant gravement les enjeux.

Si le produit a été interdit si tard, c’est qu’il aurait subsisté des doutes sur sa dangerosité… Allons donc ! Dès le premier siècle de notre ère, Pline l’ancien en constate la nocivité sur des esclaves. Plus près de nous, en 1906, un inspecteur du travail s’inquiète de voir les ouvriers d’une usine de tissage d’amiante tomber comme des mouches.

Et de nouveaux chapitres risquent de venir s’ajouter à cette tragédie. Prenons le cas de l’actinolite, un minerai présent dans certains granulats qui, une fois concassé, peut dégager des fibres ultrafines peut-être aussi dangereuses que les fibres d’amiante. Des granulats potentiellement contaminés pourraient ainsi être présents dans n’importe quel enrobé… mais aussi dans n’importe quel béton ! En somme, l’histoire de l’amiante, c’est un peu comme un diabolique jeu de poupées russes : plus on va dans le détail, plus c’est dangereux, plus on en trouve partout, et plus s’en protéger est onéreux.

Pourquoi ne pas s’être posé ces questions plus tôt ? Dans cette affaire, « l’indifférence de l’ensemble des acteurs, employeurs et pouvoirs publics notamment, est inexplicable », relevaient des sénateurs dans un rapport de 2005. Inexplicable ? Nous nous risquerons pourtant à nommer la cause principale de cette longue apathie. Elle est connue de chacun d’entre nous, et nous l’entretenons avec plus ou moins d’enthousiasme – c’est la même qui acidifie progressivement nos océans et assèche petit à petit nos cœurs : le business à tout prix.

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