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Mots clés : Architecte

« Nous proposons de créer un parlement des architectes »

En juillet 2016, les architectes et urbanistes Christian et Elizabeth de Portzamparc ont été chargés, avec Laurence Tubiana, négociatrice de l’accord de Paris sur le climat, d’un rapport sur l’évolution du littoral Languedoc-Roussillon. Ils présentent leurs principales conclusions.

M. Vous imaginez un territoire en archipel. De quoi s’agit-il ?

Christian de Portzamparc : L’un des enjeux auquel est confronté le littoral, comme d’autres territoires, est celui de l’étalement urbain. Il est crucial de donner une orientation à ces zones intermédiaires qui ne sont ni la ville dense ni la nature. La notion d’archipel consiste à assumer les vides. Il faut inciter à construire là où c’est déjà construit et concevoir les villes, les villages et les quartiers comme des sortes d’îles bâties au sein de la nature. La mission Racine a eu le mérite de préserver d’immenses territoires de beauté. Il ne faut pas dilapider ce

M. Comment mettre en œuvre ce principe ?

Ch. de P. : Notre approche part de l’existant et du local. Nous avons donc proposé la création d’un « parlement des architectes ». Des professionnels de différents horizons partageraient leurs expériences et travailleraient sur un objet commun qui est ce grand territoire. Ils pourraient prédéfinir une charte d’architecture et d’urbanisme applicable au littoral.

M. Quelles en seraient les grandes lignes ?

Elizabeth de Portzamparc : D’abord, l’interdiction absolue de construire sur des zones définies au préalable comme naturelles ou réservées à des usages agricoles. Il faut ensuite fixer des règles adaptées à chaque territoire et proposer des solutions qui respectent les pratiques architecturales locales. Lorsqu’il existe des modèles, comme à Gruissan, il ne faut pas les contredire en parachutant de nouveaux concepts.

Ch. de P. : Ce sera l’objet du travail de ce parlement d’élaborer un certain nombre de doctrines en matière d’urbanisme. Par exemple, retrouver le sens des avenues et des rues, c’est-à-dire la mobilité de proche en proche, rendue parfois difficile par la présence des voies rapides. Retrouver ces liens est important. Cela permet d’éviter les enclaves et rend les territoires plus facilement transformables. La charte pourrait également contenir des principes qui seraient des dénominateurs communs sur des sujets comme le choix des matériaux, l’usage de l’énergie solaire, la façon de traiter la hauteur… Il y aurait ainsi une approche esthétique, écologique et technique particulière aux constructions de ce territoire.

M. Comment requalifier les stations balnéaires ?

E. de P. : Elles ont été conçues à l’origine comme des appendices pour les vacances et non comme de véritables villes fonctionnant toute l’année. Il faut susciter un aménagement, une « densification heureuse », pour qu’elles deviennent des villes capables d’accueillir les quelque 20 000 nouveaux habitants qui arrivent chaque année sur le littoral, tout en absorbant la population touristique saisonnière.

Ch. de P. : L’erreur à éviter serait, pour s’adapter à l’évolution du tourisme à l’échelle européenne, de vouloir créer de nouvelles stations, de profiter de ce qu’il y a de très beaux territoires pour les investir. On abîmerait alors le trésor. Il faut avoir le courage de faire évoluer ou de transformer ce qui existe. Je ne prétends pas que ce soit facile mais les possibilités existent.

M. Quelle identité donner à ce territoire ?

E. de P. : Un fil conducteur existe, c’est la romanité. L’autre élément de l’identité occitane, c’est l’extrême diversité de son patrimoine, qu’il soit culturel ou naturel. Cette richesse est mal connue et peut devenir un formidable vecteur de développement touristique. C’est pourquoi nous proposons la création d’une fondation des arts à ciel ouvert. Il s’agirait d’une série de pavillons, disséminés sur le littoral, sur des sites naturels ou patrimoniaux, et ouverts à toutes formes d’art. Notre idée est qu’il faut aborder le littoral avec une vision globale, sans séparer les sujets comme le tourisme, la nature ou l’aménagement du territoire.

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