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Alain Maugard Ingénieur général des Ponts et Chaussées

Mots clés : Energie renouvelable - Technique de construction - Travail

Le bâtiment au cœur des enjeux de société

Le bâtiment et l’urbanisme sont passionnants. Passionnants, car ils concernent la société, la civilisation urbaine. Il y a de tout dans le bâtiment : des sciences, des techniques et de l’art (l’architecture). Nous connaissons une période formidable pour le bâtiment et l’urbanisme. Il y a eu le grand moment de la reconstruction de l’après-guerre pendant laquelle on a rebâti, étendu des villes, imaginé des villes nouvelles… suivi d’un ralentissement économique qui a donné moins d’horizon à ce secteur. Au point que certains se sont même demandé s’il était bien utile de garder « bâtiment » à l’appellation du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Le bâtiment n’apparaissant plus comme moderne.

Revenus au cœur des enjeux de société

A cette traversée du désert ont succédé deux événements qui ont bousculé la donne : l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication qui continuent aujourd’hui à faire bouger le secteur, et puis la question environnementale. C’est le moment où les pro-environnementaux ont dit qu’on n’allait pas retourner dans la grotte de nos ancêtres, que cela n’était pas honteux d’avoir fait des villes, d’avoir créé un patrimoine architectural… et que la question centrale était de poursuivre notre développement en s’assurant de la compatibilité de ce que nous faisions avec les ressources naturelles dont nous disposions.

Dès lors, au lieu d’être des bétonneurs, nous sommes revenus au cœur des enjeux de société avec cette question de compatibilité entre développement et écologie. Le secteur du bâtiment, qui représente plus de 40 % des consommations d’énergie et presque 25 % des émissions de gaz à effet de serre, est revenu au centre du jeu. Nous avons tous ressenti cette évolution. Et avec elle, nous avons compris que du low-tech (ou no-tech) le secteur était en train de passer au high-tech. Nous en sommes fiers.

Le secteur du bâtiment s’est placé dans un challenge énorme le jour où il s’est engagé à aller vers les bâtiments neufs à énergie positive et vers la réduction des consommations d’énergie du parc existant. Ce n’est pas rien : zéro effet de serre en exploitation d’un bâtiment neuf ! C’est formidable. L’automobile, souvent citée en exemple, n’en est pas là. Les innovations arrivent, les industriels, l’ingénierie et les centres techniques se mobilisent… les acteurs du bâtiment se serrent les coudes. Les belles heures de la construction sont à nouveau devant nous. Cela change tout. C’est un vrai plaisir.

Se serrer les coudes

Nous n’allons pas relever ce défi environnemental sans nous repenser complètement. La mutation profonde des pratiques est indispensable. D’abord, architectes et ingénieurs doivent cheminer ensemble. Le risque étant que l’ingénieur impose des choix techniques qui contraignent l’architecture. Ensuite et concernant les entrepreneurs, le rebrassage des métiers n’en est qu’au début. Le renouvellement de la génération de chefs d’entreprises également. De jeunes garçons ou filles reprennent, par exemple, l’entreprise de leurs parents avec des idées nouvelles de redéfinition et de redélimitation des métiers.

Mais attention, je veux être sûr que tous les acteurs du bâtiment jouent dans la même équipe. Architectes, entrepreneurs, industriels, centres techniques… doivent se serrer les coudes et former le pack pour réussir le formidable challenge qui se présente à eux. Il doit y avoir de l’entraide. Dans ce jeu d’acteurs, le Centre scientifique et technique du bâtiment a sa place comme soutien de l’innovation et de la qualité grâce à son indépendance, à sa compétence, à sa réactivité nouvelle…

Ce n’est pas déchoir que de s’occuper de bâtiment

Ce renouvellement des pratiques doit profiter aux démarches qualité du secteur. Et cela pour les ouvrages, ou comme c’est déjà le cas pour les produits du bâtiment. Les fédérations d’entreprises ont désormais compris qu’on n’échappera pas à cela. Qui aurait parié il y a quelques années sur la réussite des certifications de bâtiments…

Au Centre scientifique et technique du bâtiment, nous avons constaté que le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et l’Ecole des mines s’intéressent au bâtiment. C’est une grande nouvelle que l’ « aristocratie » de la recherche juge que ce n’est pas déchoir que de s’occuper de bâtiment. Ces centres vont d’ailleurs découvrir la passion dans nos métiers. L’énergie solaire appliquée au bâti est désormais un enjeu comparable à la maîtrise de l’énergie atomique. Le bâtiment vit une époque formidable…

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