Métier

Aegir pour l’assainissement

Mots clés : Démarche environnementale - Lieux de travail - Qualité de l'eau - eau potable

La start-up optimise le dimensionnement des réseaux d’assainissement à partir de modèles issus de la recherche.

Comment éviter que le fruit de quinze ans de recherches ne finisse dans les tiroirs d’un laboratoire ? En créant une start-up ! C’est le choix qu’on fait Priscille Beguin et Adrien Momplot, les deux fondateurs d’Aegir. Blanchis sous le harnais du laboratoire Deep de l’Insa de Lyon, spécialisé dans l’hydrologie urbaine et la modélisation, les deux jeunes ingénieurs décident de passer de l’autre côté de la barrière en fondant leur société en juin 2015. Leur objectif : aider les gestionnaires de réseaux d’assainissement à réduire leurs impacts environnementaux de façon efficace et économiquement avantageuse, dans un contexte réglementaire de plus en plus contraignant. « Depuis le 1er janvier 2016, un arrêté tiré de la directive-cadre européenne sur l’eau impose aux gestionnaires de mesurer et limiter les rejets d’effluents dans le milieu naturel », explique Priscille Beguin. Si l’argument réglementaire est fort, il n’est pas le premier que l’entreprise, hébergée au sein de l’incubateur Pulsalys, un « accélérateur » de start-up spécialisé dans le transfert des résultats de la recherche vers l’industrie, met en avant pour convaincre ses interlocuteurs. Elle préfère insister sur ses compétences. Soit des modélisations numériques uniques développées au sein du laboratoire Deep, qui leur a cédé une licence exclusive d’utilisation. « Nous nous appuyons sur des méthodes 3D très puissantes qui modélisent le comportement réel des effluents dans les réseaux hydrauliques », explique Adrien Momplot. Grâce à ces modélisations et à l’analyse des informations délivrées par des capteurs, Aegir est notamment capable de mesurer et d’expliquer où, comment et pourquoi les effluents se déversent dans le milieu lors des forts épisodes pluvieux. Disposant d’une cartographie réaliste du fonctionnement de son réseau, le gestionnaire peut ainsi adapter la taille des ouvrages – notamment les déversoirs d’orage – et des canalisations de manière optimisée.

Un vaste marché potentiel.

Finaliste de l’édition 2015 du concours Lyon start-up, Aegir a déjà su séduire plusieurs gestionnaires publics (Annemasse Agglo, Bourg-en-Bresse et le Grand Lyon) et privé (la Saur à Brive-la-Gaillarde). Son marché potentiel est vaste, très vaste : « Toutes les villes qui disposent d’un réseau d’assainissement ! », lance Priscille Beguin. En France, elle cible en priorité les 140 unités urbaines de plus de 50 000 habitants qui disposent de réseaux et de moyens conséquents. Au-delà, le marché européen semble à leur portée. « Nous faisons partie du cluster européen Acqueau, qui booste des projets de recherche dans le domaine de l’environnement en mettant en relation les grandes entreprises avec des start-up », se réjouit Adrien Momplot, ravi d’avoir intégré un projet « en partenariat avec des Suédois et une grande entreprise canadienne ».
Pour financer ses ambitions, Aegir lancera une deuxième levée de fonds d’ici à la fin de l’année qui pourrait atteindre « entre 300 000 et 500 000 euros ». De quoi leur permettre d’embaucher une première personne.

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L’avis de l’expert

Prometteuse. « L’ingénierie de la gestion des réseaux d’assainissement accuse un vrai retard, comparée à celle des réseaux de gaz et d’électricité par exemple. Probablement moins de 10 % des outils issus de la recherche sont utilisés pour des applications opérationnelles. La marge de progression est donc très importante. C’est pourquoi la solution proposée par la start-up Aegir est prometteuse. En ces temps de crise des finances publiques, ses jeunes fondateurs font le pari que les élus investiront un peu dans les études amont pour optimiser le dimensionnement et le coût de leurs ouvrages. J’espère qu’ils sauront les convaincre ! »

Bernard Chocat, professeur émérite à l’Insa de Lyon.

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Juin 2015 : naissance d’Aegir au sein de l’incubateur Pulsalys.
Fin 2016 : deuxième levée de fonds. Entre 300 000 et 500 000 euros sont espérés.

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