Architecture Technique Equipement culturel

A Nantes, une boîte à musique (et danse)

Mots clés : Manifestations culturelles

L’agence Raum a conçu un bâtiment très rationnel pour les apprentissages du spectacle vivant.

Il fallait trouver la bonne attitude, le point d’équilibre. Pour réaliser, sur l’Ile de Nantes (Loire-Atlantique), un équipement dédié à l’apprentissage de la danse, de la musique mais aussi du théâtre, l’agence Raum a choisi la pondération et le juste ordonnancement. Pour ce projet, l’agence nantaise avait été désignée lauréate en association avec ses confrères bruxellois de L’Escaut en 2012, et le bâtiment que se partagent depuis la rentrée dernière Le Pont supérieur – établissement d’enseignement supérieur du spectacle vivant des Pays de la Loire et Bretagne – et le Conservatoire voisin, a été l’une des réalisations nominées dans la catégorie Culture, jeunesse et sport des Prix d’architecture 2015 du Moniteur.

L’équipement a pris place dans la partie est de l’Ile, moins médiatique sans doute que le secteur ouest des anciens chantiers navals. Une zone surtout « chahutée », comme la décrit Thomas Durand, l’un des architectes de l’agence Raum. Le quartier est en effet marqué par des immeubles administratifs sans grâce et un grand centre commercial. Quant à l’emprise du projet – un ancien parking -, elle était engoncée entre les hexagones très datés du Conservatoire, livré en 1979 par le cabinet Doucet, et le lycée aux allures de grand hangar à sel, construit en contre-haut par François Leclercq en 2014.
« Il nous est d’emblée apparu indispensable de régler la question de la différence de niveaux du sol », explique Thomas Durand. Les maîtres d’œuvre ont alors imaginé leur bâtiment comme un pivot, doté de deux entrées, l’une haute, l’autre basse. Et, sur ce principe d’articulation, Raum a fondé un volume simple et sobre pour englober notamment les six grands studios de danse requis par le programme. Dans ce parallélépipède de 2 693 m² Shon, les différents espaces se côtoient et se superposent grâce à une organisation très rationnelle, en trois travées d’égale largeur (voir page suivante).

Parvis cadré par un grand gradin.

Les architectes ont également conçu l’espace public autour du bâtiment. Ils ont tiré parti de la pente du site pour aménager un parvis cadré par un grand gradin dont les élèves n’ont pas tardé à s’emparer. Surtout, cet emmarchement se prolonge jusqu’à l’intérieur du bâtiment, dans un grand espace sur deux niveaux. Non chauffé, celui-ci est un hall d’entrée et un jardin d‘hiver. Et, avec son parquet et son gril, il joue aussi le rôle de « 7e studio ». « Il n’était pas inscrit au programme mais la compacité générale du bâtiment nous a permis de le créer », explique Thomas Durand.

Enfin, avec sa baie qui peut être entièrement ouverte sur le parvis, ce studio supplémentaire souligne une dernière caractéristique du bâtiment. Si sa façade en brique blanche émaillée lui donne une épaisseur manifeste, cet équipement doté de larges ouvertures cultive une relation étroite avec la ville.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Nantes. Maîtrise d’œuvre : Raum, architecte mandataire ; L’Escaut, architecte associé et scénographe. BET : Girus (TCE), Vincent Hedont (acoustique). Principales entreprises : Atlantic Environnement (terrassements, VRD), Sogea (gros œuvre), Ploquin (façades en brique), Jet Alu et Ateliers David (menuiseries métalliques), Harlequin (parquets danse). Surface : 2 693 m² Shon. Coût : 5,985 M€ HT.

ENCADRE

Programme - Un plan en trois parties

Les architectes ont effectué un choix d’organisation très lisible, y compris depuis l’extérieur, en divisant leur parallélépipède en trois travées de 11 m chacune. Dans cette forme simple, les six studios de danse qui étaient demandés lors du concours – trois pour le Conservatoire et trois pour le Pont supérieur – sont ainsi superposés à partir du niveau 2 et disposés aux deux extrémités du bâtiment, de part et d’autre d’un noyau central. Entre les grandes salles en double hauteur viennent ainsi s’intercaler des étages simples qui accueillent les autres éléments du programme : des vestiaires, des salles de cours et des studios de répétition de musique. « Lors du concours, ces derniers studios représentaient une entité bien spécifique mais nous avons choisi de les ‘‘ éclater ’’ entre différents étages du bâtiment », explique l’architecte Thomas Durand.
Toujours dans un souci de rationalisation et de gain de place, les différents niveaux sont desservis par un double escalier de type Chambord, lui aussi situé dans la travée centrale, à l’arrière du bâtiment.

ENCADRE

Ouvertures - Fenêtres sur cours de danse

Voir la ville en dansant. Danser en étant vu depuis la ville. Pour se démarquer des volumes volontiers opaques du Conservatoire, le nouvel équipement est largement ouvert sur son environnement. Ainsi, dans les six studios de danse, une des quatre faces du volume de la salle est une baie. « Toutefois cette visibilité doit rester un choix », concède Thomas Durand. Ces studios sont donc dotés de voilages et de rideaux de velours. « C’est un système assez rudimentaire qui règle à la fois la question de l’intimité, mais aussi l’acoustique », poursuit l’architecte. Outre ces ouvertures remarquables, le bâtiment est transpercé de partout. Les vestiaires sont, par exemple, dissimulés derrière des moucharabiehs formés par la brique de façade. Et des fenêtres intérieures, entre les studios de danse et les autres salles de répétition, permettent d’augmenter l’apport lumineux dans le noyau central. Elles créent enfin des liens – du moins visuels – entre les différentes disciplines.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X