Territoires Loire-Atlantique

A l’école de la construction participative

A une dizaine de kilomètres de Notre-Dame-des-Landes, le site devenu le symbole du blocage de la société française, un village a expérimenté avec succès une autre façon de construire un projet. « Je suis pour une gouvernance transversale et non plus une gouvernance verticale », affirme Marcel Verger, le maire de Bouvron.

Pour le pôle enfance du village, qui vise notamment à rassembler des élèves du public et du privé sur le même site, les élus se sont appuyés sur le « processus de conception intégré (PCI), une méthode canadienne qui place les usagers au cœur de la démarche et met tous les acteurs du projet autour de la table ». Cette première en France pour un bâtiment public a séduit Frédéric Bonnet (agence Obras) et Lucie Niney (collectif Ajap 2014), les commissaires du pavillon français à la Biennale internationale d’architecture de Venise. « Dans le contexte réglementaire actuel, cette expérience est un miracle salutaire et l’on pressent le courage qu’on dû mobiliser architectes, mais aussi citoyens, élus et entreprises pour résister à l’habitude », écrivent-ils dans leur manifeste « Nouvelles richesses » (1).

Remise en question.

Or, dans le bâtiment, les habitudes sont tenaces ! « Le PCI requestionne les pratiques et le rôle des experts. Il est important d’avoir une maîtrise d’ouvrage engagée ayant envie d’être secouée et des architectes prêts à se remettre en question », explique la consultante Marika Frenette (Wigwam Conseil) qui a tenu le rôle du « facilitateur » dans ce projet.

Concrètement, cinq ateliers d’une durée d’un à trois jours ont été animés entre juin 2010 et octobre 2011. « Nous n’avions pas d’idées préconçues, assure l’architecte Loïc Daubas (Atelier Belenfant et Daubas). Un des apports du PCI a été d’accumuler des connaissances nouvelles, notamment grâce au travail d’une psychosociologue. »
Encore plus en amont, le PCI a même permis à la maîtrise d’ouvrage de se rendre compte que son programme n’était plus en phase avec les besoins, la population de la commune ayant fortement augmenté. Le projet a donc été revu à la hausse et le budget est passé de 1,9 à 3 millions d’euros… seuil qui obligeait la commune à lancer un concours de maîtrise d’œuvre anonyme, incompatible avec le PCI. La collectivité a donc dû négocier une dérogation auprès du contrôle de la légalité… heureusement avec succès. Car, de l’avis général et après une année de fonctionnement, le pôle enfance Félix-Leclerc est une pleine réussite.
Sans le PCI, la proposition des architectes avait toutes les chances de se heurter à l’opposition des parents d’élèves. Imaginez, une école abritée dans une sorte de grand hangar agricole en métal et bois, des cloisons séparatives en terre crue et des « igloos » également en terre dans les classes pour la sieste des enfants ! Pourtant, grâce à cette conception maîtrisée et au recours à des matériaux locaux, le coût de construction n’est que de 1 070 euros HT/m2 Shon. « Ce qui en fait l’école la moins chère de France », assurent les élus.

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