Paysage

Zéro phyto : la conférence indispensable pour préparer la transition

Mots clés : Etat et collectivités locales

Plus qu’un an ! Les produits phytosanitaires auront disparu de l’espace public au 1er janvier 2017, terme de l’échéance posée par la loi de transition énergétique. A la veille du salon des maires, la conférence Objectif Zéro Phyto aidera les collectivités et autres acteurs de la filière verte à s’y préparer. Paysage Actualités leur donne rendez-vous le 16 novembre prochain à l’espace Kléber à Paris.

La dédramatisation de l’interdiction des produits phytosanitaires réunira la plupart des intervenants à la première conférence de Paysage Actualités. Certes, des voix discordantes continuent à s’exprimer, principalement du côté des industriels qui se battent pour leur survie : « Opposer la synthèse au naturel  comme le bien au mal n’a aucun sens. Il faut progresser vers des produits sûrs, face à l’arrivée de nouveaux ravageurs illustrée par la pyrale du buis, et se donner le temps de la pédagogie, en particulier vis-à-vis des jardiniers amateurs », tempête Guillaume Roth, président de l’Union des entreprises de protection des jardins et des espaces publics (UPJ). Quentin Protsenko, responsable technique et réglementaire de cette association qui regroupe 32 industriels et 2000 emplois directs, relaiera ce point de vue lors de la première table ronde.

 

Enthousiasme d’Est en ouest

 

Dans les collectivités, l’enthousiasme domine : cheville ouvrière, à l’Eurométropole de Strasbourg, de l’application de la charte « Tous ensemble pour plus de biodiversité » qui associe la collectivité aux entreprises et aux bailleurs, Suzanne Brolly se situe déjà dans l’après phyto. La déminéralisation des sols et la ville nourricière balisent désormais sa route écologique : « Le Zéro pesticide n’est qu’une étape dans une démarche qui concerne autant les trottoirs que les toitures ou les façades. Nous nous battons désormais pour l’écologie du territoire », annonce-t-elle. Sept ans après l’entrée dans l’ère du Zéro phyto, le retour d’expérience s’applique aux aménagements neufs, qui ménagent des espaces dédiés à la flore spontanée, tout en maîtrisant son développement à travers des revêtements filtrants.

Même son de cloche de l’autre côté de l’Hexagone : « Avec le développement du fleurissement par semis, le regard des habitants a changé : ils ne font pas forcément la différence avec les pousses sauvages et nous pouvons jouer de cette confusion, notamment autour de l’Eléphant de l’île », sourit Jacques Soignon, directeur des espaces verts de la ville de Nantes.

 

De l’environnement au management

 

Egalement dans l’Ouest, Caen a vu dans la fin des pesticides l’opportunité de réorienter ses 35 ans d’expériences en matière d’utilisation des auxiliaires contre les ravageurs et les maladies. « Dans les années 80, la distribution de coccinelles a essentiellement servi à l’image verte. Depuis, la protection biologique intégrée est devenue la clé pour aller vers le zéro phyto », résume Hélène Foucher, directrice de l’environnement et du cadre de vie de la capitale de la Basse-Normandie. Cette clé environnementale ouvre des portes managériales : « La PBI tire vers le haut le service propreté, qui bénéficie de matériels renouvelés et prend conscience de son rôle environnemental. Réussir la réorientation des jardiniers se révèle plus difficile : cela passe par des formations à l’utilisation de la flore spontanée », témoigne la directrice de service.

 

Impact budgétaire

 

Le contexte des budgets à la baisse compliquera-t-il ces mutations managériales ? La question ne fait pas consensus, parmi les cadres territoriaux. Jean-Pierre Gueneau, président de l’association des directeurs d’espaces verts Hortis, croit néanmoins utile de ne pas se bercer d’illusions sur une transition à coûts constants : « Beaucoup de nos collègues engagés depuis des années évaluent à 10% les répercussions sur les budgets de fonctionnement », prévient-il.

 

Expertises négligées

 

Au-delà ces collectivités, la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires concerne aussi les entrepreneurs et les concepteurs. Pour Michel Audouy, secrétaire général de la Fédération Française du Paysage, « les maîtres d’ouvrages seraient bien inspirés de lancer des missions de suivi, pour garantir dans la durée le bon fonctionnement des aménagements sans produits phyto ». Le paysagiste concepteur craint les ravages d’une approche dogmatique de l’écologie, qu’il identifie dans plusieurs parcs parisiens : « La pression politique aboutit à des catastrophes techniques et esthétiques, n’en déplaise aux écologistes adeptes de la table rase », insiste ce passionné de l’entretien des jardins anciens.

L’inquiétude pointe aussi à l’Union nationale des entreprises de paysage : « Au sein du groupe de travail pollution désherbage, nos discussions montrent que malgré leur expertise technique, les entreprises éprouvent du mal à se faire entendre dans cette phase de transition. Le ministère travaille avec les collectivités et les particuliers, mais on nous oublie », se plaint Barbara Dekeyser, gérante d’une entreprise de six salariés à la frontière entre l’Ile-de-France et le Centre.

 

Gisement d’innovations

 

Irremplaçable occasion de cerner le positionnement des acteurs, la journée Objectif Zéro Phyto donnera également une idée des innovations et des connaissances stimulées par l’échéance réglementaire. Sur le sujet sensible des cimetières sans traitement chimique, l’expérience de la ville de Montrouge, associée au fournisseur de gazons Top Green, offrira également une source d’inspiration aux participants.

En Mayenne à l’issue d’une démarche portée par le département et la chambre d’agriculture, l’accompagnement scientifique du fauchage tardif des bords de route permet de mesurer les progrès de la biodiversité, selon l’intensité des interventions, dans cinq zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique : « 43% de la flore du département, dont 13% d’espèces patrimoniales habite dans les 113 km de routes étudiées », se réjouit Bertrand Jarri, coordinateur scientifique. L’écologie fait bon ménage avec l’économie sur ce créneau : la filière méthanisation en cours de développement assure un recyclage rémunérateur pour les résidus de chauffe.

 

Auxiliaires naturels

 

Pour mieux comprendre les services que peut rendre la nature, le réseau des Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) apporte des éclairages précieux. Instruit par les contre références des coccinelles asiatiques qui envahissent les maisons pour se tenir au chaud l’hiver, détruisent leurs cousines autochtones et sont devenues des ravageurs dans le vignoble suisse, David Philippart, qui dirige la fédération de Basse-Normandie, synthétise son message : « Plus vous apprenez à bien vous servir de la biodiversité naturelle, moins vous aurez à intervenir ».

 

Mesures objectives

 

Avec son compte-rendu de l’étude comparative entre différentes méthodes de désherbage, Pauline Laïlle objectivera l’impact de la transition en cours sur la santé et la sécurité au travail, en particulier à propos des troubles musculo-squelettiques : « Il n’existe pas de technique meilleure que d’autre. Le levier de protection se situe dans une organisation du travail qui privilégie la multiplicité des compétences au détriment de postes entièrement consacrés au désherbage », tranche la chargée de mission de Plante & Cité.

Autre enseignement objectif précieux attendu de cette journée : spécialite de la production d’informations sur la commande publique, Vecteur Plus (groupe Infopro Digital) donnera la mesure de la décroissance des achats, dans ce secteur. Une photographie chiffrée d’une page qui se tourne dans l’histoire des espaces publics.

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