Culture

Yona Friedman, architecte libre

Mots clés :

Architecture

Le mythique appartement parisien de Yona Friedman, 93 ans, dévoile les maquettes de villes utopiques qu’il échafaude depuis les années 1950. Une mise en bouche avant l’exposition qui lui sera consacrée à la Cité de l’architecture et du patrimoine de mai à novembre.

Depuis 1968, l’architecte théoricien d’origine hongroise Yona Friedman (né en 1923) a entièrement peuplé son appartement du 15ème arrondissement de ses recherches et de ses obsessions. Sur une centaine de mètres carrés, s’accumulent reliefs, découpages, livres et peintures, entre ambiance indienne et mystères aztèques. Il a fait don à l’État de la totalité de ce décor où il vit encore au quotidien, mais tout à fait typique des années 1960 : on y trouve aussi bien colliers et grigris en tous genres, qui pendent au plafond et colonisent chaque mur et recoin, que les maquettes les plus futuristes. Il y accueille occasionnellement des étudiants d’architecture et des historiens de l’art qui se faufilent entre les fragiles constructions élaborées à partir du recyclage de matériaux pauvres : emballages, bouchons, rouleaux en carton, fils de fer, polystyrène.

Les innombrables maquettes attendent d’être réparties entre le CNAP (Centre national des arts plastiques) et la fondation Getty. Il y a aussi celles de sa Summer House, inspirée de son travail de toujours sur La Ville Spatiale, qui accompagnera le prochain pavillon de la Serpentine Gallery à Londres. « Les maquettes sont importantes non pas pour l’esthétique d’un projet mais pour apprendre au niveau du processus technique », explique Yona Friedman. Dès les années 1950, il a fait partie du groupe d’architectes et d’artistes prospectifs que le critique d’art Michel Ragon a su fédérer autour de lui.

 

Une pensée liée à l’actualité

 

De sa voix affaiblie mais déterminée, cet homme dont la philosophie consiste à laisser le geste architectural aux usagers, offre en partage les grandes lignes de sa pensée. « Je ne vois pas un bâtiment comme quelque chose de lié à l’éternité mais au changement, comme en Inde ou en Chine où j’ai voyagé et où les gens ajoutent des loggias à leurs balcons. » À ses yeux, l’architecture ne doit donc pas être figée mais au contraire relever de l’improvisation. « Car à 20, 40, 60 ou 93 ans, un individu n’est pas la même personne. Il faut des murs qui puissent facilement changer d’emplacement comme le mobilier. Il n’y a rien d’utopique, ce sont des techniques qui existent. C’est dans ce sens que je parle d’architecture mobile ou spatiale : changer l’organisation de l’espace. »

Et d’insister sur le fait que c’est l’habitant qui prend des décisions, pas l’architecte ni l’institution. « Je n’impose pas un objet défini en architecture mais je propose un processus, quelque chose à développer, une manière de concevoir. » Une idée mise en œuvre entre 1978 et 1980 dans son unique construction en France, un lycée expérimental à Angers dont il a confié le plan aux professeurs, administrateurs, parents d’élèves et élèves, en précisant qu’il était destiné à être perpétuellement ré-adapté par les nouveaux usagers.

Aujourd’hui préoccupé par la question des réfugiés, lui qui a migré en Roumanie et à Haïfa avant de s’installer à Paris en 1957, Yona Friedman pense qu’il vaudrait mieux leur donner des éléments, comme des cubes, puis « les laisser s’organiser sur un terrain et faire leur ville plutôt que de les mettre dans une caserne ».

 

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