Profession

« Vive le BTP français et libre ! », chronique par Florent Lacas

Mots clés : Entreprise du BTP

C’est Molière qu’on assassine ! Nos chantiers ne baragouinent plus le portugais ou le polonais mais se piquent de vouloir parler anglais à tort et à travers. Une anglomanie un peu ridicule que dénonce avec un humour à la française le spécialiste des entreprises de construction au « Moniteur »…

Ce qui est bien, dans le BTP, c’est qu’on y parle encore beaucoup français. Je ne fais pas référence, ici, à la « clause Molière », qui voudrait rendre notre langue obligatoire sur les chantiers. Je veux dire que la filière n’a pas encore été gangrenée par le recours massif à l’anglais.

Le BTP est un secteur d’activité ancré dans le réel, dans des territoires, ce qui lui évite peut-être de se noyer dans le flot d’expressions importées d’Amérique. On ne parle pas encore de pouring concrete pour couler du béton, de earthwork pour terrassement ou de PEB ( positive energy building ) pour Bepos. Encore moins d’ insulation pour isolation (plus de 60 % des termes anglais sont, rappelons-le, d’origine française). Et bon courage à ceux qui voudraient exprimer dans la langue de Shakespeare toutes les subtilités de fonctionnement du label « Reconnu garant de l’environnement » (RGE).

Pourtant, l’anglais gagne du terrain sur les chantiers. Le building information modeling ( BIM) s’impose, l’activité contracting des grands groupes est étale en 2015 et les bâtiments Breeam ( building research establishment environmental assessment method , brrr… ) ont le vent en poupe. Dans le monde des start-up , l’anglais, c’est open bar . A tel point que certains mots français sont « refrancisés » à la suite d’un traitement de choc outre-Atlantique. Ce qui donne des mélanges du meilleur goût, du type « open innovation ». On pense aussi à l’incubateur « Green Tech verte » ( sic ), créé par le ministère de l’Environnement… et des Pléonasmes ? Il faudrait aussi faire la liste des anglicismes. Voyez l’incontournable – et ridicule – « disruptif ». Terme dont la popularité semble suggérer que tout ce qui n’est pas disruptif n’a aucun intérêt. Puisque tout ce qui ne sonne pas anglo-saxon semble dépassé, voire douteux.

Le français résiste, certes, mais pour combien de temps ? Le secteur vit sa « révolution BIM » – comprenez : le BTP va enfin passer à la vitesse supérieure, à la vitesse de l’anglais. En attendant, vive le BTP ringard, le BTP de langue française, et le BTP libre !

Chronique « Coup de chapeau » publiée dans « Le Moniteur » n°5896, daté du 18 novembre 2016, page 19.

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