Réalisations

Vincent Eschalier pose ses maisons sur le toit des immeubles

Mots clés : Architecte - Bâtiment d’habitation individuel - Maison individuelle

L’architecte Vincent Eschalier a livré pour le promoteur Esprimm quatre maisons individuelles en triplex de 80 à 100 m2 construites sur le toit d’un immeuble de bureaux à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Construire sur un toit est compliqué, plus cher mais plus rapide, décrit le jeune architecte à l’AFP.

A vendre : maison dans le ciel. Posés sur le toit d’un immeuble de bureaux de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), quatre cubes de verre et de bois blanc ont rapidement trouvé preneur dans cette banlieue parisienne chic, où les terrains sont rares et chers. C’est une anonyme façade brune, typique des années 1970. Mais en levant la tête on aperçoit au-dessus du bâtiment, de vastes surfaces vitrées et des coursives plantées d’arbustes: quatre maisons individuelles en triplex, de 80 à 100 m2, vendues 1,1 million d’euros chacune, seront bientôt habitées. Les propriétaires y accèderont par l’ascenseur qui dessert les bureaux, en composant un code.

Seulement séparé du vide par un garde-corps de verre, le visiteur peut être pris d’un petit vertige. « C’est vrai qu’on est pas mal dans le ciel, au-dessus de tout le monde », lance en souriant Vincent Eschalier, l’architecte de 34 ans qui a signé ces constructions épurées, bordées de terrasses privatives, pour le promoteur Esprimm. Après avoir travaillé pour le studio de Frank Gehry – notamment sur le projet de la Fondation Louis Vuitton -, et le designer Mark Newson, il a ouvert en 2009 son agence qui compte déjà dix architectes, et dit gérer les chantiers avec « convivialité », dans « l’esprit du rugby ». « Tout le monde a sa place au rugby: les petits rapides comme les gros lents. Mais si on ne se donne pas à 100%, on perd ».

Vincent Eschalier a déjà expérimenté ce type de construction, en livrant en 2013, pour le même promoteur, quatre maisons sur le toit d’un immeuble résidentiel du 13e arrondissement de Paris. Bonne affaire pour les trois copropriétaires du bâtiment, proche de la bibliothèque François-Mitterrand, la vente des droits à construire avait alors permis de financer le ravalement de l’immeuble et sa rénovation intérieure. « Cela a redynamisé l’immeuble, ça l’a vraiment fait renaître », rapporte l’architecte. 

« Construire sur un toit est compliqué, et plus cher aussi », dit-il à l’AFP, avec un coût moyen de 5 000 à 7 000 euros le m2 (hors taxes) contre 3 000 ou 4 000 euros pour une construction classique – mais c’est aussi trois fois plus rapide, car ces maisons en ossature bois ont été montées à partir d’éléments préparés en usine.

 

Obstacles nombreux

 

Fabriqués par la société autrichienne KLH, les façades extérieures, les planchers et les murs mitoyens sont composés de panneaux en planches de pin massif contrecollé, découpés dans une usine de Lille avant d’être livrés par camion, numérotés dans l’ordre du montage et déposés sur le toit de l’immeuble par une grue. Le chantier ressemble alors à un jeu de Lego géant, où les pièces s’imbriquent les unes aux autres. La loi Alur du 26 mars 2014 a facilité ce type de constructions, réalisables sur les toits plats des immeubles des années 1950 à 1980, en supprimant le Coefficient d’occupation du sol (COS) qui limitait fortement la constructibilité des terrains.

La Ville de Paris est favorable à ces surélévations d’immeubles qui permettent de créer des logements neufs en zone tendue, où les prix du foncier ont flambé et où la demande est très supérieure à l’offre. Mais pour un promoteur, ce type d’opération est « très complexe ». « Cela demande beaucoup de persévérance parce que les obstacles techniques, administratifs, juridiques, financiers sont très nombreux. Cela restera toujours de l’artisanat », estime Benoît D’Halluin, président d’Esprimm.

Parmi les difficultés à résoudre, les fondations et la structure du bâtiment de Boulogne ont dû être renforcées, tandis que les équipements techniques (ventilation, évacuation des eaux, etc.) étaient masqués, enfouis dans un vide sanitaire. Aussi, l’immeuble doit-il impérativement être vide pendant les travaux, qui créent des nuisances importantes. Il doit s’agir d’un immeuble ancien, en mauvais état, nécessitant une rénovation. « Mais cela suscite beaucoup d’engouement et c’est aussi une nécessité, de densifier les villes, pour éviter qu’elles ne s’étalent », dit M. D’Halluin. « Cela permet également de réinvestir les toits d’immeubles goudronnés pour y créer des jardins et revégétaliser la ville ».

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